‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 72 sur 296 · LIVRE IV, CHAF. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAF. IV

n'avaient pas la liberté dç s'entretenir en particulier. Le prince néanmoins ne laissa pas quelquefois d'en trouver Toccasion; il sut même si bien profiter de ces moments précieux, quil engagea la fille de Siffredi à lui permettre d'exécuter uq projet qu'il méditait. 11 arriva justement dans ce temps-là que Leontio fut obligé^ par ordre du roi^ de faire un voyage dans une province des plus reculées de l'île. Pendant son absence^ Enrique fît fisdre une ouverture au mur de son appartement qui répondait à la cbambre de Blanche. Cette ouverture était oouTerte d'une coulisse de bois qui se fermait et s'ouvrait sans qu'elle parût, parce qu'elle était si étroitement jointe au lam^ bris, que les yeux ne pouvaient apercevoir l'artifice. Un habile architecte que le prince avait mis dans ses intérêts fit cet ouvrage avec autant de diligence que de secret.

L'amoureux Enrique s'introduisait par là quelquefois dan$ la chambre de sa maîtresse; mais il n'abusait point de ses bontés. Si elle avait eu l'imprudence de lui permettre une entrée secrète dans son appartement, du moins ce n'avait été que sur les assurances qu'il lui avait données qu^il n'exigerait jamais d'elle que les faveurs les plus innocentes. Une nuit 11 ia trouva fort inquiète : elle avait appris que Roger était trèsmalade, et qu'il venait de mander SiM*edi, connue grand chancelier du royaume, pour le rendre dépositaire de ses dernières volontés. EÙe se représentait déjà sur le trône son cher Enrique; et, craignant de le perdre dans ce haut rang, cette crainte lui causait une étrange agitation; elle avait même les larmes aux yeux lorsqu'il parut devant elle : Vous pleurez, madame, lui dit-il : que doîs-je penser de la tristesse où je vous vois plongée? Seigneur, lui répondit Blanche, je ne puis vous cacher mes alarmes ; le roi votre oncle cessera bientôt de vivre, et vous allez remplir sa place. Quand j'envisage combien votre nouveUe grandeur va vous éloigner de moi, je vous avoue que j'ai dé l'inquiétude. Un monarque voit lès choses d'un autre oeU qu'un amant; et ce qui faisait tous ses désirs quand il reconnaissait un pouvoir au-dessus du sien, ne le touche plus que faiblement sur le trône. Soit pressentiment, soit raison, je sens s'élever dans mon cœur des mouvements qui m'agitent, et que ne peut calmer toute la confiance que je dois à vos bontés. Je ne me défie point de la

fermeté de tos sentiments ; je ne me défie que de mon bonr heur. Adorable Blanche, répliqua le prince, vos crahites sont obligeantes, et justifient mon attachement à yos charmes; mais l'excès où vous portez vos défiances offense mon amour, et, si j'ose le dire, Tostime que vous me devez. lion, non, ne pensez pas que ma destinée puisse être séparée de la vdtre; croyez plutôt que vous seule ferez toujours ma joie et mon bonheur. Perdez donc une crainte vaine : faut-il qu'elle trouble des moments si doux? Ah! seigneur, reprit la fille de Leontio, dès que vous serez couronné, vos sujets pourront vous demander pour reine une princesse descendue d'une longue suite de rois, et dont l'hymen éclatant joigne de nouveaux États aux vôtres; et peut-être , hélas ! répondrejB-vous à leur attente, même aux dépens de vos plus doux vœux. Eh! pourquoi, reprit Enrique avec emportement, pourquoi, trop prompte à vous tourmenter, vous faire une image affligeante de l'avenir? Si le ciel dispose du roi mon oncle, et me rend maître de la Sicile , je jure de me donner à vous dans Païenne, en présence de toute ma cour. J'en atteste tout œ qu'on reconnaît de plus sacré parmi nous.

