‹ Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme d'après de nombreux documents inéditsChapitre 11 sur 59 · AUDIFFRED · texte numérisé non relu

AUDIFFRED

Cet acte fut le préjude de la publication faite en 1790, du volume tant caressé dès 1787, sur le Cadastre perpé^ /ue/^ et que Babeuf fit suivre de la Description du Graphomètre-trigonométrique. Dans ses notes, Emile Babeuf a dit que cet ouvrage <x fixa le mode pour la division des » départements, mais ne rapporta «rien à l'auteur. »

(i) Original, inédit, tout entier de la main de Babeuf, qui a signé. Avant sa signature Audiflred a mis : Aprouvé lecriture cy^dessus.

CtO

L'année 1789 avait donc été stérile pour lui.

Celle de 1790 en fera décidément un homme politique.

Il ne faut pas se le dissimuler, .Babeuf abandonnait un peu sa famille à la grâce de Dieu. On le trouve en avril 1790 à Noyon, en mai à St-Quentin, et à Paris, en juillet, à la fête de la Fédération; l'adresse de sa femme^ a\i mois de mai, est à Paris,- chez Audiffred, rue Quincampoix. Ce va et vient» déterminé^ on n'en peut douter^ par des difficultés locales, était préjudiciable aux intérêts de tous; on cherchait de l'argent* et l'argent ne venait de nulle part. Le feudistç du faubourg Saint-Gilles en était réduit aux expédients^ alors que déjà, par suite des événements^ son emploi était àe moins en mpins productif.

Dès avril 1790, il avait rédigé gour les habitants^ une pétition à l'Assemblée tendant à démontrer que les Aides^ la Gabelle^ les droits d'entrée aux villes devaient être supprimés.

Le 10 mai il s'adresse au Comité des recherches^ comme ( soldat-citoyen de Roye. »

Toutes les Proclamations de la Municipalité sortent de sa plume féconde.

Il est de tout et partout.

Absent un moment de iRoye, il écrit de Saint-Quentin^ oh il était peut-être allé voir sa mère, à son fils Ro'bert, (dit Emilé)^ la lettre enfantine suivante :

7 mai 1790.

Bon jour, mon cher enfant, bon jour, mon petit camarade, mon frère, mon cher Robert; je t'écris de S. Quentin, oti je t'ai acheté une panne, bien belle entens-tu, oh

(i) Au dos : A Monsieur Robert, le jeune homnte, à Roye, Lettre de 4 petites pages; -au commencement, caractères imitant Timpression.

oui^ vraiment) iolie petite canne; c'est une canne de S. Quentin^ celle-là; tu me la prêteras.^ C'est pour nous deux^ vois-tu, que je Tai achetée. Ohl si tu savais qu'elle est belle; tiens^ voilà comme elle est faîte; t-egardes. (2) Ouij c'est tout comme cela qu'elle est^ tout de même ; n'est<e pas qu^elle est bien jolie ; oh gueux^ tu seras bien content de te promener avec^'de te jouer aussi avec^ iatts la makon avec ta petite sœur; tu lui donneras la canne quelquefois^ un petit moment; oh! sûrement, pauvre petite; et puis, toujours à moi aussi tu me la prêteras. Je me porte bien^ tiens, et toi n*a.s tu pas la petite vérole. Adieu, ne sois pas malade^ dis à ta maman que je Tembrasse et la petite sœur aussi. Je .àuis ton gueux de père«

Ëabbuf.

Au début de cette année. 1790, Babeuf avait vu augmenter sensiblement A popularité. 11 y avait lutte à roccasion de la perception des droits sur les boissons, entre lès cabaretiers et la municipalité ; et Babeuf^ prenant le ^ parti des cabaretiers,avait rédigé pour eux,deux mémoires dans lesquels il s'efforçait d'établir l'illigitimité de l'impôt.

L'un des mémoires précités fut, quelque temps après^ imprimé par ses soins sous ce titre : Réclamafion de la ville de Roye, relative au remplacement de Pimpôt des Aides et à F exécution des Déct^e ts.de l* Assemblée natio^ nahj lesquels prononcent que tùus les impôts doivent \ être répartis sur chaque citoyen en proportion de ses moyens. Imprimé par ordre de la commune de la dite ville et sur la demande de quantité d^autres communes pour r appuyer de leur adhésion* Octobre 1796. Mais la municipalité -protesta contre cette publication, qu'elle n'avait pas ordonnée^ et qui fut répandue « à profusion », dans la ville et dans toutes les paroisses des environs.

