‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 215 sur 254 · II, BI.AS · texte numérisé non relu

II, BI.AS

A renoncer aux espérances qu’il avait conçues. Ne vois-tu pas, lui dis-je, que le comte veut m’écarler de la cour ? Le monaitpie lui a témoigné de 1a bonne volonté pour moi, cela nc suflfit-il pas pour m'attirer l’aversion de son favori ? Cédons, mon enfant, cédons de bonne grAce au pouvoir d’un ennemi si redoutable. Monsieur, répondit-il en colère contre 1e comte d'OIivarès, je n’abandonnerais pas si facilement le terrain. Je voudrais même avoir raison d’un accueil si offensant. J’irais me plaindre au roi du pou de cas que le ministre fait de sa recommandation. Mauvais conseil, lui dis-je, mon ami : si je faisais cette démarche impnjdente, je ne tarderais guère à m’en repentir. Je ne sais même si je ne cours pas quelque péril à m’arrêter dans cette ville.

Mon secrétaire, à ce discoui-s, rentra en lui-même, et, considérant qu’en eflet nous avions affaire à un homme qui pouvait nous faire revoir la tour de Ségovie,. il partagea ma crainte. Il ne combattit plus l’envie que j’avais de quitter Madrid, d’où je résolus de m’éloigner dès le lendemain.

CHAI*. III. — De ce qui empêcha GU Blat dVxcciiler la rt'solalioa où il était

d'abandonner la cour, et dn «ervice important que Joseph Navarro lui rendit.

En m’en retournant à mon hôtel garni, je rencontrai Joseph Navarro, chef d’office de don Baltazar de Zuniga, et mon ancien ami. Je doutai quelq^ues moments si je ne ferais pas semblant de ne le pas voir, ou si je l’aborderais pour lui demander pardon d’en avoir si mal agi avec lui. Je m’arrêtai à ce dernier paiti. Je saluaf Navarro, et, l’abordant fort poli-' ment : Me reconnaissez-vous ? lui dis-je ; et serez-vous encore assez bon pour vouloir parler à un misérable qui a payé d'ingratitude l’amitié que vous aviez pour lui? Vous avouez donc, me répondit-il, que vous n’en avez pas trop bien usé avec moi ? Oui, lui repartis-je, et vous êtes en droit de m’accabler de repiwlies; je le mérite, si toutefois je n'ai pas expié mon crime par les remords qiti l’ont suivi. Puisque vous vous êtes repenti de votre faute, reprit Navarro en m’embrassant, j© ne dois plus m’en ressouvenir. De mon côté, je pressai Joseph entre mes bras ; et tous deux nous reprîmes l'un pour l'autre nos premiers sentiments.

11 avait appris mon emprisonnement et la déroute d» mes

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