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termes dont il l’avait rempli lui-môme. Le nouveau roi y faisait à scs peuples, dans la forme la plus authentique, une promesse d’épouser Constance, conformément aux intentions de Roger. La salle retentit de longs cris de joie. Vive notre magnanime roi Enrique! s’écrièrent tous ceux qui' étaient présents. Comme on n’ignorait pas l’avereion que ce prince avait toujours marquée pour la princesse, on avait craint, avec raison, qu’il ne se révoltât contre la condition du testament, et ne causât des mouvements dans le royaume ; mais la lecture du billet, en rassurant là-dessus les grands et le peuple, excitait ces acclamations générales qui déchiraient eu secret le cœur du monarque.
Constance, qui, par l’intérêt de sa gloire et par un sentiment de tendresse, y prenait plus de part que personne, choisit ce temps pour l’assurer de sa reconnaissance. Le prince eut beau vouloir se contraindre, il reçut le compliment de la princesse avec tant de trouble, il était dans un si grand désordre, qu’il ne put même lui répondre ce que la bienséance exigeait de lui. Enfin, cédant à la violence qu’il se faisait, il s’approcha de Sifiredi, que le devoir de sa charço obligeait de se tenir assez près de sa personne, et lui dit tout bas : Que faites-vous, Leontio? L’écrit que j’ai misentre les mains de votre fille n’était point destiné pour cet usage. Vous trahissez...
Seigneur, interrompit encore Siffredi d'un ton ferme, songez à votre gloire. Si vous refusez de suivre les volontés du roi votre oncle, vous perdez la couronne de Sicile. 11 n’eut pas achevé de parler ainsi, qu’il s’éloigna du roi, pour l’empêcher de lui répliquer. Enrique demeura dans un embarras extrême; il se sentait agité de mille mouvements contraires. 11 était irrité contre Siffi-edi ; il ne pouvait se résoudre à quitter Blanche ; et, partagé entre elle et l’intérêt de sa gloire, il fut assez longtemps incertain du parti qu’il avait à prendre. 11 se détermina pourtant, et crut avoir trouvé le moyen de conserver la fille de Sifiredi sans renoncer au trône. 11 feignit de vouloir se soumettre aux volontés de Roger, se proposant, tandis qu'oii solliciterait à Rome la dispense de son mariage avec sa cousine, de gagner par ses bienfaits les grands du royaume, et d’établir si bien sa puissance, qu’on ne pût l’obliger à remplir la condition du testament.
Di-S qu’il eut formé, ce dessein, il devint plus tranquille; et, se tournant vers (ionslance, il lui confirma ce que le grand chancelier avait lu devant toute l’assemblée. Mais, au moment même (ju’il se trahissait juscpi’à lui olVrir sa foi. Blanche arriva dans la salle du conseil. Elle y venait, par ordre de son père, rendre ses devoii-s à la princesse; et ses oreilles, en entrant, furent frappées des paroles d’Enrique. Outre cela, Lcontio, ne voulant pas qu’elle pût douter de son malheur, lui dit en la présentant à Constance : Ma fdle, rendez vos hommages à votre i-ciue; souhaitez-lui les douceurs d’un règne florissant et d’un heureux hyménée. Ce coup terrible accabla l’infortunée Blanche. Elle entreprit inutilement de cacher sa douleur; son visage rougit et pâlit successivement, 6t tout son corps frissonna. Cependant la princesse n’en eut aucun soupçon ; elle attribua le désordre de son compliment à l’embarras d’une jeune personne élevée dans un désert tt peu accoutumée à la cour. Il n’en fui pas ainsi du jeune roi : la vue de Blanche lui fit perdre contenance, et le désespoir qu’il remarquait dans ses 'yeux le mettait hors de lui-même. 11 ne doutait pas que, jugeant sur les apparences, elle ne le crût infidèle. 11 amait eu moins d’inquiétude s’il eût pu lui parler; mais comment en trouver les moyens, lorsque toute la Sicile, pom- ainsi dii-e, avilit les yeux sur lid? D’ailleurs^ le cruel Siffredi lui en ôta l’espérance. Ce ministre, qui lisait dans le cœur de ces deux amants, et voulait prévenu- les malheurs que la violence de lem- amom- pouvait causer dans l’État, fit adroitement sortii- .sa fille de l’assemblée, et reprit avec elle le chemin de BellUonte, résolu, pour plus d’une raison, de la marier au plus tôt.
