LIVRE SH, CHAP..IH
prince ne soit satisfait. Il ne saurait naanquer de Tôtee, h» dis-je en voyant arriver Lucrèce dans un déshabillé qui lui piétait plus de charmes que ses habits de théâtre les plus superbes : il sera d'autant plus content de votre aimri)le pièce^ qu'il aime plus que toute autre chose la danse et le chant ; il pourrait bien même être tenté de lui jeter le moudioir. Je ne souhaite point du tout, reprit Laure, qu’il ait cette tentation; tout puissant monarque qu’il est, il pourrait trouver des obstacles à l’accomplissement de ses désirs. Lucrèce, quoique élevée dans les coulisses d’un théâtre, a de la vertu; et, quelque plaisir qu’elle prenne à se voir applaudir sur la scène, elle aime encore mieux passer pour honnête fille que pour bonne actrice.
Ma tante, dit alors la petite Marial va en se mêlant à la i convei’sation, pourquoi se faire des monstres p«ir les ocæabattre ? Je ne serai jamais à la peine de repousser les soupirs du roi ; la délicatesse de son goût le sauvera des reproches qu'il mériterait, s’il abaissait jusqu’à moi ses regards. Mais, charmante Lucrèce, lui dis-je, s’il arrivait que ce prince vœilût s’attacher à vous et vous choisir pour sa maîtresse, seriez-vous assez cruelle pour le laisser languir dans vos fers’ comme un amant ordinaire ?» Pourquoi non ? répondit-elle. Oui, sans doute ; et, vertu à part, je sens que ma vanité serait plu.s flattée d’avoir résisté à sa passion, que si je m’y étais rendue. Je ne fus pas peu étonné d’entendre parier de cettesorte une élève de Laure; et je quittai ces dames en louant la dernière d’avoir donné à l’auti'e une si belle éducation.
Le jour suivant, le roi, impatient de voir Lucrèce, se ren-' dit à la comédie. On joita une pièce entremêlée de chants et» de danses, et dans laquelle n<^e jeime actrice brilla beaucoup. Oepuisde commencoment jusqu’à la fin, j’eus les yeux* aP.achés sur le monarque, et je m’appliquai à démMer dans ■ les siens ce qu’il pensait; mais il mit en défaut ma pénétration, par un air, de gravité qu’il affecta de conserver toujours, le ne sus que le lendemain ce que j’étais en peine de savoir. Santillane, me dit le ministre, je viens de quitter le rbi, qm m’a paiié de Lucrèce avec tant de vivacité, que je ne doutr pas qu’il ne soit épris de cette jeune comédienne ; et, connue je lui al dit que c’est tei <|ui l’as fait venir de Tolède, il m’a
«l'blas.
témo^rné qn'il serait bien aise de t'entretenir là-dessns en particuliel’ : va de ce pas te présenter à la porte de sa chambre, où l'ordre de te faire entrer est déjà donné ; cours, et l'eviens promptement me rendre compte de cette conversation.
Je volai d’abord chez le roi, que je trouvai seul. 11 se prornenait à grands pas en m’attendant, et paraissait avoir la tête emban’asséc. 11 me fit plusieurs questions sur Lucrèce, dont il m’obligea de lui conter l’histoire ; ensuite il me demanda si la petite personne n’avait pas déjà eu quelque ga-lantcrie. J’assurai hardiment que non, malgré la témérité de ces sortes d’assurances; ce qui me parut faire au prince un fort grand plaisir. Cela étant, reprit-il, je te choisis pour mon agent auprès de Lucrèce; je veux que ce soit de ta bouche qu'elle apprenne sa victoire. Va la lui annoncer de ma part, ajouta-t-il en me mettant entre les mains un écrin où il y avait pour plus de chiquante mille écus de pierreries, et dislui que je la prie d'accepter ce présent, en attendant de plus solides marques de ma passion.
Avant que de m'acquitter de cette commission, j’allai lejoindre le comte-duc, à qui je fis^un fidèle rapport de ce que le roi m'avait dit. Je m’imaginais que ce ministre en serait plus affligé que réjoui ; car je croyais qu’il avait dos vues amoureuses sur Lucrèce, et qu’il apprendrait avec cliagrin que son* maître était devenu son rival; mais je me trompais. Bien loin d’en paraître mortifié, il en eut une si grande joie, que, ne pouvant la contenir, il laissa échapper quelques paroles qui ne tombèrent point à terre. « Oh ! pai-bleu ! Phi- » lippe, s’écria-t-il, je vous tiens ; c’est pour le coup que les » aflaü’es vont vous faire peur ! » Celte apostrophe me découvrit toute la manœuvre du comte-duc : je vis par là que seigneur, craignant que le prince ne voulût s'occuper de choses séiieuses, cherchait à l'amuser par les plaisirs les plus convenables à son hiuneur ‘. Santillane, me dit-il ensuite, ne
‘ Tous ces détails sont hisloriiiues. On a dit de Philippe IV : « C'était au prince » qui avait naturcllciuent une assez grande capacité, et s'il eût eu iiuc ineilicnri.' édu- ,
> cation et fût parvenu a la couronne moins Jeune, il aurait certainement régné avec
> idus de gloire ; niais les artiliccs d'OUvarés, en nourrissant le penchant de ce prince
> pouclc. phiisir, en lui grossissant la fatigue des aO'aircs, et eu lui persuadant quo'ee'
> ministre soulTralt liii-niénic une espèce de martjre pour soulager le roi du fardeau
> du gouvemeroent, l'avaient cntietenn si longtemps dais l'indolimce, qu'il fut tiori“