‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 44 sur 254 · LIVRE II. CHAI’. IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. CHAI’. IV

vue d’uii bien dont j'étais en droit de ine saisir, et j’eus grande envie de faire un effort pour le reprendin; ; mais considérant que ces femmes sc mettraient à crier, et que don Raphaël ou quelque autre défenseur du beau sexe pourrait accourir à leurs cris, je me gardai bien de céder à la tentation. Je fis réflexion qu’il valait mieux dissimuler, et consultar là-dessus Fabrice. Je m’arrêtai à ce dernier paiti. Cependant la vieille me pressait de lui apprendre de quel mal sa nièce était atteinte. Je ne fus pas assez sot pour avouer que je n’en savais rien ; au contraire, je fis le capable, et, copiant mon maître, je dis gravement que le mal provenait de ce que la malade ne transpirait point, qu’il fallait par conséquent se hâter de la saigner, parce que la saignée était le substitut naturel de la transpiration ; et j’ordonnai aussi de l’eau chaude, pour faire les choses suivant nos règles.

J’abrégeai ma visite le plus qu’il me fut possible, et je courus chez le fils de Nunez, que je rencontrai comme il sortait pour aller faire une commission dont son maître venait de le charger. Je lui contai ma nouvelle aventure, et lui demandai s’il jugeait à propos que je fisse arrêter Camille par des gens de justice. Eh! non, me répondit-il; vive Dieu! il faut bien t’en donner de garde ; ce ne serait pas le moyen de ravoir ta bague. Ces gcns-là n’aiment point à faire des restitutions. Souviens-toi de ta prison d’Astorga; ton cheval, ton argent, jusqu'à ton habit, tout n’est-il pas demeuré entre leurs mains? 11 faut plutôt nous servir de notre industrie pour rattraper ton diamant. Je me charge du soin de trouver quelque ruse pour cet effet. Je vais y rêver en allant à l’hôpital, où j’ai deux mots à dire au pourvoyeiu- de la part de mon maître. Toi, va m’attendre à notre cabaret, et ne t’impaliente point; je t’y joindrai dans peu de temps.

11 y avait pourtant déjà plus de trois heures que j’étais au l'endez-vous quand il arriva. Je ne le reconnus pas d’aliord. Outre qu’il avait changé d’habit et natté ses cheveux, une moustache postiche lui couvrait là moitié du visage. 11 portait une grande épée dont la garde avait pour le moins trois pieds de circonférence, et il marchait à la tête de cinq hommes qui avaient, comme lui, l’air déterminé, des moustaches épaisses, avec de longues rapières. Serviteur au seigneur Cil Blas, dit-il

en ni'al)ordant; i! volt en moi nn algiiazil de nouvelle fabrique, et dans ces braves gens qui m’accompagnent, des archers de la même trempe. Il n’a qu’à nous mener chez la femme qui lui a volé un diamant, et nous le lui ferons rendre, sur ma parole. J’embrassai Fabrice à ce discours, qui me faisait connaître le stratagème, qu’il prétendait employer pour moi, et je lui témoignai que j’approuvais fort l’expédient qu’il avait imaginé. Je saluai aussi les fa;:x archers. C’étaient trois domestiques et deux garçons barbiers de ses amis , qu’il avait engagés à faire ce personnage. J’ordonnai qu’on apportât du vin pour abreuver l’escouade, et nous allâmes tous ensemble chez Camille à l’entrée de la nuit. Nous frappâmes à la porte, que nous trouvâmes fermée. La vieille vint ouvrir, et, prenant les peroonnes qui étaient avec moi pour des lévriers de justice qui n’entraient pas dans cette maison sans sujet, elle demeura fort effrayée. Rassurez-vous , ma bonne mère , lui dit Fabrice , nous ne venons ici que pour une petite aflaire qui sera bientôt terminée -, car nous sommes des gens expéditifs. A ces mots, nous nous avançâmes et gagnâmes la chambre de la malade, conduits par la vieille, qui marchait devant nous, à la faveur d’une bougie qu’elle tenait dans un flambeau d’argent. Je pris ce flambeau , je m’approchai du lit; et, faisant remarquer mes traits à Camille : Perfide, lui dis-je , l’econnaissez ce trop crédule Gil Blas que vous avez trompé! Ah! scélérate, je vous rencontre cullu, après vous avoir longtemps cherchée ! Le conégidor a reçu ma plainte, et il a chargé cet alguazil de vous arrêter. Allons, monsieur l’officieig dis-je à Fabrice, faites votre charge! Il n’est pas Ijesoin, répondit-il en grossissant sa voix, de m’exhorter à remplir mon devoir. Je me remets cette bonne vivante-là; il y a dix ans qu’elle est marquée en lettres rouges sur mes tablettes. Levez- vous, ma princesse, ajouta-t-il; habillez-vous promptement; je vais vous servir d’écuyer, et vous conduire aux prisons de cette ville, si vous l’avez pour agréable.

