‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 30 sur 296 · LIVRE Uy CBAP. I. 7i · texte numérisé non relu

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peak, pourquoi j'avais quitté ixui patrie; et par ses qnefltSoni il m'engagea» devant la dame Jacinte ^ à raconter mon bis-> hMie. Je lea divertis loua deux^ jsurtout par le récit de ma dernière avei^«re. Camille et don Raphaël leur donnèrent une ai f<»rte envi£ de rire 5 qu'il en pensa coûter la vie au vieux goutteux : ear> comme il riait de toute aa force> il lui pritane toux fi violente, qae je crus qu'il allait passer. Il n'avait pas ^oore fait, son testament Jugez si la gouvernante fui alaroiée! fe la vis, tremblante, ^erdue> courir au secours du bcmhomme, et, faisant tout ce qu'on fait pour soulager les enffuits qui toussait, lui frotter le front et lui tn^r le dos* Ce ne fitf pourtant qu'une fausse alarme : le vieillard ce^sa de tousser, et sa gouvernante de le tourmenter. Alors je vour lu8.iu:bever mon récit; mais la dame Jadnte^ craignant une seconde toux, s'y opposa. Elle m'emmena racine de la dma* bre du çlmoine dans une garde-i-obe où» parmi piusieuny babita^ ét^it celui de mon prédécesseur.. Elle me le $t prendre> et mit à sa place l^e mien^ que je n'étais pas fiâché de conserver, dans l'espérance qu'il me servirait encore. Nous allâmes ensuite tous deux préparer le dîner.

Je ne pai'us pas neuf dans l'art de bire. la cuisine; Il est vrai que j'en avais fait l'heureux apprentissage sous la daip^ Leonardo, qui pouvait passer pour une bonne cuisinière ; elle n'était pas toutefois comparable à la dame Jadote. Celie-ci l'emportait peut-être sur le cuisinier même de l'ardievêcbé de Tolède^. Elle excellait eh tout : on trouvait ses bisques exquises, tant elle savait bien choisir et mêler les sucs des viandes qu^eîie y faisait entrer; et ses hadiif étaient assaisonnés d'une manière qui les rendait très-agréabb3s*au goût. Quand le dîner fut prêt , nous retournâmes à la chambre du chanoi^Qe, ou, pendant que je dressais une t«J)le auprès de son fauteuil, la gouvernante passa sous le menton du vieillard une serviette^ «i la lui attacha aux épaules. Un moment après, je servis ufi potage qu'on aurait pu présenter au plus fameux directeur àe Madrid; et deux entrées qui auraient eu de quoi piquer la aepsu^lité d'un vice-roi^ si la dame lacinte n'y eûi

't'archeTèckë de Tolède est on des plus riches béuéfices de l'Espagne. Par çonféqoeat, suivant Gfl Bias, le enlsinier dé celte prëlataVo doit i&ti^e le paraogbn de touî iMoUsinian

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pas épargné les épices^ de peur d*irriter la goutte du licencié. A la vue de ces bons plats^ mon vieux maiUe^ que je croyais perclus de tous ses membres^ me montra qu'il n'avait pas entièrement encore perdu l'usage de ses bras. Il s'en aida pour se débarrasser de son oreiller et de ses coussins^ et se disposa gaiement à manger. Quoique la main lui tremblât^ elle ne refusa pas le service. H la faisait aller et venir assez librement^ de façon pourtant qu'il répandait sur la nappe et sui* sa serviette la moitié de ce qu'il portait à sa boucbe. J'ôtai la bisque lorsqu'il n'en voulut plus^ et j'apportai une perdrix flanquée de deux cailles rôties que la dame Jadnte lui dépeça. Elle avait aussi soin de lui faire boire de temps en temps de grands coups de vin un peu trempé^ dans une coupe d'argent large et profonde^ qu'elle lui tenait comme à un enfant de quinze mds. Il s'acharna sur les entrées^ et ne fit pas moins d'honneur aux petits pieds. Quand il se fut bien empifiù'é^ la béate lui détadia sa serviette^ lui remit son (H*ei11er et ses cousâns; puis^ le laissant dans son fauteuil goûter tranquillement le repos qu'on prend d'ordinaire après le diner, nous desservîmes^ et nous allâmes manger à notre tour.

Voilà de quelle manière dînait tous les jours notre chanoine, qui était peut-être le plus grand mangeur du chapitre. Mais il soupait plus légèrement; il se contentait d'un poulet ou d'un lapin ^ avec quelques compotes de fruits, le faisais bonne chère dans cette maison, j'y menais une vie très-douce; je n'y avais qu'un désagrément , c'est qu'il me fallait veiller mon maître et passer la nuit comme une garde-malade. Outre une rétention d'urine qui l'obligeait à demander dix fois par heure son pot de chanibre, il était sujet à suer; et, quand cela arrivait, il fallait lui changer de chemise. Gil Bias, me dit-il dès la seconde nuit, tu as de l'adresse et de l'activité; je pi^vois que je m'accommoderai bien de ton service. Je te recommande seulement d'avoir de la complaisance pour la dame Jacinte, et de faire docilement tout ce qu'elle te dira^ comme si je te l'ordonnais moi-même; c'est une fille qui me sert depuis quinze années avec un zèle tout particulier; elle a un soin de ma personne, que je ne puis assez reconnaître. Aussi, Je te l'avoue, elle m'est plus chère que toute ma famille. J'ai cha^ de chez moi, pour l'amour d'elle^ mon

