‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 67 sur 296 · LIVRE IV ^ CHAP. II · texte numérisé non relu

LIVRE IV ^ CHAP. II

mots 5 la du^e me prit la main; et^ par une petite porte dont elle avait la clef^ elle me mena mystérieusement dans la chambre de sa maîtresse.

CHAP. II. — Comment Aurore reçut Gil Bias, et quel entretien ib eurent ensemMe.

Je trouvai Aurore en déshabillé; cela me fit plaisir. Je la saluai fort respectueusement^ et de la meilleure grâce qu'il me fut possible. Elle me reçut d'un air riant , me fit asseoir auprès d'elle malgré moi^ et^ ce qui acheva de me ravir^ elle dit à son ambassadrice de passer dans une autre jchambre^ et de nous laisser seuls. Après cela , m'adressant la parole : Gii Blasj me dit-elle , vous avez dû vous apercevoir que je vous regarde £avoràblement , et vous distingue de tous les autres domestiques de mon père ; et ^ quand mes regards ne vous auraient pdnt fait juger que j'ai quelque bonne volonté pour vous, la démarche que je fais cette nuit ne vous permettrait pas d'en douter.

Je ne lui donnai pas le temps de m'en dire davantage. Je crus qu'en honune poli je devais épargner à sa pudeur la peine de s'expliquer plus formellement. Je me levai avec tran^rt; et, me jetant aux pieds d'Aurore, comme un héros de théâtre qui se met à genoux devant sa princesse, je m'écriai d'un ton de déclamateur : Ah! madame, l'ai-je bien entendu! est-ce à moi que ce discours s'adresse? serait-il possible que Gil Bias, jusqu'ici le jouet de la foriune et le rebut de la nature entière, eût le bonheur de vous avoir inspiré des sentiments... Ne parlez pas si haut, interrompit en riant ma maîtresse; vous allez réveiller mes femmes qui dorment dans la chambre prochaine. Levez-vous , reprenez votre place , et m'écoutez jusqu'au bout sans me couper la psu^ole. Oui, Gil Bias, poursuivit-elle en reprenant son sérieux, je vous veux du bien; et, pour vous prouver que je vous estime, je vais TOUS iaire coi^dence d'un secret d'où dépend le repos de ma vie. J'aime un jeune cavalier, beau, bien fait, et d'une naissance illustre. 11 se nonmie don Luis Pacheco. Je le vois quel* queibis à la promenade et aux spectacles ; mais je ne lui ai jamais parlé. J'ignore même de quel caractère il est, et s'il n'a point de mauvaises qualités. C'est de quoi pouriant je voudrais bien être instiuite. J'aurais besoin d'un homme qui

s'enquit soigneusement de ses moeurs > et ïa'eà rendit ta compte fidèle. Je fais clioii de tous préf^ablement à UsùB nos autres domestiques. Je crois que je ne risque rien & tons charger de cette commission. J'espère que vous vous en ac^ quitterez avec tant d'adresse et de discretion^ que je ne me repentirai point de vous avoir mis dans ma eonfldence.

Ma maîtresse cessa de parler en cet endroit^ pour «ntendre te que je lui répondrais là-dessus. J'avais d'abord été déconcerté d'avoir pris si désagréablement le change; mais je mdi^ mis promptement l'esprit^ et^ surmontant la honte «(ae caiue toujours la témérité quand elle est malheureuse^ Je témoigtiai à la dame tant de zèle pour ses intérêts , je me dévouai dfte tant d'ardeur à son service^ que si je ne lui dtai pas là ]^ensée que je m'étais follement flatté de lui avoir plu^ dû moins je lui fis connaître que je savais bien réparer une sdttise. Je ne demandai que deux jours pour lui rendre boti compta de don Luis ; après quoi , la dame Ortiz , que sa maître^ ntppcla> me remenâ dans le jardin , et me dit d'un air railteur^ en me quittant : Bonsoir , Gil Bias ; je ne vous refcoiiiinihldfe point de vous trouver de bonne heure au premier rendefvous> je connais trop votre ponctualité là-dessus panit etl Éln en peine.

Je retournai dans ma chambre^ non sans quelque dépH de voir mon attente trompée. Je fus néanmoins assez raisohtialiiJB pour m'en consoler. Je fis réflexion qu'il me convenait mieâl d'être le confident de ma maîtresse que son amant. Je soilgeitt même que cela pourrait me mener à quelque chose ; ïfptà left courtiers d'amour étaient ordinairement bien payés de letlni peines; et je me coudiai dans la résolution de faire ce qu'Atf^ rore exigeait de moi. Je sortis pour cet e£Pet le lendemain; Lé demeure d'un cavalier tel que don Luis né fut pas difficile à découvrir. Je m'informai de lui dans le voisinage; ntais les personnes à qui je m'adressai ne piu*ent pleinement sfeitiàfiiite ma curiosité^ ce qui m'obligea le jour suivant à recomménoëir mes perquisitions. Je fus plus heureux. Je rencctotrai pst hasard dans la rue un garçon de ma connaissance : nous liotifl arrêtâmes pour nous parler. 11 passa dans ce moment an dft ses amis, qui nous aborda, et noils dit qu'il venait d'être chassé de chez don Joseph Pacheco^ pèire de don Luis, pour un qaét"

Page 1