V. 6H. BLAS
Ce que tu m’apprends de Calderone, îBteiToafT{»t'‘l«jf^ nistre, est «mforme à certains mémoires qui ra’uui été sentés contre lui, et qui contiennent des cbefa d’aocuMé^ encore plus importants. On va bientôt lui faii’e son.iuaoeèf^ et, si tu souhaites qu’il succombe dans cette affaire, fa;,efpi8 que tes vœux seront satisfaits Je ne dé»re point sa mort,. Û dis-je, quoiqu'il n’ait point tenu à lui que Je n’aie tfoil^ ïl mienne dans la tour de Ségovie, où il a été cause que J^fait un assez long séjour. Comment, reprit Son Excellence avec étonnement, c’est don Rodrigue qui a causé ta prison t vo^à ce que j’ignorais. Don Baliaear, à qui Navarro a raconté ta» histoire, m'a bien dit que le feu roi te flt emprisonuer pour te punir d’avoir mené la nuit le prince d’Espagne dans un lieu suspect, mais je n’en sais pas davantage, et je ne puis deviner quel rôle Calderone a joué dans cette pièce. Le rôle d’un amaat qui se venge d’un outrage reçu, lui répondis-je. En màoie temps je lui fis un détail de l'aventui-e, qu’il trouva si divertissante, que, tout gi'ave qu’il était, il ne put s’empêcher
' C’efti ici ic lien de Knir l'Iiistoire &iDguli<‘re de ce fameux premier commit. La » dtsgràcc du duc de Lcrme fut suivie de prêt de celle de doo Roilrigue CaidcroiMÿ
> comte d'OIiva, son favori, qui fut arrêté et mis en prisou (en tdl9). La fortune H le soit de eet iiomme ont queU|ue chose d*cxiraordiuaire. tl était tils d^n pauvre
> soldat et d'uoe Flaiaaode, dont on n*anrait jamais entendu parler sans leur Bis,
> qui avait do grands talents. Élaiil entré chez le duc de Lerme, encore marquis de
> Denta, il devint son favori. On a remarqué comme une chose particulière au duc a (le Lerme, qtdif éleva son favori aussi haut que s'il eût clé celui du roi; uon-touleo a ment il le readÜ riche de ceot mille ducats de rente, mats il lui procura des^ilrct
> et des honneurs, ci lui permit même d'aspirer à une vice-royauté» Tant de fleurs
> excitèrent l'envie, que son humeur hautaine et meprisaute changea bient^yt en
> haine; et son père lui prédit plusieurs fob qu'il périrait s'il ne conduisait mieux
> sa barque. On l’accusa de la mort du prince PliUippC'Eromanuel de Savoie, de celle
> de la reine Marguerite, et de plusieurs autres crimes ; mais après que son procès >-eiit dure deux ans et demi, on ne put prouver ce dont on l'accusaiU On le retint
> tout oc tempo*là en prison» On prétend que l'on tira le procès si for; en longueur^
> tant pour empêcher qu'il oe^c sauvât que pour ontreleoir la haine du public contre
> le duc son maître, et prévenir le retour de sa faveur. > {lUttoire untversafle,
l. XXIX, p. 109.) ' : -
Kohn, en 1621, après avoir eu de Philippe 111 des lettres d’absolution de tous les grands crimes dont on l'avait d’abord accusé, il fut condamne à la mort c comme at*
> teint et convaincu du meurtre de deux goiUilshommes espagnols. Il fut décapite
» publiquement, et moumt si cuurngcuscinent et si chrétiennemeDt, qu'il attira la » compassion de tout le monde. » p* 109.)
Calderone fui luic \ictimc qui paya pour le duc de Lcrino. Celui-ci^ étant cardiunl, brava les procédures à l'abri du respect qu'on avail'cn Espagne pour la pour|nre ouûne. "ve. , VC,* âV ;
LIVHE XI, CH\r. ▼
d'pn rire, oii plutôt d’en pleurer de plaisir, Catalina, tantôt nièce et tantôt petite-fille, le réjouit infiniment, aussi bien que la part qu'avait eue à tout cela le duc de terme.
Lorsque j’eus achevé mon récit, le comte me renvoya, orme disant que le leademain il ne manquerait pas de m’occuper. Je courus aussitôt à l'hôtel de Zuniga pour remercier don Baltazar de scs bons olfices, et pour rendre compte à mon ami Joseph de l’entretien que je venais d’avoir avec le premier ministre, et de la disposition favorable où Son Excellence était pour moi.
GI1AP. V. — De l'entretien secret que eU Blas eot avec Itavairo, et de la première occHpatlon <pie le comte d’OIivarès loi donna.
D’aliord que je vis Joseph, je lui dis avec agitation que j'avais bien des choses à lui apprendre. Il me mena dans un endroit particulier, où, l’ayant mis au fait, je lui demandai ce qu’il pensait de ce que je venais de lui dire. Je pense, me répondit-il, que vous êtes en train de faire une grosse fortune. Tout vous rit : vous plaisez au premier ministre ; et, ce qui ne doit pas être compté pour l'ien, c’est que je puis vous rendre le même service que vous rendit mon oncle Melchior de la Honda, quand vous entrâtes à l'archevêché de Grenade. Il vous épargna la peine d'étudier le prélat et ses principaux officiers, eu vous découvrant leurs différents caractères; je veux, à son exemple, vous faire connaître le comte, la comtesse son épouse, et dona Maria de Guzman, leur fille unique.
