‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 2 sur 103 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le dernier rapport des ofliciers d’État-Major sur l’étendue cl la population de l’Algérie démontre l’importance de la colonie que nous y avons fondée. Il contient les chiffres suivants relatifs il la population : 3,000,000 d’indigènes, 119,000 européens colons, 60,000 hommes composant l'armée d’occupation.

Jamais l’intention du gouvernement français n’a été de repousser une race par l’autre. Son intention a toujours été de tâcher d’opérer une fusion entre elles, pour ne former qu’un seul peuple.

Ce résultat est difficile à obtenir : on ne peut se le dissimuler; mais s’il est un moyen puissant d’y arriver, c’est incontestablement la possibilité donnée aux deux races d’échanger entre elles des idées sur le commerce, l’agriculture, les arts, la guerre, même la religion : c’est-à-dire la propagation parmi les français de l’idiome parlé en Algérie, et de la langue française parmi les indigènes.

Cette nécessité de parler la langue du pays est sentie par tous les français arrivant en Algérie, par tous les fonctionnaires civils ou militaires, par les colons, par ceux même qui ne se proposent que de faire une résidence momentanée en Afrique. Un magistrat, ayant souvent à juger, en matière criminelle, dos arabes, sur les dépositions de témoins arabes, dont aucun ne parle ni n’entend la langue française, est obligé, n’entendant pas luimème la langue parlée en Algérie, de se contenter de la traduction faite par un interprète à l’audience. Il est facile de concevoir combien l’administration de la justice gagnerait à l’instruction des magistrats dans la langue parlée. Le juge pourrait entendre par lui-même les explications de l’accusé, les dépositions des témoins et faire directement les interpellations qu’il jugerait convenables à la manifestation de la vérité. Un mot inexactement traduit peut quelquefois égarer le juge qui en déduit et doit en déduire toutes les conséquences logiques. Nous nous bornerons à cet exemple. L’utilité, pour les français , de la connaissance de la langue parlée en Algérie pourrait se démontrer pour toutes les classes de personnes que nous avons mentionnées plus haut.

Un fait cependant, qu’il est regrettable d’avoir à constater, c’est qu’après vingt ans d’occupation du pays, bien peu de français connaissent l’idiome

parlé on Algérie Un fait non moins regrettable et qui explique peut-être le premier, c’est que peu de personnes s’occupent d’ouvragee élémentaires propres à aider ceux qui auraient la volonté d’apprendre cet idiome.

Le journal de la librairie annonçait que, dans le coure de l’année 1 849,

7,378 ouvrages de tout genre avaient été imprimés en France. La répartition des livres publiés dans les différentes langues était faite, et combien anuoiicait-on d’ouvrages imprimés en caractères arabes ? un un seul!

El cependant le gouvernement, à diverses, époques, et par des actes successifs, a manifesté son intention d’encourager l'étude de la langue parlée en Algérie.

Ainsi l’ordonnance sur les services civils met au nombre des conditions d’admission la justilication par le candidat qu’il sait écrire sous la dictée quelques phrases de l’idiome parlé.

Des bureaux arabes ont été depuis longtemps créés pour l’administration des diverses provinces de notre colonie.

Des chaires d’arabe vulgaire ont été établies en Algérie, à Constantine et à Oran, et en France, à Marseille et à Montpellier.

Récemment une commission, présidée par M. le général Bedeau et ayant pour rapporteur M. Ferdinand Barrot, aujourd’hui Ministre de l’intérieur, a été formée .pour aviser aux moyens de propager le plus promptement possible la langue arabe parmi les français et la langue française parmi les indigènes.

Enfin le 4 décembre dernier, un décret de M- le président de la république établit des primes annuelles en faveur des fonctionnaires civils qui justilieront de leurs connaissances en arabe littéral et en arabe vulgaire.

Nous croyons avoir démontré la nécessité de la connaissance de la langue parlée en Algérie pour les français, qu ils soient ou non fonctionnaires publics Nous avons constaté l’intention du gouvernement d’encourager cette étude par tous les moyens possibles.

