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Mille traits brillants suivirent cette saillie, et mirent en joie les jeunes seigneui-s, qui continuèrent de s’entretenir avec beaucoup de vivacité. Leur conversation fut' interrompue par Gregorio Rodriguez, qui rentra suivi d’un petit vieillard qui n’avait presque point de cheveux, tant il était chauve. Don Antonio voulut sortir, .\dieu, don Mathias, dit-il; nous nous reverrons tantôt. Je te laisse avec ces messieurs; vous avez sans doute quelque alTaire sérieuse à démêler ensemble. Eh! non, non, lui répondit mon maître; demeure, tu n’es pas de trop. Ce discret vieillard que tu vois est un honnête homme qui me prête de l’argent au denier cinq. Comment! au denier cinq! s’écria Centellés d’un air étonné. Vive Dieu! je te félicite d’être en si bonnes mains. Je ne suis pas traité si doucement, moi; j’achète l’argent an poids de l’or. J’einpninte d’ordinaire au denier trois. Quelle usure ! dit alors le vieil usurier; les fripons ! songent-ils qu’il y a nn autre monde? Je ne suis plus surpris si l’on déclame tant contre les personnes qui prêtent à intérêts. C’est le profit exorbitant que quelques-uns d’eux tirent de leurs espèces, qui nous perd d’honneur et de réputation. Si tous mes confrères me ressemblaient, nous ne serions pas si décriés; car pour moi, je ne prêle uniquement que pour faire plaisir au prochain. Ah! si le temps était aussi bon que je l’ai vu autrefois , je vous offrirais ma boui'se sans intérêts; et peu s’en faut môme, quelle que soit aujourd’hui la misère, que je ne me fasse un scrupule de prêter au denier cinq. Mais on dirait que l’argent est rentré dans le sein de la terre : on n’en trouve plus, et sa rai’eté oblige enfin ma morale à se relâcher.
De combien avez-vous besoin? poursuivit-il en s'adressant à moi! maître. Il me faut deux cents pistoles, répondit don Mathias. J’en ai quatre cents dans un sac, répliqua l’usurier; il n’y a qu’à vous en donner la moitié. En même temps il tira de dessous son manteau un sac de toile bleue, qui me parut être le même que le paysan Talcgo venait de laisser avec cinq cents pistoles à Rodriguez. Je sus' bientôt ce qu’il en fallait penser, et je vis bien que Melendcz ne m’avait pa» vante sans raison le savoir-faire de cet intendant. Le vieillard vida le sac, étala les espèces sur une table, et se mit à les compter. Cette vue alluma la cupidité de mon maître; il
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fut fiappé de la totalité de la somme. Seigneur Descoinulgado *, dit-il à l’iisurier, je fais une réflexion judicieuse. Je suis un grand sot. Je n’einpruutc que ce qu’il faut pour dégager ma parole, sans songer que je n’ai pas le sou; je serai obligé demain de recourir encore à vous. Je suis d’avis de rafler les quatre cents pistoles , pour vous épargner la peine •de revenir. Seigneur, répondit le vieillard, je destinais une partie de cet argent à un bon licencié qui a de gros héritages qu’il emploie charitablement à re'tirer du monde des petites filles, et à meubler leurs retraites; mais puisque vous ave* besoin de la somme entière, elle est à votre service, vous n’avez si'ulement qu’à songer aux assurances... Oh! pour des assurances, interrompit Rodriguez en tirant de sa poche un papier, vous en aurez de bonnes. Voilà un billet que le seigneur don Mathias n’a qu’à signer. Il vous donne cinq cents pistoles à prendre sur un de scs fermiers, sur Talego, riche laboureur de Mondejar. Cela est bon , répliqua l’usurier : je ne fais point le difficultueux, moi; pour peu que les propositions qu’on me fait soient raisonnables , je les accepte sans façon dans le moment. Alors l’intendant présenta une plume , à mon maître, qui, sans lire le billet, écrivit, en sifflant, son nom au bas.
Cette affaire consommée, le vieillard dit adieu à mon patron , qui courut l’embiasser en lui disant : Jusqu’au revoir, seigneur usui’icr; je suis tout à vous. Je ne sais pas pourquoi vous passez, vous autres, pour des fripons; je vous trouve très-nécessaires à l’État; vous êtes la consolation de mille enfants de famille, et la ressource de tous les seigneurs dont la dépense excède les revenus. Tu as raison , s’écria Cenlellés. Les usuriers sont d’honnêtes gens qu’on ne peut assez Tionorer, et je veux à mon tour embrasser celui-ci à cause du denier cinq. A ces mots, il s’approcha du vieillard pour l’accoier; et ces deux petits-maîtres, pour se divertir, commencèrent à se le renvoyer l’uu à l’autre, comme deux joueurs de paume qui pelotent une balle. Après qu’ils l’eurent bien ballotté, ils le laisseront sortir avec l’intendant, qui méritait
■ exeoioiDDiiiM. On voit quo co mol est choisi exprès pour nommer
un usurier, l'ime damnée d'un inleudaut.