LIVRE X, CHAP. XII
qu’eHe en res*enlail. 11 y eut chez clic un grand le^ias accompagné de symphonie, et la fête finit par un bal où se trouva toute la noblesse de Cordoue de l’un et de l'autre sexe. Sur là 6n du bal, nos nouveaux mariés s’échappèrent pour gagner un appartement où ils s’enfermèrent avec une femme de chambre et moi ; ce qui fournit à la compagnie un nouveau sujet d'accuser la marquise d'avoir du tempérament; mais cette dame était dans une disposition bien différente de celle où ils la croyaient tous. Aussitôt qu'elle se vit en particulier avec mon maître, elle lui adressa ces paroles : Don Maurique, voici votre appartement; le mien est dans un autre endroit de cette maison; nous passerons la nuit dans des^hambres séparées, et le jour nous vivrons ensemble comme une mère et son 61s. Le chevalier y fut trompé d'abord : il crut que la dame n% parlait ainsi que pour l'engager à lui faire une douce violence; et, s’imaginant devoir par politesse paraître passkmné, il s’approcha d’elle, et s’offrit avec empressement à lui servir de valet de chambre; mais, bien loin de lui permettre de la déshabiller, elle le repoussa d'un air sérieux, et lui dit : Arrêtez, don Manrique ; si vous me prenez pour une de ces tendres vieilles qui se remarient par fragilité, vous êtes dans l’erreur ; je ne vous ai point épousé pour vous faire acheter les avantages que je vous fais par notre contrat de mariage; ce sent des dons purs de mon cœur, et je n'exige de votre reconnaissance que des sentiments d’amitié. A ces mots, elle nous laissa, mon maître et moi, dans notre appartement, et ses retira dans le sien avec sa suivante, en défendant absolument au chevalier de l’accompagner.
Apt'ès sa l'etraite, nous demeurâmes, don Dianrique et moi, fort étourdis de ce que nous venions d’entendre. Sdpion, me dit mon maître, to seraîs-tu attendu au discours que la marquise vient de me tenir? Que penses-tu d'une pareille dame? Je pense, monsieui', que c'est une femme oonjme il n'y en a point. Quel bonheur pour vous de l’avoir! C'est posséder un' bénéfice sans être tenu d’acquitter les diarges. Pour moi, reprit don Manrique, j'admire une épouse d'un caractère si estimable, et je prétends compenser pai' toutes les attentions imaginables le sacrifice ‘qu’elle fait à sa délicatesse. Nous continuâmes à nous entretenir de la dame, et nous allâmes cn-
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CIL DLAS.
suite non? reposer, moi sur un grabat dans une garde-rohe, et mon maître dans un beau lit qu'on lui avait préparé, et où je crois qu’au fond de son âme il ne fut pas fâché de coucher seul, quoiqu'il se sentît assez reconnaissant pour oublier , l’âge d’une femme si généreuse.
Les ^réjouissances recommencèrent le jour suivant, et la nouvelle mariée parut de si belle humeur, qu'elle donna beau jeu aux mauvais plaisants. Elle riait toute la première do ce qu’ils disaient ; elle excitait même les rieurs à s’égayer, en se prêtant de bonne grâce à leurs saillies. Le chevalier, de son côté, ne se montrait pas moins content que son épouse; et l’on eût dit, -à l'air tendre dont il la i-egardait et lui parlait, qu’il était dans le goût de la vieillesse. Les deux époux eurent le soir une nouvelle convei’sation, où il fut décidé que, sans se gêner l’un l’autre, ils vivraient de la même façon quüls avaient vécu avant leur mariage. Cependant il faut donner cette louange à don Manrique, qu’il fit, par considération pour sa femme, ce que peu de maris eussent fait à sa place : il abandonna une petite bourgeoise qu'il aimait et dont H était aimé, ne voulant pas entretenir un commerce qui eût semblé insulter à la conduite délicate que son épouse tenait avec lui.
Tandis qu’il donnait de si fortes marques de reconnais^ sance à cette vieille dame, elle les payait avec usure, quoiqu’elle les ignorât. Elle le rendit maître de son coffre-fert, ' qui valait mieux que celui de Velasquez. Comme elle avait réfoi-mé sa maison pendant son veuvage, elle la mnit sur le même pied où elle avait été du vivant de son prenûôr époux; elle grossit son domestique, remplit ses écuries de ct^aux et de mules : en un mot, par ses généi'euses bontés, le chevalier le plus gueux de l'ordre d’Akantara en devint le plus riche. Vous me demanderez peut-être ce que je gagnai à tout cela : je reçus cinquante pistoles de ma maîtresse et cent de mon maître, qui, de plus, me lit son secrétaire avec quatre cents écus d’appointements. 11 eut même assez de confiance en moi pour x’ouloir que je fusse son trésorier.
' Autre biiioire OMUue arrivée à Paris. 11 est rortlnulHe de cberdiar à eu uommer les acteurs ; mais il faut ctiaveuir de la beauté du rdle yoe joue eo celte occasiee a marquise d'Ahnenan. ’