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corps une compagnie. Je demandai pardon à ma maîtresse de m'ôtrc servi d’un terme si peu respectueux, je la suppliai Irès-hurahleinent d’excuser mon ignorance. Je lui protestai que dans la suite, quand je parlerais de messieurs les comédiens d’une manière collective, je dirais toujours la compagnie -
CII.4I*. Xî. — Comment le* comédiens vivaient ensemble, et de qnelle manière ils traitaient les antenrs.
Je me mis donc en campagne le lendemain matin pour commencer l’exercice de mon emploi d’économe. C’était un joui- maigre; j’achetai, par ordre de ma maîtresse, de bons poulets gras, des lapins, des perdreaux, et d’autres petits pieds. Comme MM. les comédiens ne sont pas contents des manières de l’Église à leur égard, ils n’en observent pas avec exactitude les commandements. J’apportai au logis plus de viandes qu’il n’en faudrait à douze hoimêtes gens pour bien passer les trois jours de carnaval. La cuisinière eut de quoi travailler toute la matinée. Pendant qu’elle préparait le dîner. Arsénié se leva, et demeura jusqu’à midi à sa toilette. Alors les seigneurs Rosimiro et Ricardo, comédiens, arrivèrent. Il sui’vint ensuite deux comédiennes,* Constance et Célinaura: et un moment après parut Florimonde accompagnée d’un homme qui avait tout l’air d’un senor cavalkro * des plus lestes. Il avait les cheveux galamment noués, un chapeau relevé d’un bouquet de plumes de feuilles mortes, un hautde-chausses bien étroit, et l’on voyait aux ouvertures de son pourpoint une chemise fine avec une fort belle dentelle. Ses gants et son mouchoir étaient dans la concavité de la garde de son épée, et il portait son manteau avec une grâce toute particulière.
Néanmoins, quoiqu’il eût bonne mine et fût très-bien fait, je trouvai d’abord eu lui quelque chose de singulier. Il faut,
' r.ptte discussion sur io ciioix des mots de troupe H de eompagniey en parlant des comédiens, avait été souvent répétée* Il y avait, à cet égard, des anecdotes fort connues. Le premier président de Harlay avait dit aux comédiens qu'il rendrait compte è ta Iroiipn de ce qu'ils lui demandaient an nom de leur compagnie.
’ Seigneur cavalier ou chevalier; cahallero veut dire Tuo et Taiitrc. Ce mot sVcvil Cil espagnol cahallero, et c'ett ainsi qu’on le trouve dan* le dictiopiiaire espa* gnol de Oattel.
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dis-jcen moi-même, que ce gentilhomme-là soit un original. Je no me trompais point : c'était un caractère marqué. Dès qu’il entra dans rappartement’d’Ai-sénie, il courut, les bras ouverts, embrasser les actrices et les acteui's l’un après l’autie, avec des démonstrations plus outrées que celles despetits-maîtres. Je ne changeai point de sentiment lorsque je l’entendis parler : il appuyait sur toutes les syllabes, et prononçait ses paroles d’un ton emphatique, avec des gestes et des yeux accommodés au sujet. J’eus la curiosité de demander à Laure ce que c’était que ce cavalier. Je te pardonne, me dit-elle, ce mouvement curieux : il est impossible de voir et d’entendre pour 1a première fois le seigneur Carlos Alonso de la Ventoleria ‘ sans avoir l’envie qui te presse ; je vais te le peindre au naturel. Premièrement, c’est un homme qui a été comédien. 