Les protestations d'Enrique rassurèrent un peu la fille de Siflredi. Le reste de leur entretien roula sur la maladie d» roi. Enrique fit voir la bonté de son naturel; il plaignit le sort de son oncle, quoiqu'il n'eût pas sujet d'en être fort touché; et la force du sang lui fit regretter un prince dont la mort lui promettait une couronne. Blanche ne savait pas encore tous les malheiu's qui la menaçaient. Le connétable de Sicile, qui l'avait rencontrée comme elle sortait de l'appartement de son père, un jour qu'il était venu au château de Belmonte pour quelques affaires importantes, en avait été frappé. Il en fit dès le lendemain la demande à Siffredi, qui agréa sa recherche ; mais la maladie de Roger étant survenue dans ce temps-là, ce mariage demeura suspendu, et Blanche n'en avait point entendu parler.

Un matin, comme Enrique achevait de s'habiller, il fut surpris de voir entrer dans son appartement Leontio suivi de Blanche. Seigneur, lui dit ce ministre, la nouvelle que je vous apporte aura de quoi vous affliger; mais la consolation qui l'accompagne doit modérer votre douleur. Le roi votre onde

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Tient de mourir; il tous laisse^ par sa mort, héritier de son sceptre. La Sicile vous est soumise. Les grands du royaume attendent tos ordres à Palerme : ils m'ont chargé de les receToir de votre bouche; et je viens, seigneur, avec ma fille, TOUS rendre les premiers et les plus sincères hommages que TOUS doivent tos nouveaux sujets. Le prince, qui savait bien que Roger, depiuis deux mois, était atteint d'une lyaladic qui le détruisait peu à peu, ne fut pas étonné de cette nouvelle. Cependant, frappé du changement subit de sa condition, il sentit naître dans son cœur mille mouvements confus. Il rêva quelque temps, puis, rompant le silence, il adressa ces pai^oles à LeoDtio : Sage SilTredi, je vous regarde toujours comme mon père. Je ferai gloire de me régler par vos conseils, et vous régnerez plus que moi dans la Sicile. A ces mots, s'approchant d'une table sur laquelle était une écritoire, et prenant une feuille blanche, il écrivit son nom au bas de la page. Que Toulez-Tous faire, seigneur? lui dit Siffredi. Vous marquer ma reconnaissance et mon estime, répondit Enrique. Ensuite ce prince présenta la feuille à Blanche, et lui dit : ReceTez, madame, ce gage de ma foi et de l'empire que je TOUS donne sur mes volontés. Blanche la prit en rougissant, et lit cette réponse au prince : Seigneur, je reçois avec respect les grâces de mon roi ; mais je dépends d'un père, et vous trouverez bon, s'il vous plaît, que je remette votre billet entre ses mains, pour en faire l'usage que sa prudence lui conseillera.

Elle doima effectivement à son père la signature d'Eorique. Alors Siffredi remarqua ce qui jusqu'à ce moment avait échappé à sa pénétration. Il démêla les sentiments du prince, et lui dit : Votre Majesté n'aura point de reproche à me faire. Je n'abuserai point de la confiance Mon cher Leontio, interrompit Enrique, ne craignez point d'en abuser. Quelque usage que vous fassiez de mon billet, j'en approuverai la disposition. Mais allez, continua-t-il, retournez à Palerme, ordonnez-y les apprêts de mon couronnement, et dites à mes sujets que je vais sur vos pas recevoir le serment de leur fidélité, et les assurer de mon affection. Ce ministre obéit aux ordres de son nouveau maître, et prit avec sa fille le chemin de Païenne.

