tome TV de l'iltsteirt moderne, page HS
}ieu que l’ambHiciix Sdpion prit peu de repos. Il passa plus de la moitié de la nuit à thésauriser pour marier sa fille Sé> raphine. • •< . .-.-s*
' J’étais à peine habillé le lendemain matin, « qu'on me Tint chercher de la part de monscâf^eur. Je fus bientôt auprès de Son Excellence, qui me dit : Oh çà, Sanlilkne, Toijons un peu ce que tu sais faire. Tu m’as dit qne le doc de Lmaete donnait des mémoires à rédiger; j'en ai un que je te destine pour ton coup d'essai. Je' vais t'en dire k madère; écoutemoi attentivement : il est questioa de composer un oun-age qui prévienne le public en faveur de mon ministèi’e. d^è feit courir le bruit secrètement qoe j'ai trouvé les afiaires fort dérangées; il s'agit présentement d^xposer aux yeux de la cour et de la ville le misérable état où la monarchie est réduite. 11 faut faire là-dessus un tableau qui frappe le peuple, et Tempéche de regretter mon préd&esseur. Après cela, tu vanteras les mesures que j’ai prises pour rendre le règne du roi glorieux, ses États florissants, et ses sujets parfaiteraeut heureux. .
■ Après que monseigneur m'eut parlé de cette sorte, il me mit entre les mains un papier qui contenait les justes sujets qu'on avait de se plaindre de radininistratbn précédente ; et je me souviens qu'il y avait dix articles, dont le moins important était capable d'alarmer les bons Espagnols; pyis, m'ayant fait passer dans un petit cabinet voism du sien, il «'y laissa travailler en liberté. Je commençai dimc à composer mon mémoire te mieux qu'il me fut possible. J'exposai d’abord le mauvais état où se trouvait le royamne : les finances dissi- ' pées, les revenus royaux engagés à des.parUsaus, etla raar rine ruinée. Je rapportai ensuite les fautes commises pai' ceux qui avaient gouverné TEtat sous le dernier règne, et les suites (Âcheuses qu'elles pouvaient avoir. Enfin, je peignis la monarchie en pâril, et censurai si vivement le précédent ministère, que la perte du duc de Lerme était, suivant mon mémoire, un grand bonheui- pour l’Eqpagnc. Pour dire la vérité, quoique je n'eusse aucun ressentiment contre ce seigneui-, je ne fus pas tâché, de lui rendre ce bon office. Voilà l’homme ' Enfin, cq>rès une peintux'e eflrayante des maux qui menaçaient l'Espagne, je rasamtais les esprits en laisa,nt avec qi1
LIVIIE XI, CBAP. VI.
concevoir aux peuples de lielles espérances pour l’avenir. Pour cet elVel, je faisais parler le comte d’Olivarès comme un restaurateur envoyé du ciel pour le salut de la nation; je promettais monts et merveilles. En un mot, j’entrai si bien dans les vues du nouveau ministre, qu’il pai'ut surpris de mou ouvrage lorsqu’il l’eut lu tout entier. S urtillane, me dit-il, je ne t’aiuais pas cru capable de composer un pareil mémoire. Sais-tu bien que tu viens de faire un morceau digne d’un s<,;Crétaire d’Elat ? Je ne m’étonne plus si le duc de Leruie exerçait ta plume. Ton styje est concis et meme élégant; mais je le trouve un peu trop naturel. En même temps, m’ayant fait remarquer les endroits qui n’étaient pas de son goût, il les cluuigea ; et je jugeai ' par ses corrections qu’il aimait, comme Navarro me l’avait dit, les expressions ivcherchées et l’obscuiité. Néanmoins, quoiqu’il voulût de la noblesse, ou, [K)ur mieux dii’e, du précieux dans la diction, il ne laissa pas de conserver les deux tiers de mon mémoire; et, pour me témoigner jusqu’à quel point il en était satisfait, il m’envoya par don Raimond trois cents pistoles à l’issue de mon diner.
CUAP. VI. — De ruMgti que Gil Bla» til de ces troië cciiU piütoleâ, et des «oins dont . il chargea Scipion. Succès du mémoire dont on vient de parler.
Ce bienfàit du ministre fooniit à Scipion un nouveau sujet de me féliciter d’être venu à la cour, ce qu’il ne manqua pas de faii-e. Vous voyez, me dit-il, que la fortune a de grands desseins sur votre seigneurie. Êtes-vous fâché présentement d’avoir quitté votre solitude? Vive le comte d’Olivarès ! c’est bien un autre patron que son pi-édécesseur. Le duc de terme, quoique vous lui fussiez fort attaché, vous laissa languir plusieurs mois sans vous faire présent d’une pistole; et le comte vous a déjà fait une gratification que vous n’auriez osé espérer qu’après de longs services.
Je voudrais bien , ajonta-t-U , que les seigneurs de Leyva hissent témoins du bonheur dont vous jouissez, ou du moins qu'ils le sussent. 11 est temps de les en informer, lui répondis-je, et c’est de quoi j'allais te parler. Je ne doute pas qu’ils n'aient une exh'ême impatience d’apprendre de mes nouvelles; mais j'attendais, pour leur en donner, que je me risse dam un état fixe, et que je pusse leur mander positivemMii