‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 190 sur 254 · LIVRE X, CBAR. H · texte numérisé non relu

LIVRE X, CBAR. H

pusa point à un si prompt départ. H ne fiit plus question que de savoir de quelle sorte j'en userais avec eUe. Ma mère, liû dis-je, puisque mon oncle a besoin de votre assistance, je ne vous presserai plus de m'accompagner; mais comme il ne parait pas éloigné de sa fin , promettez-moi de venir me rejoindre à ma terre aussitôt qull ne sera plus. J'attends de vous cette marque d'affection.

Je ne vous ferai point cette promesse, rendit ma mère, car je ne la tiendrais pas. Je veux passer le reste de mes jours dans les Asturies, et dans une parfaite indépendance. Ne serez-vous pas toujours, lui répliquai-je, maîtresse absolue dans mon château? Je n'en sais rien, repartit-elle; vous n’avez qu'à devenir amoureux de quelque petite fille; vous l’épouserez; elle sera ma bru , je serai sa belle-üière; nous ne pourrons vivre ensemble. Vous prévoyez, lui dis- je, les malheurs de trop loin; je n'ai aucune envie de me marier; mais quand la fantaisie m’en prendrait, je vous réponds que j’obligerais bien ma femme à % soumettre aveuglément à vos volontés. C’est me répondre témérairement, reprit ma mère, et je demanderais caution de la caution. Je craindrais que votre complaisance pour votre épouse ne l’emportât sur la force du sang , et je ne voudrais pas jurer que dans nos broiiilleries vous ne prissiez plutôt le parti de votre femme que le mien, quelque tort qu’elle pût avoir.

Vous parlez à merveille, madame, s'écria mot) secrétaire en se mêlant à la conversation; je crois, comme vous, que les bras dociles sont bien rares. Cependant, pour vous accorder, vous et mou maître, puisque vous voulez absolument demeurer, vous dans les Asturies et lui dans le rojaume de Valence, il faut qu’il vous fasse une pension de cent pistoles,

. que je vous apporterai ici tous les ans. Par ce moyen , la mère et le fils vivront fort satisfaits à deux cents lieues l'un de l'autre. Les deux parties intéressées approuvèrent la con- ^ vention proposée; après quoi je payai la premia année d’avance , et je sortis d’Oviedo le lendemain avant le jour, de peur d’être traité par la populace comme on saint Étienne *.

■ Saiat ÉUeoDe, preinier martjrr de lapidé pur lea Jaifa, pria Oies, ea

ananat, poar Ma pcnéealeara.

Telle fnt la réêeptiori que l’on me fltdsms ma patrfe. Bell® leçon pour le» hommes du commun, lesquels, après s être enrichis hors de leim pays, y -veulent retourner pour y faire les gens d'importance. Plus il» y feront briller de richesses, plus ils seront haïs de leurs compatriote& v

GHAP. ni. — Gil Blas prond U roule do royaume de Valence, et arrive enfin h Llria? ; description de son cliAtnan, comment il y fut reçu, et queUft* gens H y trotrra.

Nous prîmes le chemin de Léon, ensuite celui de Palençia; et, continuant notre voyage à petites journées, nous arrivâmes au bout de la dûtième à la ville de Ségorbe, d’où le lendemain, dans la matinée, nous nous rendîmes à ma terre, qui n'en est éloignée que de trois lieues. A mesure que nous nous en approchions, je prenais plaisii- à voir mon sea étaire obsei'ver avec beaucoup d'attention tous les châteaux qui s’offraient à sa vue, à droite et à gauche, dans la campagne. Lorsqu'il en apercevait an de grande apparence, il ne man- 'quait pas de me dire, en me le montrant du doigt.: Je voudrais bien que ce fût là noire retraite.

' Je ne sais, lui dis-je, mon ami, quelle .idée tu as de notre habitation 5 mais si tu t’imagines que c’est une maision ma- 'gnifique, une terre de grand seigoeai-, je t’avertis que tu te

trempes furieusement;. • .i, .

Si tu veux n’être pas la dupe de ton imagination, représente-toi la petite maison qu’Uoracc nvaU dans le pays des Sabins , près de Tibur, et qui lui fut donnée par àlecenas. Don Alphonse m'a fait à peu près le même présent. ^Tant ' pis ! s’écria Scipion, je ne dois donc m’attendre qu’à voir une chaumière. Ce n’en est pas tout à fait une , lui répondis-je j mais souviens-toi qno je t’en ai toujoui-s fait une dcscr^tien ' irès-modeste; et, dès ce moment, tu peux juger par toi-raôme “si j’en al fait une fidèle peinture. Jette les yeux du côté du

m Cuadalaviar, et regarde sur ses bords, auprès de ce hameau de neuf à dix fenx, cette maison qui a quatre peüts pavill<Hfê; c’est mon château.

• Comment, diable! dit alors mon secr^aire d'un ton de voix admiratif, c’est un bijou que cette maison. Outre l’air de nor blesse que lui donnent ses pavillons, on peut dire qu'elle est bien située, bien bâtie, et entourée- de pays. plus charmants

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