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Quelques heures après leur depart^ le prince paiilt tiOHl de Belmonte^ plus occupe de son amour que du haut ring où il allait monter. Lorsqu'on le Tit arriver dans la ville, on poussa mille cris de joie ; il entra parmi les acclamations dtt peuple dans le palais^ où tout était déjà prêt pour la cérémonie, il y trouva la princesse Constance vêtue de longs habillements de deuil. Elle paraissait fDrt touchée de la moit de Roger. Gomme ils se devaient un compliment réciint)qae sur la mort de ce monarque^ ils s'en acquittèrent Tun et l'autre avec esprit, mais avec un peu plus de froideur de la part d'Enrique que de celle de Constance, qui, malgré les démêlés de leur famille, n'avait pu liaïr ce prince. Il se plaça sur le trône, et la princesse s'assit à ses côtés, sur un fauteuil un peu moins élevé. Les grands du royaume prirent leur [dàoe chacun selon son rang. La cérémonie commença; et Leontio, comme grand chancelier de l'État et dépositaire du testament du feu roi, en ayant fait l'ouveilure, se mit à le lire à haute voix. Cet acte contenait en substance que Roger, se voyant sans enfant, nommait pour son successeur le fils aîné de Mainfroi, à condition qu'il épouserait la princesse Constance, et que, s'il refusait sa main, la couronne de Sicile, à son exclusion, tomberait sur la tête de l'infant don Pèdre, son frère, à la même condition.

Ces paroles surprirent étrangement Enrique. Il en sentit une peine inconcevable, et cette peine devint encore plus vive, lorsque Leontio, après avoir achevé la lecture du testament, dit à toute l'assemblée : Seigneurs, ayant rapporté les dernières intentions du feu roi à notre nouveau monarque, ce généreux prince consent d'honorer de sa main la princesse Constance, sa cousine. A ces mots, Enrique interrompit le chancelier. Leontio, lui dit-il, souvenez-vous de l'écrit de Blanche que vous Seigneur, interrompit avec précipitation Siffredi, sans donner le temps au prince de s'ex^quer, le voici. Les grands du royaume, poursuivit-il en mon* trant le billet à l'assemblée, y verront, par l'auguste seing de Votre Majesté, l'estime que vous faitos de la princesse, et la déférence que vous avez pour leà dernières volontés du feu roi votre oncle.

Ayant achevé ces paroles, il se mit à lire le billet dans les

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termes dont il l'avait rempli lui-même. Le nouveau roi y faisait à ses peuples^ dans la forme la plus authentique^ une promesse d'ëpouser Constance, conformément aux intentionis de Rogei:. La salle retentit de longs cris de joie. Vive notre magnanime roi Enrique! s'écrièrent tous ceux qui étaient présents. Ccfame on n'ignorait pas l'aversion que ce prince avait toujours marquée pour la princes^, on avait craint, avec raison, qu'il ne se révoltât contre la condition du testament, et ne causât des mouvements dans le royaume ; maiij la lecture du billet, en rassurant 1^-dessus les grands et le peuple, excitait ces acclamations générales qm déchiraient en secret le cœur du monarque.

Constance, qui, par Tiulérêt de sa gloire et par un sentiment de tendresse, y prenait plus ile part que personne^ choisit ce temps pour l'assurer de sa reconnaissance. Le prince eut beau vouloir se contraindre, il reçut le compliment de la priqcesse avec tant de trouble, il était dans un si grand désordre, qu'il ne put même lui répondre ce que la bienséance exigeait de lui. Enfîn, cédant à la violence qu*il se faisait, iQ s'approcha de Sifîredi, que le devour de sa charge obligeait de se tenir assez près de sa persopne, et lui dit tout bas : Que faites-vous, Leontio? L'écrit que j'ai misentrelesnisdns de votre iille n'était point destiné pour cet usage. Vous trahissez...

Seigneur, interrompit encore Siffredi d'un ton ferme, songez à votre gloire. Si vous refusez de suivre les volontés du roi votre oncle, vous perdez la couronne de Sicile. Il n'eut pas achevé de parler ainsi, qu'il s'éloigna du roi, pourPempêcher de lui répliquer. Enrique demeura dans un embarras extrême; il se sentait agité de mille mouvements contraires. 11 était irrité contre Siffredi ; il ne pouvait se résoudre à quitter Blanche; et, partagé entre elle et l'intérêt de sa gloire, il fut assez longtemps incertain du parti qu'il avait à prendre. Il se détermina powtant, et crut avoir trouvé le moyen de conserver la iîile de Sif&edi sans renoncer au trône. 11 feignit de vouloir se soumettre aux volontés de Roger, se proposant, tandis qu'on solliciterait à Rome la dispense de son mariage avec sa cousine, de^ gagner par ses bienfaits les grands du royaume, et d'établir si bien sa puissance, qu'on ne pût l'obliger à remplir la condition du testament.

