PRÉCEPTEUR OU LAQUAIS
Lorsque j'eus f ort inutileme nt déploré mon malheur, je réflexion qu'au lieu de ce'der à mûû chagrin, je devais piuîo i/'*^^^''^^cieiÊiàif*œn^^ mauvais Isortje rappelai mon courage, et, pour me consoler, je disais en m'habillant : « Je 5 suis encore trop heureux que lesjnpon^ n'aient pas emporté mes habitS|^-jiuelquçs ducats que j'ai dans mes poches. » Je fus tentede retourner à Burgos, pour avoir encore une fois recours à dona Mencia ; mais, considérant flue ce serait abuser des bontésde^ette dame, et que Jauleu^ je passe-
10 rais pour une bête,^ j'abandonnai cette pensée. Je jurai bien aussi que dans la suite je serais en garde contre les femmes. Je jetais de temps en temps les yeux sur ma bague, et quand je venais à songer que c'était un présent de Camille, j'en soupirais de douleur*
15 « Hélas I disais-je en moi-même, je ne me connais point en rubis ; mais je connais les gens qui les troquent. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire que j'aille chez un joaillier pour être persuadé que je suis un sot. »
J'allai cependant montrer ma bague à un lapidaire, qui
20 l'estima trois ducats.. Comme je^ortais de ^suboutioue, il passa près de moi un Jeune homme q ui s'arr età^pour me JSn^dtrer . Je ne l erSms^msQ^bord , bien que je le connusse parfaitement. ^ ^fV^^MxA!^ « Comment donc, Gil Bias, me dit-il, feignez-vous xi'lgnoren
25 qui je suis ? ou deux années ont-elles si fort changé le fils dir barbier Nunez, que vous le méconnaissiez ? Ressou^ne^ vous de Fabrice, votre compatriote et votre compagnon d'é
Je le reconnus avant qu'il eût achevé ces paroles, et nous nous embrassâmes tous deux avec cordialité. AjJU^Mti^^ r « Eh ! mon ami, reprit-il ensuite, que ie sui ^i£vLde te rencontrer ! Je ne puis t'exprimer la joie que j'en ressens. . . . Mais, poursuivit-il d'un air surpris, dans quel état t'offres-tu à ma vue ? Vive Dieu 1 t^wDJlà vêtu comme un prince I Une belle épée, des bas de soie, ^ pourpoint et un manteau de velours, relevés ' d'une broderie d'argent ? Malepeste 1 cela . y sent diablement les bonnes fortunes.' -*^'^^^ -n.»n-ru4^-t/^tf ^w-^rt-'*-^
— Tu te trompes, lui dis-je ; mes Maires ne sont pas si lo florissantes que tu te l'imagines.
— A d'autres,' répliqua-t-il, à d'autres. Et ce beau rubis que je vous vois au doigt, monsieur Gil Bias, d'oli vous vient-il, s'il vous plaît ? ^l^wi^-U^^^ ^^A^/H^^^^ \
— Il me vient, lui repartis-je, d'une franche 'j friponne. iS
Fabrice, mon cher Fabrice, bien loin d'être la cog^EcESl ^ C^ des femmes de Valladolid, apprends, mon ami, que j'en suis la dupe. »
Je prononçai ces dernières paroles si tristement, que Fabrice vit bien qu'on m'avait joué quelque tour. Il me 20 pressa de lui dire pourquoi je me plaignais ainsi du beau sexe. Je me résolus sans peine à contenter sa curiosité ; mais comme j'avais un assez long récit à faire, et que d'ailleurs nqjis nevoulions pas nous séparer sitôt, nous entrâmes dans un ca baret^ pour nous entretenir plus commodément. 25 Là, je lui contai, en déjeunant, tout ce qui m'était 3,rrivé£ifc / . depuis ma sortie d'Oviédo. Il trouva mes aventures assez bizarre s ; et, après m'avoir témoigné qu'il prenait beaucoup de part ' à la fâcheuse situation où j'étais, il me dit:
