‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 3 sur 296 · VIII NOTICE SUR LE SAGE · texte numérisé non relu

VIII NOTICE SUR LE SAGE

trants, quoique amis d'une discrétion souvent timide, peu scrupuleux, quoique opposés aux esprits forts, hardis dans leur conversation, mesurés dans leurs écrits, et qui ne voulaient que jouir des douceurs d'une liberté obscure. Chez eux la littQK;àture n'était encore que ce qu'elle était sous le règne pré- ^■éUmi, une sorte d'embellissement de l'existence et de plaisir ide la société : elle n'avait point cette intention sérieuse que lui donnèrent les écrivains qui suivirent.

C'est parmi eux que vécut Le Sage , et les premières impressions de sa jeunesse, ses liaisons avec cette société, ses inimitiés avec Voltaire, cet écrivain qui représentait, pour ainsi dire, l'esprit philosophique, tout dut l'en écarter. Peut-être aussi la condition des auteurs à cette époque n'était-elle point encore favorable à ce nouvel esprit. 11 y a aujourd'hui dans la condition des honunes de lettres quelque chose de noble et d'élevé : ils ont encore des protecteurs; mais on n'exige plus que leur reconnaissance aille presque jusqu'à la servilité. Entre le génie et le pouvoir il existe une sorte d'égalité honorable, et l'auteur n'a plus à craindre d'être le seul qui paraisse avoir la conscience du respect que mérite le talent. Lorsque, vers une époque où la licence de la gaieté plutôt que la hardiesse de la philosophie semblait prendre plaisir à confondre les rangs, Pbon s'écriait : « Monsieur le duc, je » passe le premier, s'il faut garder son rang ; » alors son audace, pour n'être point une sorte de sacrilège, eut besoin d'être regardée comme une saillie de plaisanterie ; aujourd'hui ce ne serait qu'un oubli des règles de la politesse, et non des lois ot des usages de l'état. Peut-être pomTait-on dire que celte émancipation des lettres, commencée par les écrits et la fortune de Voltaire, doit aussi quelque chose au souvenir de notre révolution que prépara la littérature. C'est en voyant la puissance des lettres qu'on apprit à les respecter, et lorsqu'on les accusait de l'ébranlement des empires, lorsque, la législation s'armait contre elles , il n'était plus "permis de les placer au rang des frivolités et des plaisirs. Toutefois, à l'époque où vécut Le Sage, il n'y avait pas encore assez d'indépendance dans la position des gens de lettres pour qu'il y en eût dans leurs ouvrages. Ils n'étaient point, comme les bardes écossais, dans les liens d'une domesticité plus ou moins honorée; mais ils

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