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nevea, le fik de ma propre sassur, et j'ai bien fait. Il n'avait aucune considération pour cette pauvre iill^; et, bien loin de rendre justice à l'attachement sincère qu'eUe a pour moi^ l'insolent la traitait de fausse dévote : car aujourd'hui la vertu ne parait qu'hypocrisie aux jeunes gens. Grâce au ciel ^ je me suis défait de ce maraud-là. Je préfère aux droits du sang l'affection qu'ion me témoigne, et je ne me laisse prendre seulement que par le bien qu'on me fait. Vous avez raison, monsieur, dis-je alors au licencié; la reconnaissance doit avoir plus de force sur nous que les lois de la nature. Sans doute, repritril; et mon testament fera bien voir que je ne me soucie guère de mes parents. Ma gouvernante y aura boiine part; et tu n'y seras point oublié , si tu continues comme tu commences à me servir. Le valet que j'ai mis dehors hier a perdu, par sa faute, un bon legs. Si ce misérable ne m'eût pas obligé, par ses manières, à lui donner son congé, je l'aurais enrichi; mais c'était un orgueilleux qui manquait de respect à la dame Jacinte, un psu^esseux qui craignait la peine. 11 n'aimait point à me veiller; et c'était pour lui une chose bien fatigante que de passer les nuits à me soulager. Ahl le malheureux! m'écriai-je, comme si le génie de Fabrice m'eût inspiré, il ne méritait pas d'être auprès d'un aussi honnête homme que vous. Un garçon qui a le bonheur de vous appartenir doit avoir un zèle infatigable; il doit se taire un plaisir de son devoir, et ne se pas croire occupé, lors même qu'il sue sang et eau pour vous.

Je m'aperçus que ces paroles plurent fort au licencié. Il ne fiit pas moins content de l'assurance que je lui donnai d'être toigours parfaitement soumis, aux volontés de la dame Jacinte. Voulant donc passer pour un valet que la fatigue ne pouvait rebuter, je faisais mon service de la meilleure grâce qu'il m'était possible. Je ne me plaignais point d'être toutes les nuits sur pied. Je ne laissais pas pourtant de trouver cela très^ësagréable, et sans le legs dont je repaissais mon espérance, je me serais bientôt dégoûté de ma condition; je n'y aurais pu résister : il est vrai que je me reposais quelques heures pendant le jour. La gouvernante, je lui dois cette justice, avait beaucoup d'égards pour moi; ce qu'il fallait attribuer au soin que je prenais de gagner ses bonnes grâces par

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dim manières bomj^sdsanles iBt resj^eeCUiBiises. fitais-je à tâfild avec elle> et sa nièee qu'cm a{)pdait Itiésillii>]é lëtbr ëhàiigëals d'asdetta ^ je leur vtrsals à boU%, j'avaii une atteiitiôil tinité particulière à les aervbr. Je tn'insinual t)ar III daite teur amitiëi Un jour que ia dame lacinte était sortie tK)ur aller à la jfiro- Tîsiim^ me Toyant seul avec InésiUe, je commençai à l'entretenir, le lui demandai si son père et sa mère vivaient eiieoire. Oh! que non, me rëpondit-die ; il y a bieb lotij^mpS; bien longtemps qu'ils sont morts; car ma bonne tante nié ra d1t> et je ne les ai jamais vus. ie cnis pieusement la |^itë fllle> quoique sa répôpse ne fût pas catégorique.; et je la mis si ^ bien en train de parier , qu'isUe m'en dit plus qUè je n'en voulais savoir. Elle m'apprit^ ou fUniài je c(^pris pai^ les naïvetés qiii lui échappèrent > que sa bonne tante avait tin bon ami qui demeurait ausn ^auprès d'un vient chânoifaé dont il administrait le leinporei^ et que ces heureux dimiestiqties comptaient d'assembler les déponiUes de leurs midtres par un hyménée dont ils goûtalient les douceurs par avance. J'ai d^à dit que la dame Jacinte^ bien qu'un jpeu surannée, avait encore de la fraîcheur. 11 est vrai qu'elle n'épargnait rien pour se conserver : outré qu'elle prenait tous les matins tid dystère, elle avalait pendant le jour, et en se couchant, d'excellents coulis. De plus> elle dormait tranquillement la nilit^ tandis que je veillais mon maître. Mais ce qui peut-être con^ tribuait encore plus que toutes ces choses à lui rendre le teint si frais, c'était, à ce que me dit Inésille, une fontaine^ qu'elle avait à diaque jambe.

CriAP, II. — lie qnetle manière le cbanoine, étant tombe malade, fui traité, ce qa*4 eii arriva, et ee qn'il lafasa par testament à Gii Bias.

Je servis pendant trois mois le licencié Sedillo^ sans me plaindre des mauvaises nuits qu'il me faisait passer. Aulioui de ce temps-là> il tomba malade. La fièvre le prit; et avec le mal qu'elle lui causait, il sentit irriter sa goutte. Pour L^ jùremière Ibis de sa vie, qui avait été longue, il eut recours aux méieçim U d^m^da le docteur Sangrado *, que tout Valk-

• roiiWiicille, IbMiMfe, «goèM àHiielèl, eaulére.

*.Sptgféétt 4^ Mt»S«oft, veiÉl dire laigaë. revt^ètré eût-Il mieax Ttla douter à di docteur le npm de ^ç^radtfTf saki^enr; mais Sangrodo à prévalu. Lee êditèo» ém «taVrM dé le Stijft ëûi dit, inal à propM> que lé portrait de Sang^rado

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