NOTICE SUR LE SAGE
(Jislinclos encore. Le Sape appartient au siècle Je Louis XIV, et quoique contemporain de Fontenelle et de Voltaire, à peine cependant trouverait-on dans ses écrits quelques traces de cet esprit philosophique qui caractérisa la littérature sous Louis XV. Si, dans la dernière partie de OU Blas, il a peint In cour d'Espagne, c’est plutôt en satirique qu’en philosophe. C’est un moraliste pénétrant, c’est un frondeur spirituel, qui trace avec vérité le tableau des intrigues des cours, qui dévoile avec finesse les abus, mais sans jamais s’arrêter à nous montrer leur influence sur le sort des peuples. 11 décrit les ’pi'éjugés et les erreurs, moins pour les détiuire en les dénonçant, que pour peindre l’homme qui s'y laisse entraîner : ainsi que les écrivains philosophiques, il possède l’esprit d’examen et de critique, mais il l'applique différemment : il considère toujours l’individu et les passions particulières ; les autres examinent l'esprit et les opinions de quelqu’une des grandes classes de la société. Le Sage pourra quelquefois ridiculiser l’ignorance et la fleiié castillane de quelque gentilhomme, mais il respecte la noblesse, et, censeur piquant des vices de quelque chanoine, jamais il n’attaque le clergé : plus tard l'esprit philosophique ne fit souvent que changer les observations particulières de Oil Blas en principes généraux, et ses saillies satiriques eu déclamations irritées.
C'est peut-être en eflét un dos caractères des moralistes du siècle de Louis XIV, de voir toujours l’homme sous un point de vue particulier. Ils nous peignent dans nos relations d’homme à homme, mais jamais ils ne nous montrent les rapports qui unissent l’individu à la société. 11 semble que depuis que Louis XIV a dit : L’État c’est moi, ils aient admis comme réelle cette personnifiration, et n’aient plus vu autour d’eux que des individus et des passions isolées. Moraliste et satirique, nous retrouvons dans Le Sage cette perspicacité sipén^rante dans tout ce qui a rapport à l'homme, cet aveuglement si sincère dans tout ce qui a rapport à la société politique. Nous suivons Gil Blas à la cour d’Espagne, nous entrons avec lai dans le cabinet des ministres; mais il ne songe pas à nous retracer l’état de la monarchie espagnole sous les successeurs de Philippe 11 ; il ne veut que peindre les mœurs des courtisans. Est-il tout à coup conduit à la tour
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