‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 68 sur 296 · LIVRE IT> CHAP. II. SU · texte numérisé non relu

LIVRE IT> CHAP. II. SU

taut de Tiii tfp^&ti raccusait d'avoir bu: Je né perdis pas une si belle occasion de m'informer de tout ce que je soubaitais d'apptendre; et je fis tant par mies questions^ que je m'en retournai au logis^ ibrt content d'être en état de tenir parole à ma maîtresse; C'était la nuit prochaine que je devais la revoir^ à la même heure et de la même manière que la première Ibis. Je li'eUâ pas ce soir-là tant d'inquiétude; et^ bien loin de souâHr impatiemment les discours de mon vieux patroti} je le remis sur ses campagnes. J'attendis minuit avec hà, plus grande tranquillité du monde^ et ce ne fut qu'après Fatoir entendu sonner à plusieurs hôrloges/qùe je descendis dam le jardin^ sans me pommader ni ine parfumer : je ibe omigeai encore de cela.

le trouvai au rendez-vous la très-fidèle duègne , qiii me rqnrodia malicieusement que j'avais bien rabattu de ma diligence^ Je ne lui répondis pointy et je me laissai conduire à r«qH[iartement d'Aurore^ qui me demanda^ dès que je parus^ si je m'étais bien informé de don Luis> et si j'avais appris bien des choses. Oui, madame, lui dis-je, et j'ai de quoi satisfaire votre curiosité. Je vous dirai premièreinent qu'il test sur le point de partir pour s'en retourner à Salamanque achever ses études. C'est) à ce qu'on m'a dit, un jeune cavalier rempli d'honneur et de jprobité. Pour du courage, il n'en saurait inân^eT; puisqU'U est gentilhomme et Castillan. t)e plus, il a beailcoûp d'esprit et les manières fort agi^éables; mais ce qiii i^t-ôtre ne sera guèt*e de votive goût, et ce que je ne puis pôurbmt me dispenser de vous dire, c'est qu'il tient un peu trop dé là nature des jeunes seigneurs : il est diablement libertin. Savez-voiis qu'à son âge il a déjà eu à bail deux comédieiltiès? Que iii'apprenez-vous? reprit Aurore. Quelles inœurs ! Mais êtes-Vous bien assuré, Gil bias, qull mène une vie si licencieuse? Oh ! je n'éri douté pas , ihàdame, lui repartis-je. Un valet qu'on a chassé de chez lui ce matin me l'a dit^ et les valets sont fort sincères quand ils s'entretiennent des défauts de leurs maîtres. D'ailleurs, il fréquerite don Alexo Segiar^ iàn Antonio dentelles et don Fernando de Gamboa ; cela seul prouve démonstrativement son liber-tinage. C'teSt assez ^ Gil Bias, tnte dit alo^s ma tnaitresse en soûpuaht; je vais, sur votce rapport, combattre mon indigne amour. Quoi-

qu'il ait déjà de profondes racines dans mon coeur, je ne désespère pas de Ten arracher. Allez^ poursuivit-elle en me mettant entre les mains une petite bourse qui n'était pas vide, Yoilà ce que je vous donne pour vos peines. Gardez-vous bien de révéler mon secret; songez que je Tai confié à votre silence.

J'assurai ma maîtresse que j'étais FHarpocrate ^ des vaktg confidents^ et qu'elle pouvait demeurer tranquille là-dessus. Après cette assurance^ je me retirai^ fort impatient de savoir ce qu'il y avait dans la bourse. J'y trouvai vingt pistoles. Aussitôt je pensai qu'Aurore m'en aurait sans doute âmmé davantage, si je lui eusse annoncé une nouvelle agréable, puisqu'elle en payait si bien une chagrinante. Je me repentis de n'avoir pas imité les gens de justice^ qui fardent quelquefois la vérité dans leurs procès-verbaux. J'étais fâché d'aveir détruit dans sa naissance une galanterie qui m'eût été .trèsutile dans la suite, si je ne me fusse pas sottement piqué d'être sincère. J^avais pourtant la consolation de me voir dédommagé de la dépense que j'avais faite, si mal à propos, en pommades et en parfums.

CHAP. m. — Dn grand changemout qui arriva cliét don Vincent, et de l'étnBfe résolution que l'amour fit prendre à la belle Aurore.

Il arriva, peu de temps après cette aventure, que le sdgneur don Vincent tomba malade. Quand il n'aurait pas été dans un âge fort avancé, les symptômes de sa maladie parurent si violents, qu'on eût craint un événement funeste. Dès le commencement du mal, on fit venir les deux plus fameux médecins de Madrid. L'un s'appelait le docteur Andros*, et l'autre le docteur Oquetos '. Ils examinèrent attentivement le malade , et convinrent tous deux, après une exacte observation, que les humeurs étaient en fougue ; mais ils ne s'ac-

' C'était, cbez les anciens, le dieu dn silence. II avait un doigt sur la boaclie. tes égyptiens le plaçaient à la perte des temples, parce que les mystères de levr rdIgiM étaient des doctrines secrètes.

' Androiy faible déguisement du nom de Nicolas Andry, doyon de la Facnlté de IHdecine de Paris, mort en cette ville en 1742, auteur d'un grand nombre d'ommget sur la médeeini, \9L,»aignée, les alimtnu du otrtfme, etc.

* OqMtoSf autre voile transparent qui cacbe mal le nom de Philippe Hecquet, doyea encore plus célèbre de la même Faculté, mort en 1737. Nous en avons déjà parié daaf le« notes dn second livre.

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