Cela posé, s’il n’y avait aucune différence entre l’arabe littéral et l’arabe vulgaire, entre l’idiome arabe écrit et l’idiome arabe parlé en Algérie, il suffirait d’encourager les français à faire usage des livres existants ; car, pour l’arabe littéral, tout-est fait : grammaires, dictionnaires, livres de toute espèce qu’ils pourraient s’exercer à traduire.

Mais il n’en est point ainsi.

Nous laissons à d’autres beaucoup plus savants que nous la discussion, au point de vue scientifique, de la question de savoir en quoi diffèrent l’arabe littéral et l’arabe vulgaire. Nous nous bornerons à constater les faits suivants qui semblent incontestables. On verra ensuite s’il est possible de nier qu’il existe entre eux une grande différence.

•- En Algérie, les indigènes lettrés n’emploient pas, même entre eux, pour .parler, l’arabe littéral dont ils se servent exclusivement pour écrire.

Les indigènes lettrés ne seraient pas compris des indigènes illettrés s’ils

employaient, pour parler, l’arabe littéral.

Les "indigènes lettrés ou illettrés emploient, pour parler, les mêmes mois, prononcés de la même manière, lesquels forment ce qu’on appelle l’idiome parlé en Algérie. Le style diffère ; mais les mots employés sont les mêmes.

Une personne parlant et comprenant l’idiome parlé en Algérie, mais ne connaissant pas l'arabe littéral, ne comprend rien quand elle entend lire devant elle le passage d’un livre ou une lettre.

Celui qui arrive en Algérie, sachant parfaitement l’arabe littéral, mais seulement l’arabe littéral, ne comprend pas l’idiome parlé par les indigènes et ne peut s’en faire comprendre- Il ne serait compris que par les indigènes lettrés.

L’indigène, quelque lettré qu’on le suppose, rendra compte du même fait passé sous ses yeux d’une manière différente, s’il doit en rendre compte par écrit ou de vive voix : c’est-à-dire qu’il emploiera pour en rendre compte de vive voix des mots différents, souvent par leur racine, toujours par leur formation et leur prononciation, de ceux qu’il emploiera pour en rendre compte par écrit.

Les dictionnaires d’arabe littéral contiennent des mots qui, pour la plupart, ne s’emploient pas pour parier. La prononciation de ces mots ou n'est pas indiquée ou est indiquée d’une manière qui les rend méconnaissables * pour celui qui ne connaît que la langue parlée.

Il en est de même des livres écrits en arabe littéral.

De ces faits incontestables il faut conclure qu’il existe une grande différence entre l’arabe littéral et l'arabe vulgaire, et qu’ainsi les livres d'arabe littéral ne sont que d’un bien faible secours à ceux qui ne se proposent que d’étudier la langue parlée en Algérie.

A l’autorité des faits ci-dessus énoncés nous joindrons le témoignage de M. Marcel. Voici comment il s'exprime dans la préface de son dictionnaire publié en 1837, page 13. Après quelques considérations tendant à établir la différence entre l’arabe littéral et l’arabe vulgaire, il ajoute : « Aussi » lorsque j’arrivai, il y a bientôt quarante ans, à Alexandrie, quoique j’eusse » suivi à Paris, avec zèle et non sans quelque fruit, les leçons des plus » doctes professeurs des langues orientales, je reconnus avec désappointe- » ment que je ne pouvais me faire entendre de mes domestiques arabes » et que je ne réussissais pas mieux à les comprendre moi-même.

» Cependant les cheyks et les savants de la ville, versés dans la langue » littérale, me comprenaient plus facilement ; mais ils me disaient que je » parlais comme un livre, et certes leur intention n’était pas de m’adresser » un éloge. »

Ce qui existait et existe encore en Égypte, existe aujourd’hui en Algérie.

On peut comparer l’état actuel de ce pays à l’état de la France à une certaine époque déjà ancienne. S'agissail-il d’écrire sur un sujet de droit, de théologie, etc., on se servait exclusivement de la langue latine, sous peine de paraître illettré. C’était une convention entre les lettrés. Et cependant.

quand ils parlaient , lettrés ou illettrés se servaient exclusivement de la langue française. On écrivait en latin et on parlait en français.

Aujourd’hui en Algérie, on écrit en arabe littéral et on parle en arabe vulgaire.