Le directeur de la régie, Larabit, dont Babeuf avait

(2) Ici se trouve le dessin de la canne.

blâmé radmiâistmtion^ fut adtinis deirant rAftMmblée ûàtionale à jn&tifier ses actes^ et obtint même ^ue ta réponse serait transcrite sur le re^isti^ dés délibérations de la commune.

A ia suite de la dénonciation portée contre Babeuf par la municpalité de Roye^ qui Taccusait, avec raison, sans doute, d'être l'instigateur de Topposition soulevée par les cabaretiers, la Cour des Aydes lança contre lui un décret de prise de'corps, dont l'exécution^ toutefois^ fut ajournée par une décision du Directoire départemental^ du 14 décembre 1790.

Rentré à Roye^ après sa mise en liberté, il s'occupa de £ùre partager, entre les indigents, les biens communaux^ pour la plupart improductif^ ety nécessairement, accrût eiicore^ çax icelte mesure^ sa popularité déjà très gfande.

Malheureusement^ il se retrouva de nouveau en lutte avec les Billecocq. ""

Loreque Babeuf s'était fixé à Roye^ il était jeune, inexpérimenté,-sans fortune, sans protection, sans attaches d'aacttoe s€>rte, absolument dénué de 'tout ce qui, dans uae petite viUe, aristocratique surtout, tient lieu de mérite, et donne la considération. Son extrême yunesse pouvait même faire obstacle à ses bonnes intentions. On eut pourtant confiance en lui, et, de toute part, on lui ouvrit les chartriers. La façon dont il s'acquitta, par la suite, de ses fonctions, assura sa réputation, jusqu'au jour oti il rencontra, comme nous Tavons dit déjà, dans la famille Billecocq, (i) une hostilité qui préjpara ses premiers revers.

La question d'établissement du district, à Montdidier ou à Roye, dans laquelle Babeuf avait pris parti, et qui

(i) BiUecocq de Mireille a ][>ublié en 1790 : Observations des dépu* tés de la ville de Roye-en-Picardie, sur la démarcation de leur pro- Tince et sur la Formation des «fistricta. Paris, Moutard^ 8 pag. hi-8.

tournant à son avantage (i), avait indisposé contre lai tout le corps des praticiens de Roye, devait nécessairement mettre le comble à leur rage.

Ils s'acharnèrent donc^ plus que jamais, à sa perte^ ea lui enlevant jusqu'aux moyens de nourrir sa famille:

Mais^ bientôt, réalisant un -de ses rêves les plus chers, Babeuf prit rang^ définitivement^ dans la cohorte des écrivains politiques, en fondant; avec son ami Devin^ imprimeur, à Noyon, un journal, haut en couleur, auquel il donna pour titre : Le Correspondant Picard (2).

Ce jouf nal eut « un nombre' prodigieux » d'abonnés^ et amena à son cabinet d'affaires une foule de malheureux, mais l'obligea à plaider ec plus de deux cent causes en six mois. »

La collection de ce journal se compose de 40 numéros^ dufoviiiat in-4, qui sont devenus à peu prés introuvables. On nous saura donc gré de parler avec détails de ce premier essai de presse locale.

La brochure, le Mémoire, le débat oral, ne suffisaient plus à Babeuf; il lui fallait l'action publique, une tribune, où il put exposer ses idées, les propager, et tenir en échec ceux qui jusqu'alors l'avaient peut-être trop traité en pel4t commis.

A Noyon, l'imprimeur Devin, qiîi l'appelait volontiers c son cher compère », facilita beaucoup le rêve caressé par Babeuf d'être journaliste. Il mit ses presses à sa disposition, et de leur entente commune, naquit bientôt : Le Correspondant Picard,

(i) Babeuf était pour Montdidier, les Billecocq pour Roye, où ils avaient leur résidence, et c*est à Roye que fut créî le district et dès lors le tribunal ; mais pour ne pas- trop mécontenter les délégués de Roye, le décret portait que, s'il y avait Heu, on partagerait les établissements entre les deux villes.

