‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 80 sur 296 · LIVRE IV, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. V

pardonne, que vous prenez mtërêt k cette personne. Ah! que je me veux de mal de vous avoir parlé aveciant de franchise!

Je vous en sais très-bon gré, moi, dit don Luis avec un transport mêlé de dépit et de colère. La perfide! la volage! Don Félix, que ne vous dois-je point! Vous me tirez d'une erreur que j'aurais peut-être conservée encore longtemps. J(B m'imaginais être aimé, que dis-je, aimé? je croyais être adoré d'Isabelle. J'avais quelque estime pour cette créature-là, et je vois bien que ce n'est qu'une coquette digne de tout mon mépris. J'approuve votre ressentiment, dit Aurore en marquant à son tour de l'indignation. La fille d'un docteur en droit devrait bien se contenter d'avoir pour amant un jeune seigneur aussi aimable que vous l'êtes. Je ne puis excuser son, inconstance; et, bien loin d'agréer le sacrifice qu'elle me fait de vous, je prétends, pom* la punir, dédaigner désormais ses bontés. Pour moi, reprit Pacheco, je ne lajreverrai de ma vie; c'est la seule vengeance que j'en dois tirer. Vous avez raison, s'écria le faux Mendoce. Néanmoins, ]^ur lui faire connaître jusqu'à quel point nous la méprisons tous deux, je suis d'avis que nous lui écrivions chacun un billet insultant. J'en lerâi un paquet , que je lui enverrai pour réponse à sa lettre. Mais, avant que nous en venions à cette extrémité, consultez votre cœur; le sentez-vous assez détaché de votre infidèle pour ne craindre pas de vous repentir un jour de lui avoir rqmpu en visière? Non, non, interrompit don Luis, je n'aurai jamais cette faiblesse; et je consens que, pour mor* tifier l'ingrate, nous fassions ce que vous me proposez.

Aussitôt j'allai chercher du papier et de l'encre , et ils se mirent à composer l'un et l'autre des billets fort obligeants pour la fiUe du docteur Murcia de la Llana. Pacheco surtout ne pouvait trouver des teimes assez forts à son gré pour exprimer ses sentiments, et il déchira cinq ou six lettres commencées, parce qu'elles ne lui parurent pas assez dures. Il en fit pourtant une dont il fut content, et dont il avait sujet de l'être. Elle contenait ces paroles : « Apprenez à vous connaître, » ma reine, et n'ayez plus la vanité de croire que je vous aime. » Il faut un autre mérite que le vôtre pour m'attacher. Vous if> n'êtes pas même assez agréable pour m'amuser quelques » moments. Vous n'êtes propre ou'à fiedre l'amusement des

ÏM GIL KLAS.

» tlenoWs écoliert de lUniyer^te. n ÏL ëcriYit ^ooc ce billet gracieux; el lorsque Aurore eut achevé le den^ qui n'était guère moins offensant , elle les cacheta tous deux, y mit une enveloppe, et me donnant le paquet : tiens, Gil Blaa^ me ditelle,, fais en sorte qu^sabelle reçoive cela ce s<Hr. Tu.m'entendâ bieii^ ajouta-t-elle en me iaisant dés yeux un signe que je compris pariaiteftient. Oui, seigneur, lui répondis-je, vous 8é|«z ser^ comme vous le souhaitez.

ïe sortis en même temps ; et, quand je fus dans la rue, je me dis : « Oh çà^ monsieur Gil Bias, on met votre génie à répreuve; vous faites donc le valet dans cette comédie? Eh bien, mon ami, mcmtrez que vous avez assez d'eq)rit pour remplir un rôle qui en demande beaucoup. Le seigneur don Félix s'est contenté de vous fsure un signe. 11 compte, comme vous voyez, sur votre intelligence. A-t-il tortt Non. Je conçois ce quil attend de moi. Il veut que je fasse tenir seulenient le biUet de don Luis : c^est ce que signifie ce signe-là; rien n'est plus intelligible. Persuadé que je ne me trompais pas, je ne balançai point k défaire le paquet. Je tir'ài la lettre de ¥^àcheco> et je la portai chez le docteur Murciâ, dont j'eus bientôt appiis la demeure, ie trouvai à la porte de sa maison le petit page qui était venu k l'hôtel garni. Frère, lui dis-je, ae seriez-vous point par hasard domestique de la fille de M. le docteur Murcia? 11 me répondit qu'oui, d'un air qui marquait assez quil était dans l'hsd)itude de porter et de recevoir des lettres galantes. Vous avez, lui répliquai-je, la physionomie si officieuse, que j^ose vous prier dé rendre ce billet doux à votre iûiaîh*esse.

Le petit page me demanda de quelle part je l'apportais, et je ne lui eus pas sitôt reparti que c'était de celle de don Luis Pachèco, qu'il me dit : Cela étant, suivez-moi; j'ai ordre de vous faire entrer; Isabelle veut vous entretenir. Je me laissai hitroduire dans un cabinet où je ne tardai guère à voir paraître la senora. ie fus frappé de la beauté de son visage : je n'ai point vu de tiaîts plus délicats. Elle avait un air mignon et énfsmtinimiGdscela n'empêchait pas que, depuis trente bonnes années pour lé moins, elle ne marchât sans lisière. Aon ami, me ml-ëlle d'un air riant, appartenez-vous à don tûïs iPàchècôt Je lui répondis que j'étais son valet de chambre

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