A ces paroles, Camille, toute malade qu’elle était, s’apercevant que deux archers à grandes moustaches se préparaient à la tirer de son lit par force, se mit d’elle-raêrae sur son séant, joignit les mains d’une manière suppliante , et me regardant avec des yeux où la frayeur était peinte : Seigneur Gil Blas,

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me dit-elle, ayez pitié de moi ; je vous en conjure par la chaste mère à qui vous devez le jour; je suis plus malheureuse que coupable; vous en serez convaincu si vous voulez entendre mon histoire. Non, mademoiselle Camille, m’écriai-je, non, je ne veu.v pas vous écouter. Je ne sais que trop bien que vous excellez à faire des romans. Hé bien ! reprit-elle, puisque vous ne me permettez pas de me justifier, je vais vous rendre votre diamant, et ne me perdez point. En pariant de celte sorte, elle tira de son doigt ma bague, et me la donna. Mais je lui répondis que mon diaifiant ne suffisait point, cl que je voulais qu'on me restituât encore les mille ducats qui m’avaient été volés dans l’hôtel garni. Oh! pour vos ducats, seigneur, répliqua-t-elle, ne me les demandez point. Le traître don Raphaël , que je n’ai pas vu depuis ce temps-là , les emporta dès la nuit même. Eh! petite mignonne, dit alors Fabrice, n’y a-t-il qu’à dire, pour vous tirer d’intrigue, que vous n’avez pas eu de part au gâteau? Vous n'en serez pas quitte à si bon marché. C’est assez que vous soyez des complices de don Raphaël pour mériter qu’on vous demande compte de votre vie passée. Vous devez bien avoir des choses sur la conscience. Vous viendrez, s’il vous plaît, en prison, faire une confession générale. J’y veux mener aussi , continua-t-il, cette bonne vieille ; je juge qu’elle sait une infinité d’histoires curieuses que monsieur le corrégidor ne sera jias fâché d’entendre.

Les deux femmes, à ces mots, mirent tout en usage pour nous attendrir. Elles remplirent la chambre de cris, de plaintes et de lamentations. Tandis que la vieille à genoux, tantôt devant l’alguazil, et tantôt devant les archers, tâchait d'exciter leur compassion, Camille me priait de la manière du monde la plus touchante de la sauver des mains de la justice. C’était une chose à voir que ce spectacle. Je feignis de me laisser flécliir. Monsieur l’officier, dis-je au fils de Nunez, puisque j’ai mon diamant, je me console du reste. Je ne souhaite pas qu’on fasse de la peine à celte pauvre femme; je ne veux point la mort du pécheur. Fi donc ! répondit-il , vous avez de l’humanité ! vous ne seriez pas bon à être exempt. Il faut, poui’suivit-il, que je m’acquitte de ma commission, il m’est expressément ordonné d’airêter ces infantes; monsieur

jle

CIL ULAS.

