‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 207 sur 254 · LIVRE CKAP. «I · texte numérisé non relu

LIVRE CKAP. «I

Son fi-dsorîer! in'écîiai-je en inten-onipant Scipion en cet endroit, et en faisant un éclat de rire. Oui, monsieur, répli- « qua-t-il d’un air froid et sérieux; oui, son trésorier; j’ose môme dire que je me suis acquitté de cet emploi avec honneur. 11 est vrai que je suis peut-être redevable de quelque chose à la caisse; car comme je prenais dedans mes gages d’avance, et que j'ai quitté brusquement le service du chevalier, il n'est pas impossible que le comptable soH en l'este. En tout cas, c’est le dernier reproche qu’on ait à me faire, puisque j'ai toujoims été depuis ce temps-là plein de droiture et de probité.

J'étais donc, poursuivit le fils de la Coscolina, secrétaire et h'ésorier de don Manrique, qui pai’aissait aussi content de moi que j'étais ■satisfait dé lui, lorsqu'il reçut de Tolède mie lettre par laquelle on lui mandait que dona Teodora Muscoso, sa tante, était à l’extrémité. Il fut si sensible à cette nouvelle, qu'il partit sur-le-champ pour se rendre auprès de cette dame, qui lui servait de mère depuis plusieurs années. , Je l’accompagnai dans ce voyage, avec un valet de chambre et un laquais seulement ; et tous quatre, montés sur les meilleurs chevaux de nos écuries, nous gagnâmes en diligence Tolède, où nous trouvâmes dona Teodora dans un état à nous faire espérer qu’elle ne mourrait point de sa maladie ; et véritablement nos pronostics, quoique contraires à celui d'un vieux médecin qui la gouvernait, ne furent pas démentis par l’événement.

Pendant que la santé de notre bonne tante se rétablissait à vue d’œil, moins peut-être par les remèdes qu'on lui faisait prendre que par la présence de son cher neveu, monsieuile trésorier passait son temps le plus "agréablement qu'il lui ■ était possible, avec des jeunes gens dont la connaissance était fortprspre à lui procurer dès-occasions de dépenser son argent. Outre les fêtes galantes qu’ils m'obligeaient à donner aux dames dont ils me procuraient la connaissance, ils m’entraînaient quelquefois dans des tripots, où ils m’engageaient à jouer avec eux; et, n’étant pas aussi hgbüe joueur que mon maître don Abel, je perdais beaucoup plus souvent que je né gagnais. Je prenais goût insensiblement 'au jeu, et si je me. * fusse entièrement livré à celte passion, elle m’aurait réduit

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