‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 167 sur 254 · LITRE VHI, CHAP- IX · texte numérisé non relu

LITRE VHI, CHAP- IX

tiounêtc trafic, u’étaicnt pas toujoui's les plug habiles gens du monde, ni les plus réglés. Nous savions bien que, dans Madrid, les railleurs s’égayaient là-dcssus à nos dépei^; iiiaLs nous ressemblions aux avares, qui se consolent des huées du peuple en revoyant leui’ or

Isocrate a raison d'appeler l’intempérance et la folie les compagnes inséparables des riches. Quand je me vis maitx e de trente mille ducats, et en état d’en gagner peut-êtie dix fois autant, je crus devoir faire une figiu’c digne d’un confident de premier ministre. Je louai un hôtel entier que je fis meubler proprement. J’achetai le carrosse d’un cscrivam* qui se l'était donné pai’ ostentation, et qui cherchait à s’en défaire par le conseil de son boulanger. Je pris un cocher, trois laquais; et, comme il est juste d'avancer ses anciens domestiques, j’élevai Seipion au triple honneur d’être mon valet de chambre, mon secrétaire et mon intendant. Mais ce qni mit le comble à mon orgueil, c’est que le luhiistre trouva bon que Tlies gens portassent sa livrée. J’en perdis ce qui me restait de jugement. Je n’étais guère moins fou que les disciples de Porcius Latro *, qui , lorsqu’à force d’avoir bu du cumin ils s’étaient reudus aussi pâles que leur maitre, s’imaginaient être aussi savants que lui; peu s’en hillait que je ne me crusse parent du dqc de Lerme. Je me mis dans la tète que je passerais pour tel, ou peut-être pour un de ses bâtar'ds ; ce qui me tlaltail infiniment.

Ajoutez à cela qu’à l’exemple de Son Excellence, qui tonaî. table ouverte, je résolus de doimer aussi à manger. Pour cet ed'et je chargeai Seipion de me déterrer un habile cuisinier, et il m'en trouva un qui était comp.irable peut-êlre à

Le Sagn est plein üe son Uoraoe* Cent ce i>oète qui Cnit dire à un fevare irAlliP> OP.<, liabiliK' à mépriser i'i>{Muion publique :

Le peuple^ dilos>vous, cl me siflle et me bue;

Mais, de mon coiïrtt'fitrl quand )0 fais la revue,

Je m'applaudis moi>mC‘mc> cl suis eu fouds, je croi,

Pour nift moquer de ceux qui se moquent do moi.

Sic êolUus : Populus me sibilatf at mihi phudit Ipee domiy simul ac nummos conletnplûr in ared.

* (9aLliK 1,1.)

* Kteribanoy notaire ou groflier.

* Oruloiir romain célohre, se tua dans un accès ilc fièvre, l'ao de Rixae 730.

relui du Romain Noinentanus‘, do friande mémoire. Je remplis ma cave de vins délicieux; et, apres avoir fait mes autres provisions, je commençai à recevoir compagnie. Il venait souper chez moi tous les soirs quelques-uns des principaux commis du bui eau du ministre, qui prenaient fièrement la qualité de secrétaires d’État. Je leur faisais très-bonne chère, et les renvoyais toujours bien abreuvés. De son côté, Scipion (car tel maître, tel valet) avait aussi sa table dans l'office, où il régalait à mes dépens les personnes de sa connaissance. Mais outre que j’aimais ce garçon-là, comme il contribuait à me faire gagner du bien, il me paraissait en droit de m'aider à le dépenser. D’ailleurs, je regardais ces dissipations en jeune homme, je ne voyais pas le tort qu'elles me faisaient ; je ne considérais que l’honneur qui m'en revenait. Une autre raison encore m'empêchait d'y prendre garde : les bénéfices et les emplois ne cessaient pas de faire venir l’eau au moulin. Je voyais mes finances augmenter de jour en jour. Je m’imaginai pour le coup avoir attaché un clou à la roue de la Fortune.

Il ne manquait plus à ma vanité que de rendre Fabrice témoin de ma vie fastueuse. Je ne doutais pas qu’il ne fût de retour d’Andalousie; et, pour me donner le plaisir de le surprendre, je lui fis tenir un billçt anonyme, par lequel je lui mandais qu’tm seigneur sicilien de se* amis l’attendait à souper. : je lui marquais le jour, l’heure, le lieu où il fallait qu’il se trouvât. Le rendez-vous était chez moi. Nunez y vint, et

' Lncini Cutini Homcntamit mangea an riclie [>atriinoinc. Zn Satires d'Horace ont taunortaliad iet prafiKiana et le luxe de eet épicurien, et an gourmandise saranie. Dnnf la satire du Dopas, Nongcntaniia, .

Marquant du doigt les pini friands morceaux, t Vantait, la bouche pleine, et poitsooa et perdreaux;

Cba(|iie chose, i l'entendre, était incomparable.

En elTet, point de plat qui ne fût remarquable.

Par un goit tont nouveau que les plus délicats.

Avant ce grand diner, ne lui connaissaient |>as.

Il m'oITril dans du miel une carpe bouillie : je n'al jamais mangé rien de tel en ma vio.

Ensuite il m'enseigna qn'an retour du croissant La lune vient dorer l’abricot jaunissant. ^

Vonli'i-vons la raison de celte dilTéreoce' ^

Adresset-vont A lui, etc. .

(Tradnetion do M. Dana, sat. vni, liv. n.}

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