Dès qu'il eut forme ce dessein^ il devint plus tranquille; et, se tournant vers Constance, il hii confirma ce que le grand chancelier avait lu devant toute l'assemblée. Mais, au moment même qu'il se trahissait jusqu'à lui offrir sa foi. Blanche arriva dans la salle du conseil. Elle y venait, par ordre de son père, rendre ses devoirs à la princesse; et ses oreilles, ea entrant, furent frappées des paroles d'Enriquik Outre càà, Leontio, ne voulant pas qu'elle pût douter de son malheur, lui dit en la présentant à Constance : Ma fille, rendez vos hommages à votre reine; soiâiaitez-lui les douceurs d'un règne florissant et d'un heureux hyménée. Ce coup terriUe accabla l'infortunée Blanche. Elle entreprit inutilement de cacher sa douleur; son visage rougit et pâlit successivement, et tout son corps frissonna. Cependant la princesse n'en eut aucun soupçon; elle attribua le désordre de son compliment à l'embarras d'une jeune personne élevée dans un déiert et peu accoutumée à la com:. 11 n'en fut pas ainsi du jeune roi : la vue de Blanche lui fit perdre contenance, et le désespoir qu'il remarquait dans ses yeux le mettait hors de lui-même. Il ne doutait pas que, jugeant sur les apparences, elle ne lé crût infidèle. Il aurait eu moins d'inquiétude s'il eût pu lui parler; mais conunent en trouver les moyens, lorsque toute la Sicile, pour ainsi dire, avait les yeux sur lui? D'ailleurs, le cruel Siffredi lui en ôta l'espérance. Ce ministre, qui lisait dans le cœur de ces deux amants, et voulait prévenir les malheurs que la violence de leur amour pouvait causer dans l'État, fit adroitement sortir sa fille de l'assemblée, et reprit avec elle le chemin de Belmonte, résolu^ pour plus d'une raison, de la marier au plus tôt.

Lorsqu'ils y furent arrivés, il lui fit connaître toute l'hoiv reur de sa destinée. 11 lui déclara qu'il l'avait promise au connétable. Juste ciel! s'écria-t-elle, emportée par un mouvement de douleur que la présence de son père ne put réprimer, à quels affreux supplices réserviez-vous la malheureuse Blanche ! Son transport même fut si violent, que toutes les puissances de son âme en furent suspendues. Son corps se glaça; et, devenant fix^ide et pâle, elle tomba évanouie entre les bras de son père. Il fut touché de l'état où il la voyait. Néanmoins, quoiqu'il ressentît vivement ses peines, sa première résolution

