LIVRE III, eiJAP. X
Eh bien ! Gü Blas, me dit-elle, que penses-tu de ces seigneurs que tu viens de voir? Ce sont sans doute, lui rdpondis-jc, des adorateurs d’Arsénie et de Florimonde. Non, reprit-elle, ce sont de vieux voluptueux qui vont chez les coquettes sans s'y attacher. Ils n’exigent d’elles qu’un peu de complaisance, et ils sonUassez généreux pour bien payer les petites bagatelles qu’on leur accorde. Grâce au ciel, Florimonde et ma maîtresse sont à présent sans amants; je veux dire qu’elles n’ont pas de ces amants qui s’érigent en maris et veulent faire tous les plaisii's d’une maison, parce qu’ils en font toute la dépense. Pommoi, j’en suis bien aise, et je soutiens qu’une coquette sensée doit fuir ces sortes d’engagements. Pourquoi se donner un luaitre? Il vaut mieux gagner sou à sou un équipage que de l’avoir tout d’un coup à ce prix-là.
Loi'sque Laure était en ti ain de parler, et elle y était presque toujours, les paroles ne lui coûtaient rien. Quelle volubilité de langue! Elle me conta mille aventures arrivées aux actrices de la troupe du prince; et je conclus de tous ses discours que je ne pouvais être mieux placé pour connaître parfaitement les vices; malheureusement j’étais dans un âge où ils ne font guère d’hoiTeqi-; et il faut ajouter que la soubrette savait si bien peindre les déréglements, que je n’y envisageais que des délices. Elle n’eut pas le temps de m’apprendre seulement la dixième partie des exploits des comédiennes; car il n’y avait pas plus de trois heures qu’elle en parlait. Les scigneui-set le comédien se retirèrent avec Florimonde, qu’ils conduisirent chez elle.
Après qu’ils furent sortis, ma maîtresse me dit en me mettant de l’argent entre les mains : Tenez, Gil Blas, voilà dix pisloles pour aller demain matin à la provision. Cânq ou six de nos messieurs et de nos dames doivent dîner ici; ayez soin de nous faire faire bonne chère. Madame, lui répondisje, avec cette somme je promets d’apporter de quoi régaler tonie la troupe même. Mon ami, reprit Arsénié, corrigez, s’il vous plaît, vos expressions. Sachez qu’il ne faut poifit dire la troupe, il faut dire la compagnie. On dit bien une troupe de » bandits, une troupe de gueux, une troupe d’auteui-s ; mais apprenez qu’on doit dire une compagnie de comédiens. Les acteurs de Madrid surtout méritent bien qu’on appelle leur