(2) Voir à la Bibliographie. — Les bibliographes n'ont presque rien dit de ce journal, "dont Hatin se borne à citer le titre.

Un Prospectus fvLt d?Bbord lancé et produisit un nombre suffisant d'abonnements^ pour assurer l'existence de cette feuille poli tique;, néanmoins, il y eût des tâtonnamentSy des hésitations^ et on put croire un instant qu'il ne sortirait rien de viable de cette tentative d^e décentralisation, qui tranchait trop violemment encore avec les mœurs pacifiques d'une province^ habituée à recevoir, de temps immmémorial, le mot d'ordre de Paris.

Enfin, malgré toutes sortes de difficultés, le journal parut^ et Babeuf s'y attacha presque avec, la rage du désespoir, résoly à vaincre et à renverser ses ennemis.

11 avait commencé par envoyer à un certain nombre de notables^ désignés par leurs concitoyens pour gérer les affaires publiques, la circulaire ci-^après :

Royej ce 25 août 1790.

Monsieur,

OUS ayant vu dans le Tableau des personnes appelétSj par les suffrages de leurs Concitoyens, à remplir une place dans l'une des branches de notre Nouvelle Administration^ ) 'ai dû vous adresser, en particulier, It Prospec* tus d'un Journal des Départements de la Somme, de l'Oise et de l'Aisne. Par le plan que j.'adopte^ cet Ouvrage semble fait pour intéresser spécialement toutes les personnes de la Province qui, comme vous, se tro'dvent nommées à exercer des emplois publics.^ En vous faisant l'envoi de ce Prospectus^ j'ai encore eu. Monsieur, un second objet en vue ; c'a été de vous inviter en particulier, comme je l'ai fait à tous nos concitoyens, en* général, de vouloir bien concourir pour le bien de tous nos Frères, à la perfection de l'œuvre que j'entreprends et d'enrichir le Correspondant Picardy des matières que votre position

yoiM met, pluiôc qu'aa tiolple particulier, à portés de recueillir.

J'ai l'honneur d'être, é

MONSIBUR,

Votre très humble et très obéissant serviteur, Babeuf (i).

Aux ecclésiastiques; il adressa cette autre ctrculaice :

Roye, ce 3o août 1790.

Monsieur^

['Ordre des Curés^ cette classe de Ministres exclusivement utile dans toute 1» hiérarchie catholique; ces hommes qui^ en général^ ont secondé la nouvelle Constitution, et qui (aussi en général) n'ont qu'à se louer de cette Constitution ; ces honorables Pasteurs des Canpagnesj dont les intérêts s'identifient si particulièrement avec ceux du troupeau qu'ils dirigent; l'ordre des Curés, dis-je^ accueillera safts-doute un Ouvrage que l'amour de l'humanité et du bien de tous a fait entreprendre. Cette persuasion, Monsieur, m'a fait vous adresser le Prospectus de cet Ouvrage : c^est le Journal des Départemens de la Somme^ de l'Oise et de l'Aisne. Son grand but est l'instruction des Habitans de ces trois Départemens, et l'in* tention de les conduire dans la route de la liberté sociale et du bonheur qui y est attaché. En vous faisant en particulier l'envoi de ce Prospectus, je me suis flatté. Monsieur, non-*seulement que vous vous porteriez à répandre la connaissance de ce Journal^ et, à en seconder le soccôs^ en faisant sentir les avantages qui devront résulter de la

(i) Toute petite letin da format in«i2. Le lieu, la date, im signavos% «ont de la main de Babeuf.

(yy)

«mveile^métbode d*$tiMnictioti que j'adopte, tuii {"ai espéré de vcms un ' ferrice plue eseentiet encore. Je vous €n exposerai l'objet en vous intitant en particulier^ comme je i^ai.fait à tous nos Concitoyens en générai, de vonloir bien concourir, pour le bien de tous nos Frères^ à la per«fbction de l'auvre que j'tntrepf ens, et d'enrichir le Correspondant Ptcard de matières que votre position ¥ous met, plutôt qu'un simple particulier^ à portée de re«cQeiUir.