11 a quitté le théâtre par fantaisie, et s’en est depuis repenti par raison. As-tu remarqué ses cheveux noirs? Ils sont teints, aussi bien que ses somcils et sa moustache. Il est plus vieux que Saturne; cependant, comme au temps de sa naissance ses parents ont négligé de faire écrire son nom sur les registres de sa paroisse, il profite de leur négligence, et se dit plus jeune qu’il n’est de vingt bonnes années pour le moins. D’ailleurs c’est le personnage d’Espagne le plus rempli de lui-même. Il a passé les douze premiers lustres de sa vie dans une ignorance crasse ; mais pour devenir savant, il a pris un précepteur, qui lui a montré à épeler en grec et en latin. De plus, il sait par cœur une infinité de bons contes qu’il a lécités tant de fois comme de son cru, qu’il est parvenu à se figurer qu’ils en sont effectivement. 11 les fait venir dans la conversation, et on peut dire que son esprit brille aux dépens de sa mémoii-e. Au reste, on dit que c’est un grand acteur. Je veux le croire pieusement; je t’avouerai toutefois qu’il ne me plaît point. Je l’entends quelquefois déclamer ici, et je lui ti-ouve, entre autres défauts, une proiion-
' U iMt impcKsible de no pas voir que ee portrait «'applique an fameux acteur fiançai» Hicliol Ilaroii, qui avait quitU' le thoitre en 1«98 ; il y remonta depui» A l'Age do «nixante-huit ans. Le Sage on fait ici un grand Ignorant. Cependant on a de Baron des pièces de tlioAtre ; mais on croit qu'elles sont d'un jésuite de lieaucoup d'esprit (le I*. I,a Bue), qui un penvait les donner sou» son nom. VoTei eneore la note sni. vante.
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ciation trop affectée, avec une voix Iremblaiite qui donne tift air antique et ridicule à sa déclamation.
Tel fut le portrait que ma soubrette me fit de cet histridh honoraire, et véritablement je n’ai jamais vu de mortel d’un’ maintien plus orgueilleux. Il faisait aussi le beau parleur.
U ne manqua pas de tirer de son sac deux ou trois contes qu’il débita d’un air imposant et bien étudie. D’une autre part, le? comédiens et les comédiennes, qui n’étaient point venus là pour se taire, ne furent pas muets. Us commencèrent à s’eri« tretenir de leurs camarades absents d’une manière peu charitable, à la vérité, mais c’est une chose qu’il faut pardonner aux comédiens comme aux auteurs. La conversation s’échauffa donc contre le prochain. Vous ne savez pas, mesdames, dit Rosimiro, un nouveau trait de Cesarino, notre cher confrère.
Il a ce malin acheté des bas de soie, des rubans et des dentelles, qu’il s’est fait apporter à l’assemblée par un petit pagej comme de la part d’une comtesse. Quelle friponnerie! dit le * seigneur de la Ventoleria, en souriant d’un air fat et vain. De mon temps on était’ de meilleure foi; nous ne songions point à composer de pareilles fables. 11 est vrd que les femmes de qualité nous en épargnaient l’invention ; elles faisaient ellesmêmes les emplettes ; elles avaient cette fantaisie-là Parbleu ! dit Ricardo du même ton, celte fantaisic-là les tient bien encore; et s’il était permis de s’expliquer là-dessus... Mais il faut taire ces sortes d’aventures, surtout quand des personne? d’un certain rang y sont intéressées.
Messieurs, interrompit Florimonde, laissez là, de grâce, vo8 nonnes fortunes; elles sont connues de toute la terre; parlons d’Isménie. On dit que ce seigneur qui a fait tant de dépenses pour elle vient de lui échapper. Oui, vraiment, s’écria Constance; et je dirai de plus qu’elle perd un petit homme d’af- .. faires* qu’elle aurait indubitablement ruiné : je sais la chose d'original. Sort Mercure a fait un quiproquo : il a porté an seigneur un billet qu’elle écrivait à l’homme d’affaires, et a remis à l’homme d’affaires une lettre qu’elle adressait au seigneur. Voilà de grandes pertes, ma mignonne, reprit Flori-
Cr mil de hluilé convient parfailenieat à Baron, dont on • dit, an «ujet d« M'. eORK'dic de FBommt à bonntt fortunes, qu'il était dans cette pièce le héros, l’aulew tt l'acieur. '