le corrdgidor en veut faire un exemple. Eh! de grâce j repris-je, ayez quelque égard à ma prière, et relâchez-vous un peu de votre devoir en faveur du présent que ces dames vont vous offrir! Oh! c’est une autre affaire, repartit-il; voilà ce qui s’appelle une figure de rhétorique bien placée. Çà, voyous, qu’ont-clles à me donner? J’ai un collier de perles, lui dit Camille, et des pendants d’oreilles d’un prix considérable. Oui; mais, interrompit-il brusquement, si cela vient des îles Philippines, je n’en veux point. Vous pouvez les prendre en assurance, reprit-elle; je vous les garantis fins. En même temps elle se fit apporter par la vieille une petite boîte, d’où elle tira le collier et les pendants, qu’elle mit entre les mains de monsieur l’alguazil. Bien qu’il ne se connût guère mieux que moi on pierreries, il ne douta pas que celles qui composaient les pendants ne fussent fines , aussi bien que les perles. Ces bijoux, dit-il après les avoir considérés attentivement, me paraissent de bon aloi ; et si l’on ajoute à cela le flambeau d’argent que tient le seigneur Gil Blas, je ne réponds plus de ma fidélité. Je ne crois pas, dis-je alors à Camille, que vous vouliez, pour une bagatelle, rompre un accommodement si avantageux pour vous. En prononçant ces dernières paroles, j’ôtai la bougie, que je remis à la vieille, et livrai le flambeau à Fabrice, qui, s’en tenant là peut-être parce qu’il n’apercevait plus rien dans la chambre qui se pût aisément emporter, dit aux deux femmes ; Adieu, mesdames, demeurez tranquilles. Je vais parler à monsieur le corrégidor, et vous i-cndi’c plus blanches que la neige. Nous savons lui tourner les choses comme il nous plaît, et nous ne lui faisons des rapports fidèles que quand rien ne nous oblige à lui en faire de faux.

r.flAP. V. — Snitc de raveutnre do h bagiic relrmivco. Gil Btas abandonno la mcMe* cinc cl le aëjour de ValladoHd.

Après avoir exécuté de cette manière le projet de Fabrice, nous sortîmes de chez Camille, en nous applaudissant d’un succès qui surpassait notre attente, car nous n’avions compté rpie sui‘ la bague. Nous emportions sans façon tout le reste. Bien loin de nous faire un scrupule d’avoir volé des courtisanes, nous nous imaginions avoir fait une action méritoire, 'ssieui's, nous dit Fabrice, lorsque nous fûmes dans la ruc;

LIVHF. II, CHAI», V.

après avoir fait une si belle expédition, nous quitterons-nous sans nous en réjouir le verre à la main? Ce n’est pas mon sentiment, et je suis d’avis que nous regagnions notre cabaret, où nous passerons la nuit à nous réjouir. Demain nous voudrons le flambeau, le collier, les pendants d’oreilles, et nous en partagerons l’argent en frères; après quoi chacun reprendra le chemin de sa maison, et s’excusera du mieux qu’il lui sera possible auprès de son inaitre. La pensée de monsieur l’alguaziï nous parut très-judicieuse. Nous retournâmes tous au cabaret, les uns jugeant qu’ils trouveraient facilement une excuse pour avoir découché, et les autres ne se souciant guère d’être chassés de chez eux.

Nous limes apprêter un bon souper, et nous nous mimes à table avec autant d’appétit que de gaieté. Le repas fut assaisonné de mille discours agréables. Fabrice surtout, qui savait donner de l’enjouement à la conversation, divei tit fort la compagnie. Il lui échappa je ne sais combien de traits pleins de sel castillan, qui vaut bien le sel attique; mais dans le temps que nous étions le plus en train de rire , notre joie fut tout à coup troublée par un événement imprévu et des plus désagréables. 11 entra dans la chambre où nous soupions un homme assez bien fait , suivi de deux autres de très-mauvaise mine. Après ceux-là trois autres parurent, et nous en comptâmes jusqu’à douze qui survinrent ainsi trois à trois. Ils portaient des carabines avec des épées et des baïonnettes. Nous vîmes bien que c’étaient des archers de la patrouille, et il ne nous fut pas difficile de juger leur intention. Nous eûmes d’abord quelque envie de résister; mais ils nous envelopp^ent en un instant, et nous tinrent en respect, tant par leur nombre que par leurs armes à feu. Messieurs, nous dit le commandant d’uirair railleur, je sais par quel ingénieux artifice vous venez de retirer une bague des mains de certaine aventurière. Certes, le trait est excellent, et mérite bien une récompense publique; aus.si ne peut-elle vous échapper. La justice, qui vous destine dans son palais un logement, ne manquera pas de payer un si bel cffoit de génie. Toutes les personnes à qui ce discours s’adressait en furent déconcertées. Nous changeâmes de contenance, et sentimes à notre tour la même frayeur que nous avions inspirée che? Camille. Fabrice pourtant, quoique pâle