J*ai rhonnetir d'être, MoNStsini^

Votre très humble et très obéissant senriteur, Babeuf. *

Mais celle-ci avait été mal accueillie; et Tan des destinataires se chargea^ en la paraphrasant, de montrer au joumalist^e Roye, que ses confrères n'étaient pas dupies de ses paroles. Il lui renvoya donc sa circulaire^ en y pla- y {ant au bas cette réponse^ dont Babeuf a enlevé une partie, et que nous ne pouvons, dès lors^ reproduire que par ftagments :

Monsieur

L'Ordre des Curés, cette classe de Ministres ...utiles... Ces hommes qui, loin de seconder la nouvelle Constitution et dé s'en louer, la détestent, et la détestent d*autant plus, que leurs intérêts s'identifient plus particulièrement avec ceux du troupeau qu'ils dirigent. L'ordre des Curés a'accu^Uera donc pas votre' ouvraje. L'humanité^ sous les auspices 'de laquelle vous prétendez nous le présenter, est un être de' i;aison que vous réalisez, oomme nos philosophas soi-disant, pour nous amuser comme les nourrices avec leur ^idt^^ouotft. J'en dis anuot «de votce prétendu toiotisme. Point de patriotisme véritable s'il n'est fondé sur la religion. Or„ r4pigr«pbe moaatvaeuxde votre

ProspectuSy voire ortographe, votre style, votre eagoument pour les droits de l'homme de nouvelle d&oavertej votre enthousiasme pour une Révolution qui va perdre la ■^ France en renversant le trône et l'autel, votre prévention pour une liberté qui assujetit tout ce qu'il y a d'honnêtes gens et de gens aisés à la plus vile canaille; (i) tout ceU décèle trop un partisan de l'évangile des Bayle, des Voltaire^ des Jean-Jacques, etc.^ etc. Les curés ne peuvent donc que se défier de tels apôtres^ ou plutôt ils ne peuvent que les envoyer prêcher au fond de la rivière (2).

On a travaillé, dites-vous^ à approfondir l'examen dés droits et des devoirs de l'homme en société, etc.... On a approuvé ou condamné selon qu'on a aperçu que les différentes parties de ce travail se conciliaient avec les principes des tnémes droits et devoirs sociaux, ou qu'ils s'en ^ écartaient. Que direz-vousdela suppression des vœux de religion déclarés^ par l'immortel Sénat, inconstitutionnels? Ces vœux ont pour objet la perfection proposée par Jésus- Christ même à la partie privilégiée de ses élils. Eh bien, selon vous, la perfection évangélique, l'objet le plus digne des désirs de l'homme, se coiiciliera-t-elle avec les droits et devoirs sociaux ? Faire des vœux de Religion, c'est-àdire le plus noble et le plus salutaire usage de la liberté, ne sera-t-il pas un vil esclavage? Messieurs les philosophes du XVIII" siècles, vos livres impies font pitié.

Le brouillon du n^ i servant de Prospectus du Correspondant Ficard^ existe encore. Il se compose d'un feuillet in-4, écrit très serré des deux côtés ; il est surchargé de ratures et de corrections. C'est un des brouillons les plus

(i) En ce temps-là, comme aujourd'hui encore, certaines gens qualifient de ce nom tous groupes d*indi?idus dépourvus de ressources. L'égalité rêvée par Babeuf avait précisément pour but d'assurer une plus parâiite harmonie entre les diverses classes de la population.

(2) Il existe ici une lacune ; il est présumable que la violence de la riposte aura décidé Babeuf ik la supprimer.

difficiles à lire que nous ayons rencontrés dans les papiers de Babeuf.

En tête se trouve ce titre : *

Lt Correspondant Picard ou ' Journal des Districts, Cantons,VilleSy Bourgs, Villages »

Hameaux et Municipalités Du Département éP Amiens, aujourd'hui de la Somme, De celui de Beauvais, aujourd'hui de VOise, Et de celui de Chauny, aujourd'I^ui de t Aisne, Dédié à tous les Citoyens de ces trois Départements.

^A Paris chès

A Nqyon chès Devin, imprimeur-libraire.

Au 2^ titrê^ Babeuf a résumé la trop longue désignation des départements par : « Des Dépc^rtements de Somme, d'Oise et de l'Aisne »^ et ajouté ses noms et qualités:

Par F.^N. Babeuf ^ soldat-citoyen, auteur dti Cadastre perpétuel, et Rédacteur de la Pétition sur les Aydes ^t Gabelles, de celle sur les Voyeries, en faveur des Propriétaires riverains, et de celle sur tts biens ecclé^ iiastiquesy en faveur de tous les habitans du Royaume.

