‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 5 sur 254 · MOTICE SUR LE SAGE · texte numérisé non relu

MOTICE SUR LE SAGE

Si nous exauninons les détails, quelle finesse d'observation, lorsqu’il nous montre Gil Blas qui, dupe dans sa pauvreté, l’est encore dans sa richesse; mais qui s’élève alors, pour ainsi dire, des mains des fripons subalternes dans celles des fripons titrés, toujours trompé, mais alors avec plus de céié- • montes! Quelle leçon profonde dans cette corruption des mœuis de Gil Bleu» lorsqu’il devient courtisan, lui, dont la vertu s’était échappée , blessée , il est vrai , mais encore vivante, de la caverne des volèurs et du foyer des comédiens ! Quelle vérité dans la peintui’e de toutes ces petites protections qui poussent Gil Blas de la cuisine dans l’antichambre, et de l’antichambre dans le cabinet du ministre !|fquelle sagacité d’avoir su le placer dans la condition de valet ij^uel meilleur poste pour découvrir les faiblesses humaines, et qui pom’rait dérober ses défauts et scs ridicules à cet examen de tous les jours, à cet espionnage de tous les moments! aussi quelle inépuisable variété de peintures délicates ! Les caractères y sont saisis sous toutes leurs métamorphoses et sous toutes leurs formes, depuis l’auteur grand seigneur, jusqu’à l’autcui’ simple bourgeois; depuis l’archcvcque de Grenade et ses homélies, jusqu’au fils du barbier Nunez et ses pièces de théâtre. Quelle diversité de mœurs depuis le chanoine , gourmet de Valladolid, qui a peut-être donné l’idée du vieux célibataire, jusqu’au maigre doctcui’ Sangrado, cet apôtre et cet apostat de la saignée et de l’eau , dont la désolante allusion sera à jamais l’effroi des charlatans! Faut-il peindre quelqu’un de ces caractères désordonnés que la société repousse de son sein, quelqu’un de ces hommes énergiques et cmels que nos romanciers affectionnent maintenant? Voyez le caractère de Rolando, le chef des voleurs : n’y rotrouve-t-on pas cette immoralité orgueilleuse et insouciante qui se venge du mépris qu’elle mérite, par des satires contre les hommes?

A côté de cette peinture fière et hardie, quel contraste que celui de ces chevaliei's d’industrie, qui n’ont que la bassesse du vol et l’hypocrisie de la friponnerie! 11 semble que le roman de Le Sage soit un vaste répertoire de nos folies et de nos vices : ce n’est pas seulement la peinture des mœurs françaises, c’est la peinturo du cœur humain. » Parlei'ons-nous maintenant de la morale des ouvrages de

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