Commençons par le ministre : il a l'esprit vif, pénétrant et propre à former de grands projets. Il se donne pour un honune universel, parce qu’il a une légère teinture de toutes les sciences; il se croit capable de décider de tout. Il s'imagine être un profond jurisconsulte, un grand capitaine, et un politique ^s plus raffinés. Avec cela, il est si entêté de ses opinions, qu’il les veut toujours suivre préférablement à celles des autres, de peur de paraître déférer aux lumières de quelqu’un. Entre nous ce défaut peut avoir d’étranges suites, dont le ciel veuille préserver la monarchie ! J’ajoute à cela qu’il brille dans le conseil par une éloquence naturelle, et qu’il écrirait aussi bien qu’il parle, s’il n'affectait pas, poui
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donner plus de dignité à son style, de le rendre obscur et trop recherché. 11 pense singulièrement; et, comme je crois vous 1 avoir déjà dit, il est capricieux et chimérique. Tel est le jwrtrait de son esprit ; faisons celui de son cœur. 11 est généreux et bon ami. On le dit vindicatif, mais quel Espagnol ne lest pas? De plus, on l'accuse d’ingratitude, pour avoir fait exiler le duc d’Uzède et le frère Louis Aliaga ‘, auquel il avait, dit-on, de grandes obligations; c'est ce qu'il faut encore lui pardonner : l'envie d’être premier ministre dispense d'être reconnaissant.
Dona Agnès de Zuniga è Velasco, comtesse d’Olivarès, poursuivit Joseph, est une dame à qui je ne connais que le défaut de vendre au poids de l'or les grâces qu'elle lait obtenir. Pour dona Maria de Guzman, qui sans contredit est aujourd hui le premier parti d'Espagne, c'est une personne accomplie et l’idole de son père. Reglez-vous là-dessus; faites bien votre cour à ces deux dames, et paraissez encore plus dévoué au comte d’Olivarès que vous ne l’étiez au duc de Lerme avant votre voyage de Ségovie : vous deviendrez par ce moyen un homme comblé d'honneurs et de richesses.
Je vous conseille encore, ajouta-t-il, de voir de temps en temps don Baftazar mon maître ; quoique vous n’ayez plus besoin de lui pour vous avancer, ne laissez pas de le ménager. Vous êtes bien dans son esprit; conservez son estime et son amitié; il peut dans l’occasion vous servir. Comme l’oncle et le neveu, dis-je à Navarro, gouvernent ensemble l'État, n'y aurait-il point un peu de jalousie entre ces deux collègues ? Non, me répondit-il; ils sont, au contraire, dans la plus parfaite iiuion. Sans don Baltazar, le comte d’Olivarès ne serait peut-être pas premier ministre; car enfin, après la mort de Philippe lll, tous les amis et les partisans de la maison de Sandoval se donnèrent de grands mouvements, les uns en faveur du cardinal, et les autres pour son fils; mais mon maître, le plus délié des courtisans, et le comte, qui n’est guère moins fin que lui, rompirent leurs mesures, et en prirent de si justes pour s’assurer cette place, qu’ils l'emportèrent sur
• C« frôrc Louis Aliaga eUU le confesseur du roi Philippe III, prince fort limorê, et sur lequel régnait sans peine le prêtre qui avait U charge de diriger aaconsaence.
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leurs concurrents. Le comte d'Olivarès, étant devenu premier ministre, a fait part de son administration à don Baltazar son oncle; il lui a laissé le soin des affaires du dehors, et s’est réservé celles du dedans; de sorte que, resserrant par là les nœuds de l’amitié qui doit naturellement lier les personnes ë’ua m&ne sang, ces deux i seigneurs, indépendants l'un de l’autre, vivent dans une intelligence qiâ me parait inaltérable ; t' ^ ^ ;
* Telle fut la conversation que j’eus avec Joseph, et dont je me promis bien de profiter; après cela j’allai remercier le seigneur de Zuniga de ce qu’il avait eu la bonté de faire pour moi. 11 me dit fort poliment qu’il saisirait toujours les occasions où U s'agirait (te me faire plaisir, et qu’il âtait bien aise que je fusse satisfait de son neveu, aucjuel.il m’assura qu'il parlerait encore en ma faveur, voulant du moms, disait-il, me fgire voir pai‘ là que mes intérêts lui étaient cbers, et qu’au lieu d’un protectcjur j’en avais deux. C’est ainsi que don Baltazar, par amitié pour NavaiTo, prenait ma fortune à cœur.
Dès ce soir-là même j’abandonnai mon h^el garni pour aller loger chez le premier ministre, où je soupai avecScipten dans mon appartement. C'était une chose à voir que notre contenance ! Nous y fûmes servis tous deux par des domestiques du logis, qui, pendant le repas, tandis que nous affections une gravité imposante, riaieaf peut-être en eux-méntes du respect de commaude qu'ils avaient pour nous. Lomiu'Us «e furent retirée après avcûr desservi, mon secrétaire, cessapt de se contraindre, me (fit mille folies que son humeur gaie et ses espérances lui inspirèrent. Pour moi, quoajue ravi de la brillante situation où je commençais à me voir, je ne me sentais encore aucune disposition à m’en laisser éblouir. Aussi, m'étant couché, je m'enjctermis tranquillement, sans livrer mon esprit aux idées agréables dont jc pouvais l’occuper, au
' Tout cet déUtilt sont bitlonquet. t Le comte d'OIiTarèt, qui cachait soua le voile
> d’onc eatraordinaire modestie noe grande suffisance, et croyait an moins ^aler J* Ximenès en capacité’, ne voulut pat paraître rie» faire de ton propre chef, et mit
> «en OBote don BuitaiaT de Zuniga, qui avait été. gouverneur du roi, è la tète des
> uâmtef élrangéret. O» wigneur ^i( tout différent de ton neveu ; il avait rcella* ,> ment la capacité que l'autre te croyait, et la modestie qu'il affectait. > [tfistoirr