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et défait, voulut nous justifier. Seigneur, dit-il, nous n’avons pas eu une mauvaise intention, et par conséquent on doit nous pardonner celte petite supercherie. Comment, diable! répliqua le commandant avec colère , vous appelez cela une petite supercherie? Savez-vous bien qu’il y va de la corde? Outre qu'il n’est pas permis de se rendre justice soi-mème , vous avez emporté un flambeau , un collier et des pendants d’oreilles; et ce qui sans doute est un cas pendable, c’est que, pour faire ce vol, vous vous êtes travestis en archers. Des misérables se déguiser en honnêtes gens pour mal faire ! Je vous trouverai trop heureux si l’on ne vous condamne qu’à faucher le gi-and pré *. Lorsqu’il nous eut fait comprendre que la chose était encore plus sérieuse que nous ne l’avions pensé d’abord, nous nous jetâmes tous à ses pieds, et le priâmes d’avoii’ pitié de notre jeunesse ; mais nos prières furent inutiles. De plus , ce qui est tout à fait extraordinaire , il rejeta la proposition que nous fîmes de lui abandonner le collier, les pendants et le flambeau, il refusa même ma bague, parce <|ue je la lui offrais peut-être en trop bonne compagnie; enfin il se montra inexorable. 11 fit désarmer mes compagnons, et nous emmena tous ensemble aux prisons de la ville. Comme on nous y conduisait , un des archers m’apprit que la vieille qui demeurait avec Camille, nous ayant soupçonnés de n’être pas de véritables valets de pied de la justice , elle nous avait suivis jusqu’au cabaret; et que là, ses soupçons s’étant tournés en certitude, elle en avait averti la patrouille pour se venger de nous.

On nous touilla d’abord partout. On nous ôta le collier, les pendants et le flambeau : on m’arracha pareillement ma bague, avec le mbis des îles Philippines, que j’avais, par malheur, dans mes poches; on ne me laissa pas seulement les rëaux que j’avais reçus ce jour-là pour mes ordonnances; ce qui me prouva que les gens de justice de Valladolid savaient aussi bien faire leur charge que ceux d’Astoi ga, et que tous ces messieurs avaient des manièi’es uniformes. Tandis qu’on me spoliait * de mes bijoux et de mes especes, l’ofQcier de la patrouille, qui était présent, contait notre aventure aux mi-

' A faiiclicr le gianil pré, c’esl-à-ilirc à ramor sur les galcre.,

’ Spolitr, vcrlie, cl plus bas, s/>o(t4(ian ; premier exemple de l'emplui de ces mots,

LivnE n, ciiAP. V. loi

nisü'es de la spolialion. Le fait lenr sembla si gi’ave, que la plupart d’entre eux nous trouvaient dignes du dernier supplice. Les autres, moins sévères, disaient que nous pourrions en être quittes pour chacun deux cents coups de fouet , avec! quelques années de service sur mer. En attendant la décision de monsieur le corrégidor, on nous enferma dans un cacliot, où nous nous couchâmes sur la paille, dont il était presque aussi jonché qu’une écurie où l’on a fait la litière aux chevaux. Nous aurions pu y demeurer longtemps, et n’en sortir que pour aller aux galères, si, dès le lendemain, le seigneur Manuel Ordonnez n’eût entendu parler de notre affaire, et lésolu de tirer Fabrice de prison; ce qu’il ne pouvait fane sans nous délivrer tous avec lui. C’était un homme fort estimidans la ville : il n’épargna point les sollicitations; et, tant par son crédit que par celui de scs amis, il obtint, au bout de trois jours, notre élargissement. Mais nous ne sortîmes l»oint de ce lieu-là comme nous y étions entrés : le tlaml>eau, le collier, les pendants, ma bague et les rubis, tout y resta. (Jela me fit souvenir de ces vers de Virgile qui comm(*ucent par Sic vos non vobis ‘.

