LIVRK VII, CHAI*. VII
rtc sa (lëclaniatiüii. SiWt qu’elle m’eut renianjuée, elle le qiiitla d'un air gracieux, vint à moi les bras ouverts, et me lit toutes les amitiés imaginables : de mon côté, je l’embrassai de tout mon cœur. Nous nous témoignâmes mutuellement la joie que nous avions de nous revoir : mais le temps et le lieu ne nous permettant pas de nous rd][>andre en de longs discours, nous remîmes au lendemain â nous entretenir chez elle plus amplement.
, Le plaisir de parler est une des plus vives passions des femmes, et pai ticulièrement la mienne. Je ne pus fermer l’œil de toute la nuit , tant j’avais d’envie d’étre aux prises avec Phénice, et de lui faire questions sur questions. Dieu sait si je fus paresseuse à me levei' pour me rendre oii elle m’avait enseigné qu’elle demeurait! Elle était logée avec toute la troupe dans un grand hôtel garni. Une servante que je ren- . contrai en entrant, et que je priai de me conduire à l’appartement de Phénice, me fil monter à un corridor le long duquel régnaient dix à douze petites chambres séparées seulement pai' des cloisons de sapin, et occupées, par la bande joyeuse. Ma conductrice frappa à une porte que Phénice, à qui la langue démangeait autant qu’à moi, vint ouvTir. A peine nous ' donnâiries-nous le temps de nous asseoir pour caqueter. Nous ' voilà en train d’en découdi'e. Nous avions à nous interrmger sur tant de choses, que les demandes et les réponses se succédaient avec une volubilité surprenante.
Après avoir raconté nos aventures de part et d’autre , et nous être instruites de l’état présent de nos alfaircs, Phénice me demanda quel parti je voidais prendre : car enfin, me ditelle, il faut bien faire quelque chose; il n’est pas peiTuis à une personne de ton âge d’être inutile dans- la société. Je lui répondis que j’avais résolu, en attendant mieux, de me placer auprès de quelque fille de qualité. Fi donc! s’écria mon amie, tu n’y penses pas. Est-il possible, ma mignonne, que tu ne sois pas encore dégoûtée de la sei'vitude ? n'es-tu pas lasse de te voir soumise aux volontés des auti es, de respecter leurs caprices, de t’entendre gronder, en un mot d’être esclavé? Que n’embrasses-tu plutôt, à mon exemple, la vie comique? Rien n’est plus convenable aux pci-sonnes d’esprit qui manquent de bien et de naissance. C’est un état qui lient un mi-
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lieu outre la noblesse et la bourgeoisie, une condition libre et affranchie des bienséances les plus incommodes de la vie ci- ' vile. Nos revenus nous sont payés en espèces par le public qui en possède le fonds. Nous vivons toujours dans la joie, et • dépensons notre argent comme nous le gagnons.
Le théàti-e, pomsuivit-elle , est favorable surtout aux femmes. Dans le temps que je demeurais chez Florimonde, j’en rougis quand j’y pense, j’étais réduite à écouter les gagistes de la troupe du prince ; pas un honnête homme ne faisait attention à ma ûgure. D'où vient cela? c’est que je n’étais point en vue. Le plus beau tableau qui n’est pas dans son jour ne frappe point. Mais depuis que je suis sur mon piédestal, c'est-à-dire sur la scène, quel changement! Je vois à mes trousses la plus brillante jeunesse des villes par où nous passons. Une comédienne a donc beaucoup d’agrément dans son métier. Si elle est sage , je veux dire que si elle ne favorise qu’un amant à la fois , cela lui fait tout l’honneur du monde. On loue sa retenue j et, lorsqu’elle change de galant, on la regai'de comme une véritable veuve qui se remarie. Lncore voit-on celle-ci avec mépris quand elle convole en troisièmes noces : on dirait qu'elle blesse la délicatesse des hommes; au lieu que l’autre semble devenir plus précieuse a mesm'e qu’elle grossit le nombre de ses favoris. Après cent galanteries, c’est un ragoût de seigneur.
A qui dites-vous cela? interrompis-je en cet endroit. Pensez-vous que j’ignore ces avantages? Je me les suis souvent représentés, et, je ne t’en fais pas mystère, ils ne flattent que trop une fille de mon caractère. Je me sens même de l'inclination pour la comédie; mais cela ne suffit pas. Il faut du talent, et je n'en ai point. J’ai quelquefois voulu réciter Ûes tirades de pièces devant Arsénié : elle n’a pas été contente de moi : cela m’a dégoûtée du métier. Tu n’es pas difficile à rebuter, reprit Pbénice. Ne sais -tu pas que ces grandes actiiceslà sont ordinairement jalouses? Elles craignent, malgré toute leur vanité, qu’il ne vienne des sujets qui les effacent. Enfin je ne m’en rapporterais pas là-dessus à Ai sénie; elle n’a pas été sincèi-e. Je te dirai, moi, sans flatterie, que tu es née pour le théâtre. Tu as du naturel, l’action libre et pleine de grâce, le son de la voix doux, une bonne poitiine, et avec cela un