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n'en fut point ébranlée. Blanche reprit enfin ses esprits^ plus par lé Tif ressentiment de sa douleur que par Teau que Sifiredi lui jeta sur le visage; et lorsqu'en ouvrant ses yeux languissants elle raperçut qui s'empressait à la secourir : Seigneur^ lui- dit-elle d'une voix presque éteinte J'ai honte de vous laisser voir ma faiblesse ; mais la mort, qui ne peut tarder à finir mes tonimei^, 'tk bientôt vous délivrer d'une malheureuse fille qu^pu disposer de son cœur sans votre aveu. Non, ma chère Blanche^i répondit Leontio, vous ne mourrez point; et votre veila reprendra sur vous son empire. La recherche du connétable vous fait honneur; c'est le parti le plus considérable de rÉtat... J'estime sa personne et son mâite, interrompit Blanche ; mais, seigneur, le roi m'avait fait espérer... Ma fille, interrompit à son tour SifEredi, je sais tout ce que vous pouvez dire là-dessus. Je n'ignore pas votre tendresse pour ce prince, et je ne la désapprouverais pas dans d'autres conjonctures. Vous me veiriez même ardent à vous assurer la main d'Enrique, si l'intérêt de sa gloire et celui de l'État ne l'obligeaient pas à la donnera Constance. Cest à la condition seule d'épouser cette princesse que le feu roi l'a désigné son successeur. Voulezvous qu'il vous préfère à la couronne de Sicile? Croyez que je gémis avec vous du coup mortel qui vous frappe. Cependant, puisque nous ne pouvons aller contre les destinées, faites un effort généreux : il y va de votre gloire de ne pas laisser voir atout le royaume que vous vous êtes flattée d'une espérance frivole. Votre sensibilité pour le roi donnerait même lieu à des bruits désavantageux pour vous, et le seul moyen de vous en préserver, c'est d'épouser le comaétable. Enfin, Blanche, il n'est plus temps de délibérer. Le roi vous cède pour un trône, il épouse Constance. Le connétable a ma parole ; d^agez-la, je vous en prie; et, s'il est nécessaire, pour vous y résoudre, que je me serve de mon 'autorité, je vous l'ordonne.

En achevant ces paroles, il la quitta pour lui laisser faire ses réflexions sur ce qu'il venait de lui dire. 11 espérait qu'après avo^ pesé les raisons dont il s'était servi pour soutenir sa vertu conti'e le penchant de son cœur, elle se déterminerait d'elle-même à se donner au connétable. Il ne se trompa point : mais combien en coûta-t-il à la triste Blanche pour

prendre cette resolution! Elle était dans Tëfat dâ monde b plus digne de pitié. La douleur de voir ses pressentimeiili sur l'infidélité d'Enrique tournés en certitude, et d'être ooiîtrainte, en le perdant, de se livrer k un homme (ju'ellè ne pouviedt aimer, lui causait des transports d'afflicticm d ykh lents, que tous ses moments devenaient pom* elle des supplices nouveaux. Si mon malheur est certain, ft^éerlAit^ilkly comment y puis-je résister Sans mourir? Imidtoysble dMti^ née, pourcfuoi me repaissais-tu des plus douces êspéfiliesS^ si tu devais me précipiter dans un ahîme de man&î Bt tol^ perfide amant, tu te donnes à une autre, quand tu lAe pn^ mets line étemelle fidélité! As-tu donc pu sitôt oietCré «H oubli la foi que tu m'as jurée? Poiu* te punir de m^voir si cruellement trompée, fasse le ciel que le lit conjugtd que ta vas souiller par un parjure soit moins le théâtre de tes pUd*sirs que de tes remords ! que les caresses de Ck)nstatice teN âent un poison dans ton cœur infidèle! puisse ton hfmeu devenir aussi affi*eux que le mien ! Oui, traître, je vais ^ooser le connétable, que je n'aime point, pour me venger de molmême, pour me punir d'avoir si mal choisi l'objet de ma folle passion. Puisque ma religion me défend d'attenter à ma vie, je veux que les jours qui me restent à vivre ne scrfeut qu'un tissu malheureux de peines et d'ennuis. Si tu conserves encore pour moi quelque sentiment d'amour, ce sera me venger aussi de toi que de me jeter à tes yeux entre lesbras d'un autre; et si tu m'as entièrement oubliée, la Sidle da moins pourra se vanter d'avoir produit une femme qui s'est punie elle-même d'avoir trop légèrement disposé de s(A cœur.

Ce fût dans une parefile situation que cette triste vidinie de l'amour et du devoir passa la nuit qui précéda son mariage avec le connétable. Sif&edi, la trouvant le lendemain prête à faire ce qu'il souhaitait, se hâta de profiter de cette disposition favorable. Il fit venh* le connétable à Belmonte le jour même, et le maria secrètement avec sa fille dians la chapelle du château. Quelle journée pour Blanche! Ce n^était point assez de renoncer à une couronne, de perdre un amant ahné et de se donner à un objet haï, il fallait encore qu'elle contraignît ses sentiments devant un mari prévenu pour elle

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