‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 69 sur 296 · LIVRE IV ^ CHAP. HI. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE IV ^ CHAP. HI. 2i

cordèrent qu'en cela l'un et Tautre. L'un voulait qu'on purgeât le itialade dès ce jour-là^ et l'autre était d'avis qu'on différât la purgation. Il faut^ dit Andros^ sê hâter de purger les humeurs, quoique crues, pendant qu'elles sont dans une i^;1tation violente de flux et de reflux, de peur qu'elles ne se fixent sur quelque partie nohle. Oquetos soutint, au contraire^ qu'U fallait attendre que les humeurs fussent cuites, avant que d'employer le purgatif. Mais votre méthode, reprit le preraiev|i<est directement opposée à celle du prince de la médecine. Hippocrate avertit de purger dans la plus ardente fièvre dès les premiers jours, et dit en termes formels qu'il faut être prompt à purger quand les humeurs sont en orgasme, c'est-à-dire en fougue. Oh! c'est ce qui vous trompe, repartit Oquetos. Hippocrate, par le mot d* orgasme, n'entend pas la foogue; il entend plutôt la coction des humeurs ^.

lii-dessos nos docteurs s'échauffent. L'un rapporte le texte grec, et dte tous les auteurs qui i'cnt expliqué comme lui; l'autre, s'en fiant à une traduction atine, le prend sur un ton encore plus haut. Qm des deui. croire ? Don Vincent n'était pas honome à décider la question. Cependant, se voyant obligé d'opter, il donna sa confiance à celui des deux qui avait le plus expédié de malades, je veux dire au plus vieux. Aussitôt Andros, qui était le plus jeune, se retira, non sans lancer à son ancien quelques traits raiUeurs sur Vorgasme. Voilà donc Oquetos triomphant. Gonune il était dans les principes du docteur Satigrado, il commença par faire saigner abondamment le malade, attendant, pour le purger, que les humeurs fussent cuites. Mais la mort, qui craignait sans doute qu'une purgation si sagement difi^ene lui enlevât sa proie, prévint la eoction et emporta mon maître. Telle fut la fin du seigneur don Vincent, qui perdit la vie parce que son médecin ne savait pas le grec.

Aurore, après avoir fait à son père des funérailles dignes d'un homme de sa naissance, entra dans l'administration de son bien. Devenue maîtresse de ses volontés, elle congédia quelques domestiques, en leur donnant des récompenses pro-

* n en Irâ-eertaia qu'il y eot une controverse tres-viye entre Andry et Hecquet, vu ee qn'il lant entendre an juste par orgasme, mot grec ëqnivaieot à lurgeseauBf en à gtmfitmmt ém hmmmrt. On fit à ce sujet des lirres ponr et contre.

portionnées à leurs services, et se retira bientôt à un diàteau qu'elle ayait âur les bords du Tage, entre Sacedon et Baehdia. Je fus du nombre de ceux qu'elle retint et qui la suivirent à la campagne ; j'eus même le bonheur de lui devenir nfo»saire. Malgré le rapport fidèle que je lui avais fait de don Ms, elle aimait encore ce cavalier ; ou plutôt, n'ayant pu vaincfe son amoiu*, elle s'y était entièiiement abandonnée. ESIé b'&vait plus besoin de prendre des précautions pour me parler en pailiculier. Gil Bias, me dit-eUe en soupirant, je ne p^B mh bUer don Luis ; quelque effort que je fasse pour le bamûr de ma pensée, il s'y présente sans cesse, non tel que ta jne l'as peint, plongé dans toutes sortes de désordres> mais tel (|ue je voudrais qu'il fût, tendre, amoureux> constant. Eaie d^ttendiit en disant ces paroles, et ne put s'empêcher de rëj^ndre quelques larmes. Peu s'en fallut que je ne pleurasse aussi viadt je fus touché de ses pleurs. Je ne pouvais mieux lui ùàit ma cour, que de paraître si sensible à ses peines; Motl ami^ oootinua-t-elle après avoir essuyé sé& beaux ylBUx, Je vois que té es d'un très-bon naturel, et je suis si satisfaite de ton zMe^ qoe je te promets de le bien récompenser. Ton secours^ mon dier Gil Bias, m'est plus nécessaire que jamais. Il faut que. je tt découvre un dessein qui m'occupe ; tu vas le trouver fort ïizarre. Aj^rends que je veux partir au plus tôt pour Sais» manque. Là, je prétends me déguiser en cavali^, et, sous le nom de don Félix, faire connaissance avec Pacheco ; je tâdierài de gagner sa confiance et son amitié ; je lui parlerez souveilt d'Aurore de Guzman, dont je passerai pour cousin, il souhaitera peut-être de la voir, et c'est où je l'attends. Nous aunml deux logements à Salamanque : dans l'un, je serai don Félix; dans l'autre, Aurore; et, m'offrant aux yeux de don Lms^ tantôt travestie en homme, tantôt sous mes habits naturels^ je me flatte que je pourrai peu à peu l'amener à la fin qiie je me propose. Je demeure d'accord, ajouta-t-elle, que mon projet est extravagant; mais ma passion m'entraîne, et l'innocencb de mes intentions achève de m'étourdir sur la démarche que je yeux hasarder.

J'étais fort du sentiment d'Aurore sur la nature de son dessein ; il me paraissait insensé. Cependant > quelque déhdsonh^le que je le trouvasse ie me gardai bien dé. faire îë

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