Lorsqu’ils y furent arrivés, il lui fit connaitre toute l’horreur de sa destinée. 11 lui déclai-a qu’il l’avait promise au connétable. Juste ciel! s’écria-t-elle, emportée par un mouvement de doulem- que la présence de son père ne put réprimer, à quels afïreux supplices réserviez-vous la malheureuse Blanche ! Son transport même fut si violent, que toutes les puissances de son âme en fmeut suspendues. Son corps se glaça; et, devenant froide et pâle, elle tomba évanouie entre les bras de son père. Il fut touché de l’état où il la voyait. Néanmoins, quoiqu’il ressentit vivement ses peines, sa première résolution
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n’en fut point dliranlA;. Blanche reprit enfin ses esprits, plus par le vif ressentimeut de sa douleur que par l'eau que Siffrèdi lui jeta sur le visage; et lorsqu’en ouvrant ses yeux languissants elle l'aperçut qui s’empressait à la secoiu ir : Seigneur, lui dit-elle d’une voix presque dteiute, j’ai honte de vous laisser voir ma faiblesse ; mais la mort, (pii ne peut tarder à finir mes tourments, va bientôt vous délivrer d’une malheureuse fille qui a pu disposer de son cœur sans votre aveu. Non, ma chère Blanche, répondit Lcontiô, vous ne mourrez point; et votre vertu reprendra sur vous son empire. La recherche du connétable vous fait honneim; c’est le parti le plus considérable de l'État... J’estime sa personne et son mérite, interrompit Blanche ; mais, seigneur, le roi m’avait fait espérer... Ma fillç, interrompit à son tour Sitl’redi, je sais tout ce que vous pouvez dire là-dessus. Je n’ignore pas votre tendresse pour ce prince, et je ne la désapprouverais pas dans d’autres conjonctures. Vous me verriez même ardent à vous assurer la main d'Enrique, si l’intérêt de sa gloire et celui de l'État ne l'obligeaient pas à la donner à Constance. C'est à la condition seule d’épouser cette princesse que le feu roi l’a désigné son successeur. Voulezvous qu’il vous préfère à la couronne de Sicile? Croyez que je gémis avec vous du coup mortel qui vous frappe. Cependant, puisque nous ne pouvons aller contre les destinées, faites un efi'ort généreux : il y va de votre gloire de ne pas laisser voir à tout le royaume que vous vous êtes flattée d’une espérance frivole. Votre sensibilité pour le roi donnerait même lieu à des bruits désavantageux pour vous, et le seul moyen de vous en préserver, c’est d'épouser le connétable. Enfin, Blanche, il n’est plus temps de délibérer. Le roi vous cède poiu- un trône, il épouse Constance. Le connétable a ma jiarole; dégagez-la, je vous en piie; et, s’il est nécessaire, pour vous y résoudre, que je me serve de mon autorité, je vous l'ordonne.
En achevant ces paroles, il la quitta pour lui laisser faire ses réflexions sur ce qu’il venait de lui dire. 11 espérait qu’après avoir pesé les raisons dont il s'était servi pour soutenir sa vertu contre le penchant de son cœur, elle se déterminerait d’elle-môme à se donner au connétable. 11 ne se trompa point : mais combien en coûta-t-il à la triste Blanche pour
prendre cette, résolution! Elle était dans l'état du monde le plus digne de pitié. La douleur de voir ses pressentiments sur l’infidélité d'Enrique tournés en certitude, et d’être contrainte, en le perdant, de se livrer à un homme qu’elle ne pouvait aimer, lui causait des transports d’affliction si violents, que tous ses moments devenaient poui" elle des supplices nouveaux. Si mon malheur est certain, s'écriait-elle, comment y puis-je résister sans mourir? Impitoyable desti- née, pourquoi me repaissais-tu des plus douces espérances, si tu devais me précipiter dans un abîme de maux ? Et toi, perfide amant, tu te donnes à une autre, quand tu me promets une éternelle fidélité ! As-tu donc pu sitôt mettre en oubli la foi que tu m’as jurée ? Poiu te punir de m’avoir si c/uellement trompée, fasse le ciel que le lit conjugal que tu vas souiller par un parjui’e soit moins le théâtre de- tes plaisirs que de tes remords ! que les caresses de Constance versent un poison dans ton cœur infidèle! puisse ton hymen devenir aussi affreux que le mien ! Oui, traître, je vais épouser le connétable, que je n’aime point, pour me venger de moimême, pour me punir d’avoir si mal choisi l’objet de ma folle passion. Puisque ma religion me défend d’attenter à ma vie, je veux que les jours qui me restent à vivre ne soient qu'un tissu malheureux de peines et d’ennùis. Si tu conserves encore pour moi quelque sentiment d'amour, ce sera me venger aussi de toi que de me jeter à tes yeux entre les bras d’un autre; et si tu mias entièrement oubliée, la Sicile du moins pourra se vanter d’avoir produit une femme qui s’est punie elle-même d’avoir trop légèrement disposé de son . cœur.
Ce fut dans une pareille situation que cette triste victime de l’amour et du devoir passa la nuit qui 'précéda son mariage avec le connétable. Siffredl, la trouvant le lendemain prête à faire ce qu’il souhaitait, se hâta de profiter de cette disposition favorsdile. 11 fit venir le connétable à Belmonte le jour même, et le maria secrètement avec sa fille dans la chapelle du château. Quelle jom-née pour Blanche ! Ce n’était point assez de renoncer à ime coui onne, de perdre un amant aimé et de se donner à un objet haï, il fallait encore qu’elle contraignit ses sentiments dçvant un mai'i prévenu pour elle
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