D’abord que nous fûmes en liberté, nous retournâmes cb«‘z

qui n'éttieDl «l'abord que di» toiiuo de palais, ^oorchdr du latin, aomme (ont le jargon de la vieille pratique.

• Aiiccdole piquante do la jeunesse de Virgile, dont il n’est pas aisé de donner l'Méo en français. Ce poète avait alliché, sans se faire connaître, nn distique fort agréable, au sujet des spectacles qn'Auguate donnait aux Homains, et que lé teai|« favorisait. En vuici à peu près le sens :

Il pleut toute la nuit; nais la beauté du jour Nous rend les jeux publics et leur pompe ddataule :

De l’empire du s«ir Jupiter se contente;

Après lui, le matin. César règne i son tnnr.

Ces vers fircut dn bruit. L’auteur ne s'était point nommé; nn impndeol osa le les attribuer et recevoir le prix que mit i cet hommage la munilicence d'Auguste. Virgile en fut choque. Il lit aflicber de nouveau les vers suivants; les derniers n'étaienl pas Unis, et consistaient en quatre mots, dont le sens e'tail à remplir :

Moi seul j'ai fait ces vers : un antre que l’aulenr A d'un tribut si bible eu le prix trop (.attenr.

Ainsi vous, non pour vous. .......

Ainsi TOUS, non pour vous.

Ainsi vous, non pour «tous

Ainsi vous, non pour vous

Ce déli poétbiue éuit une espèce d'énlgHie. Tout le monde s’en occapnit ; persoeae

nos maîti*es. Le docteur Sangrado me reçut bien ; Mon pauvre . GU Blas, me dit-il, je n’ai su que ce matin (a disgrâce. Je me préparais à solliciter fortement pour toi. il faut te consoler de cet accident, mon ami, et t’attacher plus que jamais à la médecine. Je répondis que j’étais dans ce dessein ; et véritablement je m'y donnai tout entier. Bien loin de manquer d’occupation, il arriva, comme mon maître l’avait si heTireusement prédit, qu’il y eut bien des maladies. Des ûèvres malignes commencèrent à régner dans la ville et dans les faubourgs. Tous les médecins de Valladolid eurent de la pratique, et nous particulièrement. 11 ne se passait point de jour que nous ne vissions chacun huit ou dix malades; ce qui suppose bien de l’eau bue et du sang répandu. Mais je ne sais comment cela se faisait, ils mouraient tous, soit que nous les traitassions d’une manière propre à cela, soit que leurs maladies fussent incurables. Nous faisions rarement trois visites à un même malade : dès la seconde, ou nous apprenions qu’il venait d’étre enterré, ou nous le trouvions à l’agonie. Comme ' je n'étais qu’un jeune médecin qui n’avait pas encore eu le temps de s’endurcir au meurtre , .je m’aftligeais des événements funestes qu’on pouvait m’imputer. Monsieur, dis-je iiu soir au docteur Sangrado, j’atteste 'ici le ciel que je suis exactement votre méthode ; cependant tous mes malades vont en l’autre monde : on dirait qu’ils prennent plaisir à mourir pour décrédiler notre médecine. J’en ai rencontré aujourd’hui deux qu'on portait en terre. Mon enfant , me répondit-il , je

n’en Irouvail le mut. Bufin Virgile >o nomme, en aciievaul les vers île ces bcmUlî. elles d'.'iUente d'une manière propre à se vetigor do l'impudonre et du larcin du pla- ^ giaire :

Moi seul j'ai fait CCS vers : un autre qiK^l'auteur A d'an tribut trop faible co le prix trop natlour.

As'iitt tout, non pour tout, alicillcs diligentes,

Du suc mielleux des llcurs vous pillez le trésor !

Ainti vaut, non pour mut, brebis trop biciiraisaiileii.

Vous portez le fardeau de votre toison d'orl Ainsi tout, non pour tout, poules en vain fertiles.

Au lermicr, chaque jour, vous pondez vos œufs frais!

A niti tout, non pour tout, pauvres bteiirslrop docib's,

Vous traînez dans les champs l'instrument de Cérés I

Le Sievot non tohiteal ju.temciit célèbre, et l'ou a souvent, dans le monde, l'oocation de l'appliquer plus s^ieosemeot que OU Blas ne le fait ici.

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