‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 281 sur 296 · LIVRE XII ^ €HAP. IX · texte numérisé non relu

LIVRE XII ^ €HAP. IX

saisis; qu'ils avaient pris les armes, et choisi pour leur roi le duc de Bragance; qu'ils étaient daas la résolution de le maintenir sur le trône, et qu'ils comptaient bien de n'en pas avoir le dementi, l'Espagne ayant alors sur les bras des ennemis en Allemagne, en Italie, en Flandre et en Catalogne. Us ne pouvaient effectivement trouver une conjoncture plus favorable pour s'affranchir d'une domination qu'ils détestaient.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que le comte-duc, dans le temps que la cour et la ville paraissaient consternées de cette nouvelle, en voulut plaisanter avec le roi aux dépens du duc de Bragance * ; mais les traits railleurs déplacés tournent ordinairement conti^e ceux qui les ont lancés. Philippe, bien loin de se prêter à ses mauvaises plaisanteries, prit un air sérieux qui le déconcerta et lui fit pressente sa disgrâce. Ce ministre ne douta plus de sa chute, quand il apprit que la reine s'était ouvertement déclarée contre lui, et qu'elle l'accusait hautement d'avoir, par sa mauvaise administration, causé la révolte du Portugal. La plupart des grands, et surtout ceux qui avaient été à Saragosse, ne s'aperçurent pas plutôt qu'il se formait un orage sur la tête du comte-duc, qu'ils se joignirent à la reine *; et ce qui porta le dernier coup à sa faveur, c'est que la duchesse douairière de Mantoue, ci-devant gouvernante de Portugal, revint de Lisbonne à Madrid, et fit voir clairement au roi que la révolution de ce royaume n'était anivée que par la faute de son premier ministre.

Les discours de cette princesse firent toute l'impression qu'ils pouvaient faire sur l'esprit du monarque, qui, revenant enfin de son entêtement pour son favori, se dépouilla de toute l'affection qu'il avait pour lui. Lorsque ce ministre fut

* On craignait d*;ipprendre à Philippe IV la nouvelle de la révolution de Portugal. Le duc d'Olivarès s'en chargea; et, se présentant avec un visage ouvert et plein de confiance : < Sire, lui dit-il, la tète a tourné au duc de Bragance; il vient de se faire

> proclamer roi. Sa folie vous vaut une confiscation de douze millions. > Philippe se contenta de répondre : < Il y faut mettre ordre. » [Antedote* e$pagtwUSf 1640.)

' La reine mit la dernière main à la disgrâce d'Oiivarès, en paraissant baignée de larmes devant Philippe, avec son fils, qu'elle tenait par la main. « Voilà, ditselle,

> notre seul fils ; il est menacé de devenir le plus pauvre gentilhomme de l'Europe,

> si vous n'écartez des affaires un minisire qui a mis la monarchie à deux doigts de

> sa ruine. > On avait même eu recours à la nourrice du roi, et elle osa lui dire ; « Quoi ! n'est-il pas temps qu'à votre âge vous «orliei de tutelle? »

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