‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 158 sur 254 · Livre Vu, chap. xVi · texte numérisé non relu

Livre Vu, chap. xVi

enchéri sur tous les valets pour mit'nx faire ma cour au seismeur, et je m’étais donne de si grands mouvements pour soh Cupidon, que j’en tombai malade. La fièvre me prit violemment, et mon mal devint tel , que’ je perdis toute connais^ sance. J’ignore ce qu’on fit de moi pendant quinze jours que je fus entre la vie et la mort. Je sais seulement que ma jeunesse lutta si bien contre la fièvre, et peut-être contre les remèdes qu’on me donna, que je repris enfin mes sens. Ix premier usage que j’en fis fut de m’apercevoir que j’étâis dans une autre chambre que 1a mienne. Je voulus savoir pourquoi; je le demandai à une vieille femme qui me gardait, mais elfe me répondit qu'il ne fallait pas que je parlasse, que le’ médecin l'avait expressément défendu. Quand on se porte bien, on se moque ordinairement de ces docteui’s; est-on malade, on se soumet docilement à leurs ordonnances.

Je pris donc le parti 'de me taire, quelque envie que j’eusse de m'entretenir avec ma garde. Je faisais des réflexions làdessus, lorsqu'il entra deux manières de petits-maîtres fort lestes. Ils avaient des habits de velours, avec de très-beau linge garni de dentelles. Je m’imaginai que c’étaient des seigneurs amis de mon maître, lesquels, par considération poui’ lui, me venaient voir. Dans cette pensée, je fis un elfort pour me mettre en mon séant, et j’ôtai par respect mon bonnet ; mais ma garde me recoucha tout de mon long, en me disant que ces seigneurs étaient mon médecin et mon apothicaire.

Le docteur s’approcha de moi, me tâta le pouls, observ a mon visage, et remai'quant tous les signes d’une prochaine guérison, il prit un air de triomphe, comme s’il y eût mis beaucoup du sien, et dit qu’il ne fellait plus qu’une médecine pour achever son ouvrage; qu’après cela il poui’rait se vanter d’avoir fait une belle cure. Quand il eut parlé de cette sorte, il fit écrire par l’apothicaire une ordonnance qu’il lui dicta en se regardant dans un miroir, en rajustant ses cjie- »eux, et en faisant des grimaces dont je ne pouvais m’empêcher de rire malgré l’état où j’étais. Ensuite il me salua de la tète fort cavalièrement, et sortit plus occupé de sa figure que des drogues qu’il avait ordonnées.

• Après son dépait, l’apothicaire, <pii n’était pas venu chez moi pour rien, sc prépara, on juge bien à quoi faire. Soitipi’il

craiguît que la vieille ne s’en acquittât pas adroitement , soit puni- mieux faiie valuii- la maichandis<j, U \-onlut opérer luimême. Mais avec toute son adi’esse, je ne sais comment cela ge iit, l’opéi ation lut à peine achevée, que, rendant à l’opéliiiit ce qu’il m’avait donné, je mis son habit de velours dans un bel éti»t. Il regarda cet accident comme un mallieiu' attaché à la pharmacie. 11 prit une serviette , s’essuya sans dire un mut, et s’en alla bien résolu de me faire payer le dégi-ais- -seur, à qui sans doute il fut obligé d’envoyer sou habit.

il revint le lendemahi matin, vêtu plus modestement, quoiqu’il n’eùt rien à risquer ce jour-là, m’apjwrter la médecine que le doctem' avait ordoimée la veille. Outre qite je me sentais mieiLv de momeirt en moment, j’avais tant d’aversion, depuis le jour précédent, pour les méilecins et les apothicaües, (|ue je maudissais jusqu’aux universités où ces messieurs re- (.üivent le pouvoir de tuer les hommes impimément. Dans cette disposition, je déclarai en juirmt (jue je ne voulais phis de remèdes, et que je donnais au diable Hippocrate et sa .sécpiclle. L’apothicaire, qui ne se souciait nullement de ce que je ferais de sa composition, pourvu qu’elle liii fût paj ée, la laissa siu la table, et se retira sans me dire une svUabe.

.le lis sm-le-champ jeter par les fenêtres cette chienne de liiédecme, contre laquelle je m’étais si fort prév enu, que j’anl ais cru être empoisonné si je l’eusse avalée. A ce trait de ilé- •sobéissance j’en ajoutai un autre ; je rompis le silence, et dis d’un ton ferme à ma garde que je préterrdais absolnurent (pt’elle m’apprit des nouvelles de ruoir maiü’e. La vieille, <jui appréhendait d’exciter en moimic émotion danger euse en me .satisfaisant, ou qui peut-être aussi ne m’obstinait que pour h r iler mon mal, hésitait à me parler ; mais je la pressai si viv eurent de m'obéh', qu’elle me répondit entii^: Seigneur cavalier-, vous n’avez plus d’airtle maître qrrc voirs-même. Le cüirrtc Galiarro s’en est retomiié en Sicile.

Je ne pouvais croü-e ce que j’entendais; il n’y avait irourtarrl r ien de plirs véritable. Ce seigneur, dès le second jour- du ma nraladie, craignant que je ne rrtoiu usse chez liri, avait eu la borrté de me faire tr arrspurter avec mes petits etl'ets dairs une chambre garnie, uir il m’avait abatrdontré saus fa^on à lib Providerrcc et aux sotrrs d’une garde. Sur ces eulrelaites.

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