‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 70 sur 296 · LIVRE IV ^ CHAP. III. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE IV ^ CHAP. III. 2i

pédagogue. Au conta^aire, je commençai à dorer la pilule, et i'eQtrepris de prouver que ce projet lou n'était qu'un jeu d'esprii agréable et sans conséquence. Je name souviens plus 4â Ç0 qi^ je kd dis pour lui prouver cela; mais elle se rendit à Étefk caisQi3iâ } les amants étant bien aises qu'on flatte leurs pliM4 foU^s jynagtuatJQus» Nous ne regardâmes donc plus cetle entropi^isa tânéraira que comme une comédie dont il ne Mhil songgr qu'à bien concerter la représentation. Noub choisîmqjKio^ acteurs dans le domestique, puis nous distribuâmes les rates, ce qui se passa sans clameurs et sans quesQlles, pvce que qqus n'étions pas des comédiens de profession. Û fuU lésolu q|yie la dame Ortiz ferait la tante d'Aurore, sous le nom 4e doua Ximena de Guzman ; qu'on lui donnerait un Talet et une suivante; et qu'Aurore, travestie en cavalier, m'await pour valet de chsûnbre, avec une de ses femmes ^ d^iiaée en page, pour la servir en particulier. Les personnages aÎBsi réglés, nous retournâmes à Bladrid, où nous apprîmes qœ don Luis était encore, mais qu'il ne tarderait guère à partir pour Salamanque. Nous fîmes foire en diH" gence lès habits dont nous avions besoin. Lorsqu'ils fureni achevés^ ma maîtresse les fit emballer promptement, attendu que iKMis ne devions les mettre qu'en temps et lieu. Ruts, laissant le soin de sa maison à son homme d'afi'aires, elle partit dans un carrosse à quatre mules, et prit le chemin du coyaume de Léon, avec tous ceux de ses domestiques qui araieut quelque rôle à jouer dans cette pièce.

Nous avions déjà traversé la GastiUe vieille , qu£md l'essieu du carrosse se rompit. C'était entre Avila et Villaflor, à trois ou quatre cents pas d'un château qu'on apercevait au pied è^une montagne. La nuit approchait , et nous étions fort emiHurxassés. Mais il passa par hasard auprès de nous un paysan qaï nous tira d'embarras , sans qu'il y mît beaucoup du sien. n nous apprit que le château qui s'offrait à notre vue appartenait à doua Elvira, veuve de don Pedro de Pinarès; et iV BOUS dit tant de bien de cette dame , que ma maîtresse m'en* Toya au château demander de sa part un logement pour cette nuit. Elvire ne démentit poiut le rapport du paysan; il es^ vrai que je m'acquittai de ma commission d'une manière qui Faurait déterminée à nous recevoir dans son diâteau quand

216 filL VLkÈ,

die n'aurait pas été la personne du monde la plus polie; dk me reçut d'un air gracieux ^ et fit à mon compliment k réponse que je désirais. Là-dessus nous nous rendîmes tons as château, où les mules traînèrent doucement le carrosse. Noos rencontrâmes à la porte la veuve de don Pèdre, qui venaitlndevant de ma maîtresse. Je passerai sous silence lies discoiin que la civilité obligea de tenir de part et d'autre en cette occasion. Je dirai seulement qu'Elvire était une vieille dame qd savait mieux que femme du monde remplir les devoSs de l'hospitalité. Elle conduisit Aurore dans un appartement superbe , où , la laissant reposer quelques moments , elle vint donner son attention jusqu'aux moindres choses qui nous re- . gardaient. Ensuite , quand le souper fut prêt y elle ordoniui qu'on servit dans la chambre d'Aurore, et toutes deux «lies m mirent à table. La veuve de don Pèdre n'était pasik oesper^ sonnes qui font mal les honnem*s d'un repas , eu prenant un air rêveur ou chagrin. Elle avait l'humeur gaie, et souteioait agréablement la conversation. Elle s'exprimait noM^DObent el en beaux termes : j'admirais son esprit et le tour fin qu'cDe donnait à ses pensées. Aurore en paraissait aussi charméo qua moi. EUes lièrent amitié l'une avec l'autre , et se promiie&t réciproquement d'avoir ensemble un commerce de lettrés. Gomme notre carrosse ne pouvait être raccommodé qoB le jour suivant , et que nous courions risque de partir fort tard, il fut arrêté que nous demeurerions au château le lendemain. On nous servit à notre tour des viandes avec profusion , et nous ne fûmes pas plus mal couchés que nous avions été régalés.

Le jour d'après, ma maîtresse trouva de nouveaux charmes dans l'entretien d'Elvire. Elles dînèrent dans une grande salle où il y avait plusieurs tableaux. On en remarquait un, entre autres , dont les figures étaient merveilleusement bien représentées; mais il offrait aux yeux un ^ctacle bien tragique. Un cavalier mori, couché à la renverse et noyé dans son sang, y était peint; et, tout mort qu'il paraissait, il avait un air nUenaçant. On voyait auprès de lui une jeune dame dans und autre attitude, quoiqu'elle fût aussi étendue par terre. Elle avait une épée plongée dans son sein, et rendait les derniers soupu*s, en attachant ses regards mourants sur un jeune

Page 1