‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 3 sur 254 · NOTICE SUR LE SAGE. VII · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LE SAGE. VII

de Sego\ ie, jamais, dans l'amertume de ses doul«tti*s, il ne lui échappe un mot d'étonnement ni de plainte sur les formes de cette captivité si briisq»e-et si soudaine. L'esprit philosophique est peint en quelle sorte dans l’homme aux pourquoi de La Fontaine ; Le Sage ne cherche jamais le pourquoi, et son silence n’est pas une discrétion l'cspcctoeuse ou une réticence épigrammatique; c’est une ignorance sincèi’e et naïve.

Considérons un instant l’état de la société, la condition des hommes de lettres telle qu’elle était encore vere la fin du règne de Louis XIV, et enfin la vie et les liaisons de Le Sage : peut-être cet examen nous apprendra-t-il pourquoi Le Sage ne ressentit qu’à peine l’influence des idées nouvelles.

Lorsque, jeune et sans autre richesse que son taleqt. Le Sage arriva à Paris, Louis XIV était encore dans tout l’éclat de sa puissance : Catinat et Luxembourg avaient succédé à Turenne et à Condé; Racine, Boileau, La Fontaine, soutenaient la gloire de la littéi aturd. Tout ce qui composait l’esprit du siècle, cette disposition d’une raison discrète sans être ciédule , qui sait respecter également les mystères du pouvoir et ceux de la religion ; cette déférence naturelle devant une autorité consacrée par la victoire et par les hommages du génie; cette crainte des innovations que venait confirmer le souvenir des égarements de la fronde, tout enfin imprimait dans les esprits des habitudes de calme et de gravité qui éloignaienf la littérature des spéculations hardies du scepticisme : telles furent les premières impressions de Le Sage ; elles ne s’effacèrent jamais. Lorsque les dégoûts qu’il essuya à la Comédie française le forcèrent d’abaisser son talent jusqu'aux pièces de la foire, il vécut avec Piron, Fusclier, d’Orneval, quelques autres encore, et Crébillon lui-même, qui venait souvent s’asseoir à leur table , et égayer paraii eux sa muse sombre et tragique ; mais la liberté même et l’indépendance de leur société ne passa pas dans ses ouvrages, non plus que dans ceux de scs compagnons de plaisirs et de travaux. Ou vit alors dans la littérature une sorte d’école inteimédiaire d’écrivains appartenant par le. caractère de leurs ouvrages au siècle de Louis XIV, et par l’indépendance de leur vie et de leur esprit au siècle de Louis XV, formée d’hommes ingénieux et pt^é-

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