Serait-on autorisé à conclure de ce que nous venons de dire qu’il faut abandonner l'étude de l’arabe littéral pour ne s’occuper que de l’arabe vulgaire? Non certes. Heureux ceux qui peuvent se livrer de bonne heure à l’étude de cette langue admirable; mais il faut prendre les choses telles qu’elles sont. Que se propose un français arrivant en Algérie ? Est-ce de devenir un orientaliste? non sans doute. 11 veut tout simplement comprendre l’idiome parlé en Algérie et se faire comprendre des indigènes ; et d’ailleurs l’étude de la langue parlée conduit quelquefois à l’étude de l’arabe littéral.

Serait-on autorisé à nous faire dire que l’arabe littéral et l’arabe vulgaire sont deux langues distinctes, n’ayant point de rap[>orts entre elles? non; mais ce que nous prétendons, en présence des faits, c’est que, si l’arabe* vulgaire n’est autre chose que l’arabe littéral corrompu, les modifications qu’a subies l’arabe littéral, pour la langue parlée dans chaque pays, l’ont rendue inintelligible pour les indigènes illettrés; et comme lettrés et illettrés se servent, pour parler, de cet arabe corrompu, nous disons que l’étude de l’arabe vulgaire est distincte de l’étude de l’arabe littéral.

Nous croyons avoir démontré qu’il faut, pour apprendre à parler, d’autres livres que ceux qui existent maintenant et qui n’ont pour but que d’apprendre à écrire.

Les livres indispensables sont : 1° une grammaire, 2° un dictionnaire français-arabe et un dictionnaire arabe-français, 3° un livre au moyen duquel on puisse faire des thèmes et des versions.

Les grammaires d’arabe vulgaire déjà publiées sont suffisantes. Mais il nous a semblé qu’il n’en était point ainsi des deux autres genres de livres que nous venons de mentionner comme indispensables.

Il nous a semblé que les dictionnaires existants laissaient beaucoup à désirer; qu’ils ne contenaient qu’un très-petit nombre de mots; que ces mots pour la plupart n’étaient pas usités en Algérie pour parler, mais qu’ils appartenaient à l’arabe littéral; que les pluriels, presque toujours irréguliers, n’étaient pas indiqués; que leurs genres n’étaient pas donnés; enfin que leur prononciation était représentée en caractères français d’une manière inexacte et sans méthode régulière.

Nous avons cherché à éviter ces défauts dans notre dictionnaire. Il contient i° tous les mots usités pour parler en Algérie, sans mélange des mots inusités ; 2" leur prononciation indiquée en caractères français d’après le mode adopté par la commission scientifique de l'Algérie; 3“ leur pluriel ; t° leurs genres.

Les matériaux ont été vérifiés avec soin par Si H’ammed Bon Gandoura. Mouh’ammed H’ oudja Ben H’affaf et Daninous, les rleux premiers, asses-

— vu —

scurs, et le troisième, interprète près la Cour d'appel et les tribunaux d’Alger. Tout le monde en Algérie connaît leur instruction.

Tel est le premier ouvrage que nous avons pu offrir à ceux qui se proposent d’étudier la langue parlée en Algérie.

Nous en publions un second.

Il nous a semblé, qu’après avoir recueilli dans un dictionnaire la totalité des mots employés pour parler, il restait à les présenter groupés ensemble d’après les règles de la syntaxe et de l'orthographe ; car, pour parler une langue, il ne suffit pas de connaître les mots dont elle se compose : il faut de plus savoir construire des phrases à l'aide de ces mots.

Avant d’exposer l’idée qui a fait composer cet ouvrage et la manière dont nous l’avons exécutée, qu’il nous soit permis de présenter quelques réflexions.

On peut parvenir à parler une langue étrangère sans grammaire, sans dictionnaire, sans lire aucun livre, sans connaître une seule lettre de son alphabet. Ceci est un fait évident dans tous les pays. En Algérie, combien de musulmans et surtout de juifs parlent la langue française sans savoir ni lire ni écrire môme leur langue maternelle !

La conversation seule suffit si l’on trouve des occasions fréquentes de converser : surtout si l’on habite le pays même où se parle la langue qu’on veut apprendre et qu’on soit isolé des personnes parlant le même dialecte que soi.

