LIVRE Vf, (MAP. y
Sû^rès la mort de Blanche, et Q eut, avant que de mourir, la consolation de marier Porcie. Elle épousa don Jérôme de Silva, et je suis l'unique b'uit de ce mariage. Voilà, poursuivit la veuve de don Pedi'o de Pinarès, l'histoire de ma famille, et un fidèle récit des malheurs qui sont représentés dans ce tableau, que Leontio, mon aïeul, fit faire pour laisser à sa postérité un monument de cette funeste aventure.
CHAP. V. — De ce que fit Aorofe de Guzman lorsqv'ellê fat à ftib»»Bque.
Ortiz, ses compagnes et moi, après avoir entendu cette histoire, nous sortîmes de la salle, où nous laissâmes Aurore avec EWire. Elles y passèrent le reste de la journée à s'entretenir. Elles ne s'ennuyaient point l'une avec l'autre; et le lendemain, quand nous pai-times, elles eurent autant de peine à se quitter que deux amies qui se sont Mt une douce habitude de vivre ensemble.
Enfin nous arrivâmes sans accident à Salamanque. Nous y louâmes d'abord une maison toute meublée; et la dame Ortiz, ainsi que nous en étions convenus, prit le nom de dona Kimena de Guzman. Elle avait été trop longtemps duègne pour n'être pas une bonne actrice. Elle sortit un matin avec Au* rore, une femme de chambre et un valet, et se rendit à un hôtel garni où nous avions appris que Pacheco logeait ordinairement. Elle demanda s'il y avait quelque appartement à louer. On lui répondit qu'oui, et on lui en montra un assez propre, qu'elle aiTêta. Elle donna même de l'argent d'avance à l'hôtesse, en lui disant que c'était pom* un de ses neveux qui venait de Tolède étudier à Salamanque, et qui devait arrive^ ce jour-là.
La duègne et ma maîtresse, après s'être assurées de ce logement, revinrent sur leurs pas ; et la belle Aurore , sans perdre de temps, se travestit en cavalier. Elle couvrit ses cheveux noirs d'une fausse chevelure blonde, se teignit les sourcils de la même couleur, et s'ajusta de sorte qu'elle pouvait fort bien passer pour un jeune seigneur. Elle avait l'action libre et aisée; et, à la réserve de son visage, qui était un peu trop beau pour un homme, rien ne trahissait son déguisement. La suivante, qui devait lui servir de page, s'habilla aussi, et nous n'appréhendions point qu'elle fît mal son personnage :
outre qu'elle n'était pas des plus jolies, elle avait un petit air eQronté qui convenait fort à son rôle. L'aprës-<tinëe, ces deux s^îtrices se ti'ouvant en état de paraître sur la scène, c'est-à-dire dans l'hôtel garni, j'en pris le chemin avec elleà. Nous y allâmes tous trois en carrosse, et nous y portâmes toutes les hardes ^nt nous avions besoin.
L'hôtesse, appelée Bemarda Ramiyez, nous reçut avec beaucoup de civilité, et nous conduisit à notre appartement, où nous conm^nçâmes à l'entretenh-. Nous convîmnes de la no^ITiture qu'elle aurait soin de nous fournir, et de ce que nous iui donnerions pour cela tous les mois. Nous lui demandâmes ensuite si elle avait bien des pensionnaires. Je n*en ai pas présentement, nous répôndit-elle : je n'en manquerais point, si j'étais d'humeur à prendi*e toutes sortes de personnes; mais je ne veux que de jeunes seignem*s. J'en attends ce soir un qui vient de Madiid ici achever ses études. C'est don Luis Paçheco, un cavalier de vingt ans tout au plus; si vous ne le connaissez pas personnellement, vous pouvez en avoir entendu parler. Non, dit. Aurore : je nlgnore pas qu'il est d*une ilhisti*e famille; mais je ne sais quel homme c'est, et tous nie ferez plaisir de me l'apprendre, puisque je dois demeurer avec lui. Seigneur, reprit l'hôtesse en regardant ce feux cavalier, c'est une figure toute brillante; il est feità peu près comme vous. Ah! que vous serez bien ensemble l'un et Vautre! Par saint Jacques ! je pourrai me vanter d'avoir chez moi les deux plus gentils seigneurs d'Espagne. Ce don Luis, répHqU^ ma m^tresse, a sans doute en ce pays-ci des bonnes fortunes? Oh! je vous en assure, repartit la vieille; c'est un vert galant, sur ma parole • il n'a qu'à se montrer pour feire des conquêtes. Il a charmé, entre autres, une dame qui a de la jeunesse et de la beauté : on la nomme Isabelle. C'est la fille d'un vieux docfeur en droit. Elle en est si entêtée, qu'elle en perdra l'esprit assui'ément. Et dites-moi, ma bonne, interrompit Aurore avec précipitation, est-il de son côté fort amoureux d'elle? Il l'aimait, répondit Bemarda Ramirez, avant son départ pour Madrid ; nxais je ne sais s'il l'aime encore; car il est un peu sujet à caution. 11 court de fenmie en femme, comme tous les jeunes çavalieis ont coutume de faire.
La bonne veuve n'avait pas achevé de parler, que nous en-