GIL BLAS PERD SON MAITRE
A mon retour à Madrid, je trouvai le comte d'Olivarès à qui j'appris le succès de mon voyage.
« Tiens, Gil Bias, me dit-il, en me mettant des papiers entre les mains. J'ai un nouveau présent à te faire. Je 10 crois qu'il ne te sera, pas désagréable ; voici des lettres de noblesse que j'ai faif'éî^éaier "^ pour toi.»
Je remerciai Son Excellence et lui dis que c'était, de toutes
les grâces que Sa Majesté me pouvait faire, celle que je mé-
i I ritai§|^t^ue je désirais le moins. Cependant je pris mes
liM^t? jprentes,'' et une fois rentré chez moi je les serrai dans un
/ tiroir, sans me vanter d'en ê^e pourvu-j*
Ce fut vers ce temps qu'eaatB^ffrevolte du Portugal.* Mon maître ne douta plus de sa chute quand il apprit que la reine s'était ouvertement déclarée contre lui, et qu'elle l'ac- 20 cusait hautement d'avoir, par sa mauvaise administration, causé la révolte du Portugal. La plupart des^rands ne s'aperçurent pas plus tôt qu'il se formait uit^Sragesur la tête du comte, qu'ils se joignirent à la reine.
Jugeant alors qu'il n'y avait plus d'espérance pour lui; il
25 se détermina à la retraite. Il visita ses papiers, dont il brûla
prudemment une grande quantité ; ensuite il nomma les
officiers de sa maison et les valets dont il voulait être suivi,
donna des ordres pour son départ, et en fixa le jour au lendemain. Comme il craignait d'être insulté par la populace en sortant du palais, il s'échappa de çrar^ matin par la porte des cuisines, monta dans un m^^nant carrosse avec son confesseur et moi, et prit impunément la route de Loeches, 5 village dont il était seigneur. Nous nous y rendîmes en moins de quatre heures, et toutes les personnes de sa suite arrivèrent peu de temps après nous.
On peut dire que, pendant trois mois. Monseigneur ne sentit dans la solit ude'q uêf trouble et que clm^Sr; mais sonio confesseur eut le pouvbW de le consoler/Arorce de lui représenter avec énergie qu'il ne devait plus penser qu'à son salut, il eut, avec le secours de la grâce, le bonheur de détacher son esprit de la cour. Son Excellence ne voulut plus savoir de nouvelles de Madrid, et n'eut plus d'autre soin iS que de se disposer à bien mourir, jc (ftA/v^C'^'^*^ ^ifixCvf^
Cet événement arriva plus tôt qu'on ne s'y attendait. Monseigneur tomba malade ; et, sentant que l'afïaire deviendrait sérieuse, il envoya chercher deux notaires à Madrid, pour leur faire faire son testament. Il fit ^niraussi trois fameux 20 médecins qui avaient la réputation de guénrquelquefois leurs malades. Ils laissèrent d'abord les notaires faire leur métier ; après quoi ils se disposèrent à faire le leur. Comme ils étaient dans les principes du docteur Sangradc^ dès la première consultation, ils ordonnèrent saignées sur saignées, en 25 sorte que, au bout de six jours, ils réduisirent le comte à l'extrémité, et le septième il mourut.
Après la n pjt^d e ce ministre, il régna dans le château de Loeches une vn^e^^c^re d^ttir. Tous ses domestiques le pleurèrent amèremeniM Pour moi, qu'il avait le plus 30 chéri, et qui m'étais attaché à lui par pure inclination pour
sa personne, j'en fus encore plus touché que les autres. Je doute qu'Antonia m'ait coûté plus de larmes que le comte.