On doit même ajouter que ce moyen (la conversation) qui, employé seul, est suffisant dans certains cas, est indispensable dans tous. On n’apprend pas à parler une langue quelconque en travaillant seulement sur des livres. Il faut, dans tous les cas, s’exercer à la parler avec des gens qui la connaissent.

Mais est-ce à dire que ce moyen, suffisant dans certains cas, indispensable dans tous, ne puisse être aidé par aucun autre P Contestera-t-on, par exemple, que la lecture des livres français n’aide puissamment A parler couramment et correctement la langue française’ non sans doute. Cela est incontestable.

N’est-il pas vrai également qu’un mot qu’on voit écrit se grave plus facilement dans la mémoire que si on l’a seulement entendu prononcer P

Celui qui commence l’étude d’une langue n’éprouve-t-il pas instinctivement le besoin de retenir un mot qu’on prononce devant lui', en l’écrivant par une méthode quelconque.

Nous ne pensons pas que tout ceci puisse être contesté.

Mais, pour que la lecture d’un livre puisse aider à parler, il faut évidemment que ce livre contienne les mots mêmes dont on a besoin pour parler ; que les racines de ces mots écrits soient les mêmes que celles des mots employés pour parler; que leur formation soit réglée par les mêmes principes ; surtout que leur prononciation soit indiquée de la même manière.

Et en effet, à quoi servirait à un étranger de lire un livre écrit en latin s’il se proposait seulement d’apprendre à parler français ?

Or, en arabe , on n’écrit pas comme on parle, pas plus qu’on ne parle comme on écrit, c’est-à-dire que les livres arabes, comme nous l’avons déjà dit, contiennent des mots qui, pour la plupart, diffèrent de ceux employés pourparler, l° souvent par leur racine, 2° toujours par leur mode de formation quant aux déclinaisons et conjugaisons, 3° toujours par leur prononciation qui n’est pas indiquée ou est indiquée d’une manière qui les rend méconnaissables pour celui qui ne connaît que la langue parlée.

Dans cet état de choses, puisque, d’une part, on doit reconnaître que la lecture d’un livre écrit dans l’idiome de l’Algérie pourrait aider puissamment la conversation dans cet idiome, n’étant en quelque sorte que la représentation de la parole au moyen de l’écriture ; et que, d’une autre part, les livres arabes existants aujourd’hui ne peuvent aider ceux qui ne s’occupent que de la langue parlée , l’idée nous est venue d'offrir aux français ce nouvel aide, en composant un livre ne contenant que les mots usités pour parler.

Nous avons maintenant à exposer de quelle manière nous l’avons exécutée.

Disons d’abord qu’il nous a fallu nécessairement, par exception, contrevenir à l’usage établi par les lettrés, qui veut qu’on n’écrive pas comme on parle. Qu’on ne nous suppose pas pour cela l’intention de proposer de ne pas respecter cet usage dans les cas ordinaires. Nous faisons observer toutefois, qu’il est possible d’écrire l’idiome dont on se sert pour parler avec les mêmes lettres qu’on emploie pour écrire l’arabe littéral et d’après des règles fixes. Ces règles, nous les avons suivies, quant à la syntaxe et à l’orthographe.

Nous nous sommes posé les questions suivantes :

Quel genre de livre devions -nous composer!' Devions -nou6 composer des dialogues ou faire la traduction d’un ouvrage français?

Quel ouvrage français devions- nous choisir?

Quelle méthode de traduction devions-nous adopter? La méthode qui consiste à traduire le plus possible mol |K)ur mot ou la méthode de traduction libre?

Devions-nous prendre un collaborateur arabe ?

Comment fixer les mots P Comment indiquer la prononciation?

Nous avons pensé que nous remplirions mieux notre but en faisant la traduction d’un ouvrage français qu’en faisant des dialogues. Une traduction avec le texte et le mot à mot en regard offre les avantages suivants : r elle donne la possibilité ail commençant de faire, à part lui, à l’aide de dictionnaires, des thèmes et des versions qui le préparent aux thèmes et aux versions accidentels dont se compose une conversation entre personnes ayant une langue maternelle différente ; 2° elle aide à faire une narration suivie ; 3" elle fait connaître en quelque sorte le génie de l'idiome.