Ce n® I commençait ainsi : ^

« Ne vous endormes pas sur la grande affaire de Tad- > * ministration du JRoyaume : votre bonheur particulier > ne dépend que du bonheur commun. » •

A en juger, comme nous l'avons dit déjà^ par les surcharges perp'étuelles que Babeuf apporta à chaque lij^ne de ce document/au point de le rendre presque illisible, on devine qu'il eut beaucoup de peine à fixer par écrK ce qu'il voulait dire à ses concitoyens, et qu'il n'y parvint S^'cn suivant à la lettre le conseil de Boileau :

mm^me^

Vingt fois sur le métier^ lemeetu votre oDvmge* Le n<> 2 du Correspondant Picard débute par cet arti-* de déclamatoire^ mais plein de patrîotiaine :

c Une loi d'Ad^nes^ la plus admirable peut-être de toutes celles qui Iffiistrèrent cette cité immortelle, puisqu'elle était là sauvegarde de toutes les autres lois^ par lesquelles les Républiques grecques» sans contredit, siègent au premier rang dans l'histoire du monde; cette loi, incomparablement sage^ est celle que, dans sa relation intéressante, le* jeune voyageur Anacbarsis nous a transmise :

» Par cette loi, tout citoyen est autorisé à se pourvoir contre unjugement de la nation entière, lor$quHl est en itat de justifier qu'il est en contradiction avec les lois établies pour assuter la liberté et les droits sociaux de la majorité du peuple.

» P Lycurgue*! O Solon ! O modèles admirables !«»

Le )burnal se divisait en deux parties. La première partie était consacrée aux matières politiques ; la deuxième partie, aux Pétitions, Adresses, et Instructions aux dif-' férents Corps administratifs.

11 y était dit encore :

« Ce journal aanoacé d'abord pouj^ le i^' septeoibre %x^ par desxisconstances înopioéois^ retardé ensuite aécessaijBm^Eit jusqu'au i^ oc^obfe, jiaraitra à compter deicet^ dernière époque avec toute l'exactitude possible.

>^u moyen de ce retard, nous prévenons nos souscripteurs que les abonnements faits pour k r^ septembre ne dateront que du i^ octobre.

» C'est sanff doute au ^degré particnUer d'utilité que promet ce journal, qu'il doit l'accueil que sur une simple et pr|mièFe annonce il a obtenu dans un riioment où le public est plus que rebuté de rétonnantê multitade d'ouvrées périodiques qu'on lui propose.

» Si l'on a eafiti reconnu qu'un tei ouvrage, dont la lecture est bonne en tous tems, et pour xontrilmer aux

progrès des lamières utiles aux hommes dans ua pays qui yeat être libre; si, dis-je^ on a reconnu qu'un tel ouvrage est préférable à toutes les productions éphémères qui piquent la curiosité du jour et ne sont^plus siTpportahks au-delà, on est parvenu à saisir les vues de l'auteur.

9 En combinant son plan^ il a cherché à le rendre capable de suppléer tout autre journal.

» Ce plan embrasse tout le passé de la Révolution^ en présentant la collection entière des Décrets ; il embrasse aussi le présent, lorsqu'il offre le rapport des séances journalières de l'Assemblée législative, etc.; il embrasse enfin l'avenir, en posant sur des bases raisonnées, la rectification desloix qui ne reçoivent point Tassentiment général et sur lesquelles des réclamations se font entendr,e. »

Nous avons en mains une Ijste des abonnements du Correspondant Picard, reçus le i^ octobre 1790. Ils a^élèvent au chiffre de 27. Nous y releyons quelques noms :

M. Caron-Berquier, imprimeur, à Amiens.

M. Lefevre, le jeune, négociant, à Abbeville.

M. Letdlier, notaire royal, à Albert.

M. Gôbillard, meunier, à Bray-sur-Somme.

M. Le Roux, père, libraire à Mondidier.

M- Gouban, négociant, à Roye.

