LIVRE n, CHA1>. II
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suite si le duc de Lei mc est bien ou mal remplacé. Forero, s'étant mis en train de parler, me fit un détail de tous les changements qui s’étaient faits à la cour depuis que le comte d’Olivarès tenait le gouvernail du vaisseau de la monarchie.
Deux joui-s après mon arrivée à Madrid, j’allai chez le roi l’après-dinée, et je me rais sur son passage comme il entrait dans son cabinet : il ne me regarda point. Je retournai le lendemain au même endroit, et je ne fus pas plus heureux. Le surlendemain, il jeta sur moi les yeux eu passant, mais il ne parut pas faire la moindre attention à ma persomie. Là-dessus, je pris mon parti : Tu vois, dis-je à Scipion qui m'accompagnait, que le roi ne me reconnaît point, ou que, s’il me remet, il ne se soucie guère de renouveler connaissance avec moi. Je crois que nous ne ferens point mal de reprendre le chemin de Valence. N’allons pas si vite, monsieur, me répondit mon secrétaire ; vous savez mieux (jue moi qu’.on ne réussit à la coui‘ que par la patience. Ne vous lassez pas de vous montrer au piince; à force de vous otl'rir à ses regards, vous l'obligerez à vous considérer plus attentivement, et à se rappeler les traits de son agent auprès de la belle Catalina.
Afin que Scipion n’eût rien à me reprocher, j'eus la complaisance de continuer le même manège pendant trois semaines; et un jour enfin il arriva que le monarque, frappé de ma vue, me lit appeler. J’entrai dans son cabinet, non sans être troublé de me trouver tète à tête avec mon roi. Qui êtesvous ? me dit-il ; vos traits ne me sont pas inconnus. Où vous ai-je vu? Sire, lui répoudis-je en tremblant, j’ai eu l’honneur de conduh e une nuit VoUe Majesté avec le comte de Lemos
chez Ah ! je m’en souviens, interrompit le princ»*, vous
étiez secfétah-e du duc de Lerme ; et, si je ne me trompe, Sanlillane est votre nom. Je n’ai pas oublié que dans cette occasion vous me servîtes avec beaucoup de zèle, et que vous fûtes assez mal payé de vos peines. N’avez-vous pas été en prison pour cette aventure ? Oui, sire, lui repartis-je, j’ai été six mois à la tour de Ségovie ; mais vous avez eu la bonté de m’eu faii-e sorth-. Cela, reprit-il, ne m’acquitte point envei-s Santillaiie : il ne suffit pas de l'avoir tait remettre en liberté, je dois lui teuh compte des maux qu’il a soutlerts pour l’araouide moi.
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Comme le prince achevait ces paroles, le comte d’Olivarès entia dans le cabinet. Tout fait ombrage aux favoris : il lut étonné de voir là un inconnu, et le roi redoubla sa surprise en lui disant : Comte, je mets ce jeune homme entre vos mains; occupez-lc, je vous charge du soin de l'avancer. Le ministre affecta de recevoir cet ordre d’un air gracieux, en me considérant depuis les pieds jusqu'à la tête, et fort en peine de savoir qui j'étais. Allez, mon ami, ajouta le monarque en m'adressant la parole et en me faisant signe de me retirer, le comte ne manquera pas de vous employer utilement pour mon service et pour vos intérêts.
Je sortis aussitôt du cabinet et rejoignis le fils de la Coscolina, qui, très-impatient d'apprendre ce que le roi m’avait dit, était dans une agitation inconcevable. Mais remarquant sur mon visage un air de satisfaction ; Si j’en crois mes yeux, me dit-il, au lieu- de retourner à Valence, nous avons bien la mine de demeurer à la cour. Cela pourrait bien être, lui répondis^je ; en même temps, je le ravis en lui racontant mot p<iur mot le petit entretien que je venais d’avoir avec le monarque. Mon cher maitre, me dit alors Scipion dans l’excès de sa joie, prendrez-vous une autre fois de mes almanachs ? Avouez que vous ne me savez pas à présent mauvais gré de vous avoir exhorté à faire le voyage de Madrid. Je vous vois déjà dans un poste éminent ; vous deviendrez le Calderone du comte d’Olivarès. C’est ce que je ne souhaite point du tout, interrompis-je; cette place est environnée de trop de précipices pour exciter mon envie. Je voudrais un bon emploi où je n’eusse aucune occasion de faire des injustices ni un honteux trafic des bienfaits du prince. Après l'usage que j'ai fait de ma faveur passée, je ne puis être assez en garde contre l’avarice et contre l'ambition. Allez, monsieur, reprit mon secrétaire, le ministre vous donnera quelque bon poste que vous pourrez remplir sans cesser d’être honnête homme.
Plus pressé par Scipion que par ma curiosité, je me rendis , le jour suivant chez le comte d’Olivarès avant le lever de l’aurore, ayant appris que tous les matins, soit en été, soit en hiver, il écoutait à la clarté des bougies tous ceux qui avaient à lui parler. Je me mis modestement dans un coin de la salie, et de là j’observai bien le comte quand il parut; car j’avais
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