Ces avantages ne se trouvent pas dans les dialogues. Il en existe d'ailleurs déjà plusieurs recueils fort satisfaisants.

Le genre do livre à faire une fois déterminé, il nous restait à choisir l’ouvrage français que nous avions à traduire.

Ce choix, du reste, était à peu près indifférent, puisque nous ne nous proposions que de présenter des groupes de mots arabes usités pour parler en Algérie, formés d’après les règles de la syntaxe et de l’orthographe.

Cependant l’ouvrage français intitulé Histoire de Gil Blasde Santillane nous a paru mériter la préférence, parce que sou style se rapproche du dialogue et parce que les sujets traités dans le livre premier (le seul qu’il nous ait semblé nécessaire de traduire) sont intelligibles pour les arabes comme pour les français, auxquels Gil Blas est déjà familier.

Nous avons préféré la méthode qui consiste à traduire le plus possible . mot à mot à la méthode de traduction libre. Elle nous a semblé remplir

mieux le but que nous nous proposions.

Nous n’avons point hésité à prendre un collaborateur arabe- Ce qu’il fallait surtout éviter, c’était d’habiller (qu’on nous pardonne cette expression) du français en arabe. Pour éviter plus sûrement les gallicismes, nous avons fait choix d’un indigène d’Alger sachant parfaitement sa langue maternelle et versé dans l’arabe littéral, mais ne parlant pas français. A l’aide de l’arabe parlé que nous possédions, nous faisions passer l’idée exprimée dans l’ouvrage français dans sa tète arabe, et nous recueillions de sa bouche les mots qui la rendaient dans l’idiome parlé en Algérie. Nous les fixions au > moyen de l’écriture ainsi que leur prononciation ; et il vérifiait ensuite, de

ses yeux, leur orthographe. Nous avions soin, avant d’arrêter la traduction, de comparer les phrases qu’il nous avait données avec le texte français, pour nous assurer que tout était traduit et que rien n’avait été ajouté. Pour nous .assurer en outre que les modifications faites successivement à chaque phrase n’avaient pas nui à la correction du style, nous le laissions libre, en définitive, de sa construction.

Pour fixer les mots correctement, point de difficulté. L’écriture n’est-ellepoint l’art de peindre la parole P N’avions-notis point à notre disposition les caractères de l’alphabet arabe? N’existc-t-il point des règles pour parler aussi bien que pour écrire? Nous pouvions donc facilement fixer les mots correctement.

Mais il était plus difficile d’indiquer leur prononciation.

Avant d’exposer la méthode que nous avons adoptée, il nous semble nécessaire de rappeler quelques principes de grammaire pour être mieux compris.

En arabe vulgaire, il existe deux sortes de voyelles : les brèves et lcslon- \ gués. Il y a trois voyelles longues; ce sont les trois lettres de l’alphabet I,

j, : alif, ouaou, ia. Il y a trois voyelles brèves qu’on appelle fath’a kesra, d’ainma.

Les voyelles longues s’écrivent dans le corps du mot arabe dont elles tont ainsi partie.

Les voyelles brèves fath'a, kesra, d'amma n’entrent pas dans le corps du mot. Elles se ligurcnt au-dessus ou au-dessous de la lettre qu’elles affectent, en employant ces deux signes / ? . Ainsi prenons la lettre arabe J : si on

doit l’affecter d’un fath'a, on écrira $ : d’un kesra $ : d’un d'amma J.

Constatons aussi un fait : c’est que les arabes n’écrivent le plus souvent que les voyelles longues, c’est-à-dire que celles qui entrent dans le corps d’un mot, et qu’ils n’indiquent point les voyelles brèves ; de telle sorte qu'un tiès-grand nombre de mots arabes ne sont que des groupes de consonnes. Il faut cependant pour les prononcer joindre nécessairement à ces consonnes des voyelles ou des diphtliongues. La connaissance de la langue et une grande habitude de lire les écrits, peuvent seules, dans ce cas, vous mettre à même de les suppléer. Cela serait de toute im possibilité à un commençant.

