NOTICE SUR LE SACE
IjQ Sage? Avouons-le, c’est en vain qu’on y chercherait quelque chose de cette morale sublime et élevée qu’on trouve dans les romans de Richardson, et dans la dernière partie de VHéloise. On voit dans Le Sage un homme qui n’a ni aS- « sez de passion pour la vertu, ni assez d’indignation contre le vice; il y a dans ses récits, où paraissent tour à tour l’honnête homme et le fripon, une indifférence sceptique qui nous afflige et nous choque : quelquefois môme lorsqu’il point quelque tour de fllouterie adroitement combiné, on se plaint de trouver une sorte de gaieté qui ressemble à de l'approbation. On dirait qu’à ses yeux la vie n'est qu’une partie de jeu, et qu’il n'applaudit qu’à l’adresse; il semble qu’il considère la conduite des particuliers, comme Machiavel la conduite des princes, et ne juge cpie la question du plus ou moins d’htiileté. C’est surtout dans Guzman d’Alfarache que l’on sent ce défaut de pensées élevées. Non que nous prétendions exiger de Le Sage de prêcher toujours la morale, ^;t de changer ses romans en sermons; mais on y regrette un sentiment secret de haine pour le vice et d’amour pour la vertu ; dans GU Blas au moins retrouve-t-on cette intention morale qui soulage la conscience du lecteur. On voit que son principal but est toujours d’amuser, et qu’il craint surtout d’échouer contre ces deux écueils des moralistes, l’ennui et la » perfection du héros; mais du moins tout y est combiné pour produire un intérêt dont nous n’ayons pas à rougir. Gil Blas est simple dans sa morale comme dans ses aventures; ses principes et sa destinée ne sont jamais des exceptions. iCe n’est pas un'de ces modèles de vertu dont la sublimité nous décourage et nous désespèr^^: il va terre à terre avec nous; il tombe, il se relève; mais, sans vouloir nous imposer l’imitation, il nous montre tantôt ce qu’il faut faire, tantôt ce qu’il faut éviter : il trébuche quelquefois, mais jamais il ne s’enfonce tout à fait dans le vice ; et il y a en lui une bonhomie naturelle qui rertent à la vertu sans efforts et sans passion.
11 répand sur tout une teinte de naïveté toujours aimable, soit qu’il demande plaisamment à Dieu de ne pas charger sa conscience des coups d’escopette qu’il tire siu- la voiture des voyageurs, et des saignées qu’il ordonne chez Sangrado, soit qu’il tonibe tour à tour dos mains des voleurs dans celles des