LIVRE IV, CHAP. VI. 2S
repens de vous avoir Ml faire connaissance avec dottà Kr mena; et, si vous m'en croyez, vous n'irez plus chez elle; je vous le conseille pour votre repos. Aurore de Guzman pourraft vous (aire voir du pays, et vous inspirer une passion...
Je n'ai pas besoin de la revoir, interrompit-il, pour en de^ venir amoureux; raffaire en est faite. J'en sufa fâché potrf vous, répliqua le faux Mèndoce ; car vous n'êtes pas un homme à vous attacher, et ma cousine n'est pas une Isabelle, je voui en avertis. EHe ne s'accommoderait pas dW amant qui n'au-* rait pas des vues légitimes. Des vues légitimés! repsô^it dod Luis, peut-on en avoir d'autres sur une fflle de son sang? Cési me fkire une offense que de me croire capable de jeter sui^ elle un œil profane. Connaissez-moi mieux, mon cher Meh^ doce. bêlas ! je m'estimerais le plus heureux de tous les hommes, si elle approuvait ma recherche et voulait lier Sft desthiée à la mienne.
En le prenant sur ce ton-là, reprit don Félix, vous mlntéressez à vous servir. Oui, j'entre dans vos sentfanents. Je voul offre mes bons offices auprès d'Aurore, et je veux dès demain essayer de gagner ma tante, qui a beaucoup de crédit sur son esprit. Pacheco rendit mille grâces au cavalier qui lui faisait de si belles promesses, et nous nous aperçûmes avec joie que notre stratagème ne pouvait aller mieux. Le jour suivant, noiis augmentâmes encore l'amoiur de don Luis par une nouvelle invention. Ma maîtresse, après avoir été trouver dona Kimena comme pour la rendre favorable à ce cavalier, vint le rejoindre. J'ai parlé à ma tante, lui dit-elle, et je n'ai pas eu peu de peine à la mettre dans vos intérêts. Elle était furieusement prévenue contre vous. Je ne sais qui vous a fait passer dans son esprit pour un libertin; mais il est constant que quelqu'un lui a fait de vous un portrait désavantageux; heureusement j'ai entrepris votre apologie, et j'ai pris si vivement votre parti, que j'ai détruit enfin la mauvaise impression qu'on lui avait donnée de vos mœurs.
Ce n'est pas tout, poursuivit Âim)re, je veux que vous ayet en ma présence un entretien avec kna tante; ttous achèverons de vous assurer son appui. Pacheco témoigna une éxtrêriie împaiience d'entretenir dona Kimena, et cette satisfaction lui fut accordée le lendemain matin. Le faux Héhduce le Conduisit
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à la dame Ortiz, et ils eurent tous trois une conversation où don Luis fit voir qu'en peu de temps il s'était laissé fort enflammer. L'adroite Kimena feignit d'être touchée de toute U tendresse qu'il faisait pai*aitre, et promit au cavalier de faire tous ses efforts pour engager sa nièce à l'épouser. Pacheco se jeta aux pieds d'une si bonne tante pour la remercier de ses bontés. Là-dessus don Félix demanda si sa cousine était levée. Non, répondit la duègne, elle repose encore, et vous ne sauriez la voir présentement; mais revenez cette après-dinée, et yous lui parlerez à loisir. Cette réponse de la dame Chimène redoubla, comme yous pouvez croire, la joie de don Luis, qui trouva le reste de la matinée bien long. Il regagna l'hôtel garni avec Mendoce, qui ne prenait pas peu de plaisir à l'observer et. à remarquer en lui toutes les apparences d'un véritable amour.
Ils ne s'entretinrent que d'Aurore; et, lorsqu'ils eurent dîné, don Félix dit à Pacheco ; U me vient une idée; je suis d'avis d'aller chez ma tante quelques moments avant vous ; je veux parler en particulier à ma cousine, et découvrir, s'U est possible, dans quelle disposition son cœur est à votre égard. Don Luis approuva cette pensée ; il laissa sortir son ami, et ne partit qu'une heure après lui. Ma maîtresse profita si bien de ce temps-là, qu'elle était habillée en femme quand son amant arriva. Je croyais, dit ce cavalier après avoir salué Aurore et la duègne, je croyais trouver ici don Félix. Vous le verrez dans un instant , répondit dona Kimena , il écrit dans mon cabinet. Pacheco parut se payer de cette défaite , et lia conversation avec les dames. Cependant, malgré la présence de l'objet aimé , il s'aperçut que les heures s'écoulaient sans que Mendoce se montrât; et, cxMnme il ne put s'empêcher d'en témoigner quelque surprise. Aurore changea tout à coup de contenance , se mit à rire , et dit à don Luis : Est-il possible que vous n'ayez pas encore le moindre soupçon de la supercherie qu'on vous fait? Une fausse chevelure blonde et des sourcils teints me rendent-ils si différente de moi-même , qu'on puisse jusque-là s'y tromper? Désabusez-vous donc, Pacheco , continua-t-elle en reprenant son sérieux ; apprenez que don Félk de Mendoce et Aurore de Guzman ne sont qu'une même personne.