‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 92 sur 296 · LIVRE It, CttAP. tt. in · texte numérisé non relu

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pens des personnes trop crédules; et Toti disait quH avait sotUi contribution plusieurs fanmes de qualité *.

CHAP. IX« — Par quel ibcident Gil Blis sortit do cfaes la marquise de Chaves,, et ce

qu'il devint.

Il Y avait six mois que je demeurais chez la marquise de Ghaves, et j'étais fort content de ma condition. Mais la destinée que j'avais à remplir ne me permit pas de faire un plus long séjour dans la maison de cette dame^ ni même à Madrid. Voici Faventure qui m'obligea de m'en éloigner.

Parmi les femmes de ma maîtresse, il y en avait une qu'on appelait Porcie. Outre qu'elle était jeune et belle, je la trouvai d'un si bon <:aractère, que je m'y attadiai sans savoir qu'il me faudrait disputer son cœur. Le secrétaire de la marquise, homme fier et jaloux, était épris de ma belle. Il ne s'aperçut pas plutôt de mon amour, que, sans chercher à s'éclaircir de quel œil Porcie me voyait, Ù résolut de nie faire tirer l'épée. Potir cet effet, il me donna rendes^vous lin matin dans un en-* droit écarté. Comme c'était un petit homme qui m'arrivait à peine aux épaules, et qui me paraissait trè»*faible. Je ne le crus pas un rival fort dangereux. Je me rendis avec confiance au lieu oh il m'avait appelé. Je comptais bien de remporter une victoire aisée, et de m'en ftilre un mérite auprès dé Porcie; mais l'événement ne répondit point à mon attente. Le petit secrétaire, qui avait deux ou trois ans de salle, me désarma comme im enfant; et^ me présentant la pointe de son épée : Prépare-toi, me dit-il > à recevdr le coup de la mort> où bien donne-moi ta parole d'honneur que tu sortiras aujour* d'hui de chez la marquise de Chaves > et que tu ne penseras plus à Porcie. Je lui fis volontiers cette promesse, et je la tins sans répugnance. Je me faisais une peine dé paraître devant les domestiques de notre hôtel après avoir été vaincu, et surtout devant la belle Hélène qui avait fait le sujet de notre combat. Je ne retournai au logir que pou^ y prendre tout ce

* C'était un faible asses coromnn chez les femmes de qualité dn siècle de Louis XIV, que la croyance i la magie et la fureur de consulter les dlteurs de boôlie àvefttdi^« Les histoires de la Voisin n'avaient été qttè trop célèbres. En Ï6H, ta FbntfilAÏ avait fait sa fable de» Dtifinêr9sgês ( livre VU, feble xv ). En 1700, la Dnvcrger étaf noe devineresse fort en vogne à Paris. Dancourl es parle expressément dans une co* médie qui fat joaée oeUe année-là.

que j'avais de nippes et d'argent; et dès le même jour je marchai vers Tolède, la bourse assez bien garnie et le dos chai-gé d'un paquet composé de toutes mes bardes. Quoique je ne me fusse point engagé à quitter le séjour de Madrid , je jugeai à propos de m'en écarter, du moins pour quelques années. Je formai la résolution de parcourir l'Espagne , et de m'aiTcter de ville en ville. L'argent que j'ai, disais-je, me mènera loin : je ne le dépenserai pas indiscrètement; et, quand je n'en aurai plus, je me remettrai à servir. Un garçon fait comme je suis trouvera des conditions de reste quand il lui plaira d'en chercher ; je n'aurai qu'à choisir.

J'avais particulièrement envie de voir Tolède; j'y arrivai au bout de trois jours. J'allai loger dans une bonne hôtellerie, où je passai pour im cavalier d'importance, à la faveur de mon habit d'honune à bonnes foilunes, dont je ne manquai pas de me parer; et, par des airs de petit-maître que j'affectai de me donner, il dépendit dé moi de lier commerce avec de jolies femmes qui demeuraient dans mon voisinage; mais ayant appris qu'il fallait débuter chez elles par une grande dépense, cela brida mes désbrs , et me sent«ûit toujours du goût pour les voyages , après avoir vu tout ce qu'on voit de curieux à Tolède, j'en partis un jour au lever de l'aurore, et pris le chemin de Cuença, dans le dessein d'aller en Aragon. J'entrai la seconde journée dans une hôtellerie que je ti'ouvai sur la route; et, dans le temps que je commençais à m'y rafraîchh-, il survint une troupe d'archers de la sainte hermandad. Ces messieurs demandèrent du vin, se mirent à boire, et j'entendis qu'en buvaut ils faisaient le portrait d'un jeune homme qu'ils avaient ordre d'arrêter. Le cavalier, disait l'un d'entre eux, n'a pas plus de vingt-trois ans; il a de longs cheveux noirs, une belle taille, le nez aquilin, et il est monté sur un cheval bai brun.

Je les écoutai sans paraître faire quelque attention à ce qu'ils disaient, et véritablement je ne m'en souciais guère. Je les laissai dans l'hôtellerie, et continuai mon chemin. Je n'eus pas fait un demi-quart de lieue, que je rencontrai un jeune cavalier fort bien fait , et monté sur un cheval châtain. Pai* ma foi, dis-je en moi-même, voici l'homme que les archers cherchent, ou je suis bien trompé. Il a une longue chevelure

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