Ceci rappelé, venons à l’exposé du mode que nous avons adopté pour indiquer la prononciation des mots de notre traduction. Nous avons, à cet égard, éprouvé quelque embarras.

Nous avions eu d’abord l’idée d'employer les signes voyelles dont nous avons parlé plus haut, dénommés fath'a, kesra, d'amma, et figurés comme dans l’arabe littéral. Mais une première difliculté se présentait : où les placer? D'après les règles de l’arabe littéral P Alors la prononciation indiquée ne se trouvait plus conforme à la prononciation adoptée par l’idiome parlé en Algérie. D’après les exigences de l’idiome P Alors les mots écrits présentaient souvent des barbarismes en arabe littéral. Fallait-il les mettre tous? Alors la prononciation indiquée rendait les mots méconnaissables. N’en pas mettre du tout? Alors le commençant se trouvait dans l’impossibilité de prononcer les groupes de consonnes qui souvent composent seules les mots arabes.

D’un autre côté, ces signes voyelles nous ont paru insuffisants. En effet le kesra indique bien, presque invariablement, le son de l't français et le d'amma le son correspondant à la diphthongue française ou; mais le fath'a, représenté toujours par le même signe ' placé au-dessus des lettres, indique un son variable suivant les circonstances ; tantôt le son de l’a français ; tantôt le son de l’é; tantôt celui de l’i; tantôt celui indiqué parla diphthongue eu : et d’ailleurs il n’est point indifférent de donner à ce même signe le son équivalent à l’une ou l’autre de ces quatre lettres françaises. En voyant ce signe invariable lequel des quatre sons variables a, t, », eu, qu’il représente, choisira le commençant?

Nous sommes sorti de ces diflicultés en adoptant le mode que nous présentons et qui consiste à placer au-dessus des lettres arabes les voijelles ou les dinhüwnqaes françaises nui leur conviennent d après la prononciation adoptée par l’idiome parlé.

L'arabe se trouve isolé de ces lettres françaises, de telle sorte que le savant peut le lire sans s’embarrasser des lettres hors ligne, et que le commençant voit de suite la voyelle ou la diphthonguc qu’il doit ajouter aux consonnes comprises dans le corps du mol pour épeler ses syllabes.

Ce qui embarrasse en effet le plus un commençant qui ne connaît que les lettres arabes correspondant aux lettres françaises, et qui ne voit souvent dans un texte arabe que des groupes de consonnes, c'est de savoir quelles voyelles ou quelles diphthongues il faut ajouter à ces consonnes pour pouvoir prononcer ces mots, et à quelle place il les faut mettre.

Ce sont ces voyelles ou ces diphthongues que nous avons indiquées, ainsi que la place qu’elles doivent prendre dans les mots.

Par ce moyen, ilsullit, pour lire l’arabe, de connaître l’alphabet arabe et la correspondance de ses lettres avec les lettres de l’alphabet français.

En exposant le plan de cet ouvrage, nous avons été forcé d'entrer dans lieaucoup de détails. Ils nous ont semblé indispensables.

Son but unique est d’aider la conversation par la lecture.

Tous les mots qui se trouvent dans cette traduction sont usités pour parler en Algérie. C’est la représentation, au moyen de l’écriture, et d’après les règles de la syntaxe et de l’orthographe, des mots qu’il faudrait prononcer devant les indigènes lettrés ou illettrés, pour conter de vive voix l’histoire de Gil Blas.

La révision de l’ouvrage entier a été faite, en présence du texte français, par notre collaborateur et par nous, à cinq reprises différentes.

Nous avons pensé que nous devions nous borner à traduire le premier livre de Gil lilas. 11 contient dix-sept chapitres, et ce texte nous a paru suffire à ceux qui veulent s’exercer il traduire, pour apprendre des mots de l’idiome parlé en Algérie.

Sans le concoure du savant indigène Mouh'ammed Il"oudja Ben ll'affaf, notre œuvre eût été impossible à accomplir. On a vu, par notre exposé, quelle part il a prise à son exécution.

Qu’il reçoive ici de nouveau tous nos remerciments de son amitié et de sa persévérance dans nos travaux soutenus pendant huit années.

MOUE DE mum

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