M. Boulogne, père, perruquier, à Nelle,

M. Boinet, marchand de vin, à Ham.

M. Laisney^ libraire, à Péronne.

M. Moureau, imprimeur, à St-Quentin.

M. Jorand, négociant, à Guise.

M. Courtois, imprimeur, à Laon.

M. Bertrand, imprimeur, à Compiègne.

M« Lelièvre, maître d'écritures, à Beauvais.

M. Joveneau-Darras, négociant, à Vervins.

M. Tronquois, receveur des loteries et commis de poste^

à Lafère. * M. Waroguier, imprimeur, à Soisons.

M. Du jardin, imprimeur, à Beauvais.

M. DesTOgaes, imprimeur, à Senlis.

M. Tremblay, libraire^ à Çenlis^

Et plusieurs Directeurs de postes aux lettres.

Oairis le même temps^ le Gouvernemeat adressait à M. Fortin^ Directeur des postes à Rpye^ les înstmctioas

Paris, le 7 octobre 1790.

M. Babeuf^ de votre ville, }dpa$ieur,aya()t demandé uoe mcdérf^tion de port pour un ouvrage périodique intitulé : Iç Çorrespondant.Picard, coippo^é de deux feuilles d'impression in-*3j pour paroitre une fois la semaine^ vous vQudrez l^ien donner cours aux exeipplaireç de cet ou«« vrage^ mis sous bande, qu'il fera apporter à votre bur^u^ en percevant un sol par chaque feuille d'impression , et le^ feuille^ ou demie&-£euilfes excédentes à proportion, et en a)^e temps Iç prçvçnir de cette défuçîon^ afin qu'il s'y conforme.

Quant à votrç comptabilité à cet égard, vou; en ferez un article particulier de recette sur vos comptes de quartier.

Comme les auteurs ou éditeurs d'ouvrages périodiques sont généralement tenus d'en fournir gratis douze exemplaires à l'Administration, lorsque le nombre des abonnés excède celui de centj si le journal du S' Babeuf se trouvait dans ce cas-là, vous en exigeriez de lui 12 exemplaires que vous enverriez sous une seule bande à l'adresse de MM. les Intendants et Administrateurs généraux des Postes, à Paris.

J'ai l'honneur, etc.

G4UUNIEB.

Le Correspondant Picard ellait donc enfin paraître.

On trouvait, au n® ?, cet Avis très essentiel.

« Nous avons pris, par notre Prospectus, l'engagement envers tous ceux de nps concitoyens^ qui voudraient s'adresser à nous, de leur donner gratis, sur tous les

nan-

o))jets d'iiitérét général et sar \u iiSéttntj^ disp(M^ow^ àù ootrç nouvelle Constitution et de notre nouyeavi droit public, des avis, des éclaircissements^ des développements

explicatifs, des moyens de faire valoir leurs justes réckou(ioos Qt de provoquer les décisions qu'ils en doivent attendre.

3) Cette annonce nous a aussitôt attiré une affluçnce prodigieuse de consultations verbale^, qui ne fait qu'accroître à mesure quQ nous avançons dans la carrière du temps.

» Cç concours soutenu nous flotte, autant qu'il nous boQore; toutes nos facultés sont biei^ consacrées çai^s réserve 9 u bonheur de nos frères; notre vie même serait un Êiible sacrifice que nous serions toujours prêt à offrir avec le calme du courage qui accompagne les gens de ootre caractère. Mais quelque infiniment sensible que 00U8 puissions être à la confiance qu'on nous marque, /# uiut commun^ disent les sages^ est la suprême loi. -^ Etc. n

Babeuf obtint-il par ce moyen les renseignements qu'il desirait ? L'espérait-il même sérieusement ? Mais, comme au bas de son mémoire il ajoutait : ce On me trouvera à Roye, ete.^ » il est présumable que ceci était mat tout un prospectus d'a&ires, destiné à attirer de nouTeaux clients à son cabinet, désormais in4épendant. Nous ne blâmons rien ; mais, en historien fidèle, nous constatons la marche et les progrès du journal.

Un correspondant écrite le 8 novembre^ à Monsieur Babeuf j auteur du correspondant Picard , à-Royei

Ham^ ce 8 novembre 1790.

Monsieur.

Jene peut vous dissimuler plu^ longtems le désagrément que je reçois tous les jours de m'aître chargé de la sous- ^ptioo des souscripteurs de votre Co^responiant Picard. ''«vai$ def amis que j'ai bef \icpvip epgager k spuscrire î

aujourdihui c'est des ainenuis à cause du mencquement de votre travalle quil ne parviennent pas au jour indiqué.

