‹ Histoire de Gil Blas de SantillaneChapitre 84 sur 254 · LIVRE IV. CH A P. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV. CH A P. IV

vient de mourir ; il vous laisse, par sa mort, héritier de son sceptre. La Sicile vous est soumise. Les grands du royaume attendent vos ordres à Palerme ; ils m’ont chargé de les recevoir de votre bouche; et je viens, seigneui^ avec ma fille, vous rendre les premiei-s et les plus sincères hommages que vous doivent vos nouveaux sujets. Le prince, qui savait bien que Roger, depuis deux mois, était atteint d’u'he maladie qui le détruisait peu à peu, ne fut pas étonné de cette nouvelle. Cependant, frappé du changement subit de sa condition, il sentit naître dans son cœur mille mouvements confus. 11 rêva quelque temps, puis, rompant le silence, il adressa ces paroles à Leontio : Sage Sifl'redi, je vous regarde toujours comme mon père. Je ferai gloire de me régler par vos conseils, et vous régnerez plus que moi dans la Sicile. A ces mots, s’approchant d’une table sur laquelle était une écritoire, et prenant une feuille blanche, il écrivit son nom au bas de la page. Que voulez-vous faire, seigneur? lui dit Siffredi; Vous marquer ma reconnaissance et mon estime, répondit Emique. Ensuite ce prince ^présenta la feuille à Blanche, et lui dit : Recevez, inadame, ce' gage de ma foi et de l’empire que je vous donne sur mes volontés. Blanche la prit en rougissant, et fit cette réponse au prince ; Seigneur, je reçois avec respect les grâces de mon roi ; mais je dépends d’un père, et vous trouverez bon, s’il vous plaît, que je remette votre billet entre ses mains, pour en fane l’usage que sa prudence lui conseillera.

Elle donna effectivement à son père la signature d’Enrique. Alors SifPredi remarqua ce qui jusqu’à ce moment avait échappé à sa pénétration. 11 démêla les sentiments du prince, et lui dit : Votre Majesté n’aura point de reproche à me faire» Je n’abuserai point de la confiance Mon cher Leontio, in-

terrompit Enrique, ne craignez point d’en abuser. Quelque usage que vous fassiez de mon billet, j’en approuverai la disposition. Mais allez, continua-t-il, retoui*nez à Palerme, ordonnez-y les apprêts de mon couronnement, et dites à mes sujets que je vais sur vos pas recevoir le serment de leur fidélité, et les assurer de mon aflèction. Ce ministre obéit aux ordres de son nouveau maître, et prit avec sa fille le chemin de Palerme.

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Quelques heures après leur départ, le prince partit aussi de Belmonte, plus occupé de son amour que du haut rang où il allait monter. Lorsqu’on le vit arriver dans la ville, on poussa mille cris de joie ; il entra parmi les acclamations du peuple dans le palais, où tout était déjà prêt pour la cérémonie. 11 y trouva la princesse Constance vêtue de longs habillements de deuil. Elle paraissait fort touchée de la mort de Roger. Comme ils se devaient un compliment réciproque sur la mort de ce monarque, ils s’en acquittèrent l’un et l’autre avec esprit, mais avec un peu plus de froideur de la part d’Enrique que de celle de Constance, qui, malgré les démêlés de leur famille, n’avait pu haïr ce prince. 11 se plaça sur le trône, et la princesse s’assit à ses côtés, sur un fauteuil un peu moins élevé. Les grands du royaume prirent leur place chacun selon son rang. La cérémonie commença; et Leontio, comme grand chancelier de l’État et dépositaire du testament du feu roi, en ayant fait l’ouverture, se mil à le lire à haute voix. Cet acte contenait en substance que Roger, se voyant sans enfant, nommait pour son successeur le fils aîné de Mainfroi, à condition qu’il épouserait la princesse Constance, et que, s’il refusait sa main, la couronne de Sicile, à son exclusion, tomberait sur la tête de l’infant don Pèdre, son frère, à la même condition.

Ces paroles surprirent étrangement Enrique. 11 en sentit une peine inconcevable, et cette peine devint encore plus vive, lorsque Leontio, après avoir achevé la lecture du testament, dit à toute l’assemblée : Seigneurs, ayant rapporté les dernières intentions du feu roi à notre nouveau monarque, ce . généreux prince consent d’honorer de sa main la princesse Constance, sa cousine. A ces mots, Enrique interrompit le chancelier. Leontio, lui dit-il, souvenez- vous de l’écrit de Blanche que vous Seigneur, interrompit avec précipi-

tation Siffredi, sans donner le temps au prince de s’expliquer, le voici. Les grands du royaume, poursuivit-il en monti-ant le billet à l’assemblée, y verront, par l’auguste seing de Votre Majesté, l’estime que vous faites de la princesse, et la déférence que vous avez pour les dernières volontés du téu roi votre oncle.

Ayant achevé ces paroles, il se mit à lire le billet dans les

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