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jugé trop avantageusement de moi ; mais Je laisse là les louanges, et je me contenterai de vous dire, en acceptant la place que vous m’ofTrez dans voire compagnie, que je ne négligerai rien pour vous prouver que je n’en suis pas indigne.
Je n’eus pas sitôt dit à cet ambidextre que je consentais d’aug-. monter le nombre de ses camarades, qu’il me conduisit oii ils étaient , et là je fis connaissance avec eux. C’est dans cet endroit que je vis pour la première fols l’illustre Ambroise de Lamela. Ces messieurs m’inteiTogèi ent sur l’art de s’approprier finement le bien du prochain. Ils voulurent savoir si j’avais des principes; mais je lem* montrai bien des tours qu’ils Ignoraient, et qu’ils admirèrent. Ils furent encore plus étonnés, lorsque, méprisant la subtilité de ma main, comme une chose trop ordinaire , je leur dis que j’excellais dans les t’ourbej’ies qui demandent de l’esprit. Pour le leur persuader, je leur racontai l’aventure de Jérôme de Moyadas; et sur le simple récit que j’en fis, ils me trouvèrent un génie si supérieur, qu’ils me choisirent d’une commune voix pour leui' chef. Je justifiai bien leur choix pai' une infinité de fripon- • neries que nous fîmes, et dont je fus, pour ainsi parler, la cheville ouvrière. Quand nous avions besoin d’une actrice pour nous seconder, nous nous servions de Camille, qui jouait à ravir tous les rôles qu’on lui donnait.
Dans ce temps-là, notre confrère Ambroise, fut tenté de revoir sa patrie. 11 partit pour la Galice, en nous assurant que nous pouvions compter sur son retour. Il contenta son envie; tl comme il s’en revenait, étant allé à Burgos pour y faire ' quelque coup, un hôtelier de sa connaissance le mit au service du seigneur Gil Blas de Sanlillane, dont il n’oublia pas de lui apprendre les aflaires. Seigneiu- Gil Blas, pom-sui\il don Raphaël en m’adressant la parole, vous savez de quelle manière nous vous dévalisâmes dans un hôtel garni de Valladolid ; je ne doute pas que vous n’ayez soupçonné Ambroise d’avoir été le principal inslriunent de ce vol, et vous avez eu raison. Il vint nous trouver en arrivant; il nous exposa l’état où vous étiez, et inessieui-s les entrepreneurs se réglèrent làdessus. Mais vous ignorez les suites de cette aventure; je vais votis en instruire. Nous enlevâmes, Ambroise et moi, votre valise; et, tous deux montés sur vos mules, nous prîmes le
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chemin de Madrid, sans nous enil)airasser de Camille ni de nos camarades, qui furent sans doute aussi surpris que vous de ne nous pas revoir le lendemain.
Nous changeâmes de dessein la seconde journée. Au lieu d’aller à Madrid , d’où je n’étais pas sorti sans raison , nous passâmes par Zehreros, et continuâmes notre route jusqu’à Tolède. Notre premier soin, dans cette ville, fut de nous hahiller fort proprement ; puis, nous donnant pour deux frères ^ galiciens qui voyageaient par curiosité, nous connûmes bientôt de fort honnêtes gens. J’étais si accoutumé à faire l’homme de qualité, qu’on s’y méprit aisément ; et, comme on éblouit d’ordinaire par la dépense , nous jetâmes de la poudre aux yeux de tout le monde par les fêles galantes que nous commençâmes à donner aux dames. Parmi les femmes que je voyais, il y en eut une qui me toucha. Je la trouvai plus belle que Camille et beaucoup plus jeune. Je voulus savoir qui elle était; j’appris qu’elle se nommait Violante, et qu’elle avait épousé un cavalier qui, déjà las de ses caresses, courait après ^ celles d’une courtisane qu’il aimait. Je n’eus pas besoin qu’on m’en dit davantage pour me déterminer à établir Violante dame souveraine de mes pensées.
Elle ne tarda guère à s’apercevoir de sa conquête. Je commençai à suivre partout ses pas, et à faire cent folies pour lui persuader que je ne demandais pas mieux que de la consoler des infidélités do son époux. I.a belle fit là-dessus ses réflexions, qui furent telles que j’eus enfin le plaisir de connaître que mes intentions étaient approuvées. Je reçus d’elle un billet en réponse de plusieurs que je lui avais fait tenir par une de ces vieilles qui sont d’une si gi-ande commodité en Espagne et en Italie. La dame me mandait que son mari soupait tous les soirs chez sa maîtresse, et ne revenait au logis que fort tard. Je compris bien ce que cela signifiait. Dès la même nuit . j’allai sous les fenêtres de Violante-, et je liai avec elle une conversation des plus tendres. Avant que de nous séparer, nous convînmes cpie toutes les nuits, à pareille heure, nous pourrions nous entieteiiir de la même manière , sans préjudice de tous les autres actes de galanterie qu’il nous serait permis d’exercer le jour.
Jusque-là don Ballazar (ainsi sc nommait l’époux de Vio-
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lante) en avait été quitte à bon marché ; mais je voulais aimer physiquement, et je me rendis un soir sous les fenêtres de la dame, dans le dessein de lui dire que je ne pouvais plus vivre si je n’avais un lête-à-têtc avec elle dans un lieu plus convenable à l’excès de mon amour ; ce que je n'avais pu encore obtenir d’elle. Mais comme j’arrivais, je vis venir dans la rue un borniuc qui semblait m’observer. En clTel, c’était le mari, qui revenait de chez sa courtisane de meilleure heure qu’à l'ordinaire, et qui, remarquant un cavalier près de sa maison, au lieu d’y entrer, se promenait dans la rue. J’y demeurai quelque temps incertain de que je devais faire. Enfin, je pris le parti d’aborder don Baltazar, que je ne connaissais point et dont je n’étais pas connu. Seigneur cavalier, lui dis-je, laissez-moi, je vous prie, la rue libre pour cette nuit ; j’aui-ai une autre fois la même complaisance pour vous. Seigneui-, me répondit-il, j’allais vous faire la même prière. Je suis amoureux d’une fille que son frère fait soigneusement garder, et qui demeure à vingt pas d’ici. Je souhaiterais qu’il n’y eût peimme dans la rue. 11 y a, repris- * je, moyen de nous satisfaire tous deux sans nous incommodei-; car, ajoutai-je en lui montrant sa propre maison, la dame que je sers loge là. 11 faut même que nous nous secourions, si l’un ou l'autre vient à être attaqué. J’y consens, repartit-il j je vais à mon rendez-vous, et nous nous épaulerons s’il en est besoin. A ces mots, il me quitta, mais c’était pour mieux m’observer ; ce que l’obscurité de la nuit lui permettait de faiie impunément.
Pour moi, je m’approchai de bonne foi du balcon de Violante. Elle parut bientôt, et nous commençâmes à nous enti’etenii’. Je ne manquai pas de presser ma reine de m’accorder un entretien secret dans quelque endroit pai-ticulier. Elle i-ésista un peu à mes instances, pour augmenter le prix de la grâce que je demandais ; puis, me jetant un billet qu’elle lira de sa poche : Tenez, me dit-elle, vous trouverez dans cette lettie la promesse d’une chose dont vous m’importunez tant. Ensuite elle se retira, parce que l'heme à laquelle son mari revenait ordinairement approchait. Je serrai le billet, et je m’avançai vei-s le lien où don Baltazar m’avait dit qu’il avait alfaire. Mais C( t époux, qui s’était fort bien aperçu que j’en
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