« Il faut se consoler, mon enfant, de tous les malheurs de 30 la vie : c'est par là qu'une âme forte et courageuse se dis-
tingue des âmes faibles. Un homme d'esprit est-il dans la misère, il attend avec patience un temps plus heureux. Jamais, comme dit Cicéron,* il ne doit se laisser abattre jusqu'à ne se plus souvenir flu'ilesjt homme. jPbujjjj^, je suis , 5 de ce caractère-là : mes gi^r aœs ne m'accablent point ; je *xf^ suis toujours ^{?aessusde^a mauvaise fortune. » ^r^^>^ \
igus- de la mauvaise fortune, m Fabrice m'expliqua alors comment, après avoir fait divers metiers , il n'en avait pas rencontré de meilleur que celui de laquais. JIIa^MI^
lo « Je vins à Valladolid, » me dit-il, où, par le plus grand bonheur du monde, j'entrai dans la maison d'un administrateur Jd&thopij^l ; j'y demeure encore, et je suis charmé de ma condition. Le seigneur Manuel Ordonnez, mon maître, est un homme d'une piété profondej^un homme de bien, car
15 il marche toujours les yeux oa^és, avec un gros rosaire à la main. aa'^"*^
, tu pourrais, ce ny semble, lui de valet : un Çuj^Je ton mérite
ly^ élevé. />--^HC X^^PY*
ton sort ;* mai s en un plus beau rôle ^u(
y^^^?!z. Tj.i n'^penses pas, Gil Bias, me répondit-il; sache que, pour un homme de mon humeur, il n'y a point de situation pkis agréable que la mienne. Le métier de laquais est îmbl^ je l'avoue, pour un imbécile ; mais il a des^charm^ ^)
25 pour un garçon d esprit. Un génie sur — ^ "'^ ^^4. ^^
25 Pp
leuç qjni se met en
condjiiûiLLne fait pas son service matériell ement, tomme un mgauoT^Il entre dans une maison pour commander plutôt que pour s^ic^x II commence par étudier so njnajtje ^il s( prête à ses'jcfetauts, gagne sa confiance, et le mène ensuite 30 par le nez. C'est ainsi que je me suis conduit chez mon administrateur.
— -Voilà QM^jf^Jprt bien, repris-je, mon cher Fabrice ; et je te l eKcye / JPour moi, je reviens à mon dessein. Je vais convertir mon habit brodé en Hfftmnefle^ me rendre à Salamanque, et là, me rangeant sous les drapeaux de^ TUniver; site, remplir l'emploi de
— Beau projet 1 s'écria Quelle folie de vouloir, à ton âge, te faire jpédant I^SaisTtu
bien, malheureux, à quoi tu t'engages en p^nanu ce^^anr?^*'^*'^^^ Ne me parle-point çi'un poste de précepteur ; c'est un bén é- t^^^^^^Zi^ fice a ^cna^e ŒaiWîô!^ Mais parle^-moi^dp, l'epiploi ^'ua ^% ,■
li n'engagea rien?' iTn**^^'
laquais ; c'est un bénéfice simple quinNengage valet vit sans inquiétude dans une bonne maison. Après
* îndort tranquillemeut. ,
avoir bu» et mangé tout son^ s comme un entant de famille,^
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^hs sxnrbarrasser du bdùcner"^^
ni duBomangen ... Je ne finirais point, mon enfant, pour- 15 y^^u^itil, si je voulais dire tous les avantages des valets. ^rois-moi. Gil Bias, perds pour jamais l'envie d'être précepteur, et suis mon exemple.
— Oui; mais. Fabrice, liiiremrtis-je, on ne trouve pas toujours de^^Sîfliffmretr^^ïSyetsi je me résolvais à servir, 20 je voudrais dïT moins n'être pas mal p^^céi^^j^ j^ji.^^^^uTP^''^ ui \^^-^
^on, me dit-il,^t j'en/fais. uao» a&û*©4' "r. Je te Réponds d'unq^ bonna cS^ ftfonT^fend ce ne serait que/ pour arrache^n galant h^me^rvm versîté. » . '