Voilà le 8 novembre^ je]devais avoir reçu cinq numérota

je n'en ay encore reçu que 3 et pas un à l'epocte que vous indiqué par votre prospectus. Je ne cais si il y a de votre faute ou de celle de M: Devin ; ci cette de la foute de ce dernier^ il seroit donc à désiré qu'il soit aussi exacte à remplire vos obligations» comme il a été à recevoir l'argent des souscripteur. En mettant plus d'exactitude, Vous ôbligeré celui qui est aVec amitié, Monsieur^ votre très humble ob. sr.

BOINBT.

C'est la lutte qui commence avec d'autres.

Enfin des patriotes farouches, avaient, .parait-il, reproché à Babeuf le titre de son journal, en lui rappelant qu'il n'y avait plus de Picardie ; ce à quoi il répondait spirituellement, en note de son troisième numéro :

« On ne pense jamais à tout. Nous n'aurions évité cette apostrophe^si nous eussions averti plus tôtque par là nous avons seulement entendu exprimer que nous voulions établir notre correspondance pour l'étendue de pays qui forme à peu près ce qui constituait l'ancienne Picardie, et que nous avons vu qu'il était plus court de dire : Correspondant Picard^ qu e le Correspondant des départements de la Somme, POise et' F Aisne. »

Au surplus, ajoute Babeuf, continuant à se tirer habilement de ce mauvais pas : « nous avons cru qu'il n'était point inconvenable de se servir encore pendant quelque temps de l'expression Picard, qui a contracté nous ne savons quelle affinité avec le mot franchise. »

Le troisième numéro du Correspondant Picard débute par un long article, très bien fait, tout entier écrit de la main de Babeuf, portant ce titre : Réflexions critiques sur les décrets passés depuis Pentreprise de Pœuvre de

la Constitution. C'est une bonne page d'histoire, simple et saine^ qu'on peut encore relire avec fruit. Nous en avons le manuscrit sous les yeux, et on peut juger, par les ratures et les corrections^ que Babeuf s'appliquait surtout à être clair, précis et exact. Ce sont ces qualités^ ici très accusées, qui attirèrent de suite, sur son journal, l'attention de ses concitoyens.

L*article a pour épigraphe ces belles paroles empruntées à la lettre (PArcadius et cTHonofius à Ruffin, Préfet du Prétoire : < Si quelqulin parle mal de notre « gouvernement^ noUs ne voulons pas.qu^on le punisse : € s'il a parlé par légèreté, il faut le mépriser ; si- c'est par « folie, le plain4re ; est-c& une injure ? qu'on lui par- < donne. »

C'est sous l'égide de ces paroles réconfortantes pour un journaliste, surtout au début de son œuvre, que Babeuf entreprend l'historique, — car il n'est pas encore pamphétaire — des actes du gouvernement.

11 raconte l'arrivée des Députés des Trois-Ordres aux Etats Généraux, les préliminaires de leurs travaux, les scissions qui, de suite, éclatent dans leur sein, lorsque arrive la missive royale prescrivant de nommer des Commissaires pour décider la question de la réunion des Trois-Ordres. Et, citant le mot de Malouet, qu'il fallait délibérer en secret et renvoyer des tribunes, les étrangers (les Français) qui s'y trouvaieht, il répète, avec complaisance, cette riposte brillante et juste de Volney, qu'il n'y avait pas d'étrangers parmi eux, mais des frères, et qu'ils ne* sont que «leurs Représentants, leurs fondés de pouvoirs. »

La grande facilité de rédaction de Babeuf se fait encore remarquer ici : tout est de sa main^ tout, y compris les annonces, y compris les correspondances et consultations^ et nous dirons même que les éloges que lui adresse, i propos du prehiier numéro,. un abonné de Noyon (16 octobre 1790. Courage^ etc.) sont bien réels, et non

fergâ â plaisir par la rédactibti, car nous àVohs ea en niaikis là letti'è originale qui les renferme.

Use note^ retrouvée dans les papiers de Babeuf, va nous renseigner sur le degré d'ictimité qui existait entre lui et rinip rimeilr Devin (i). 11 lui dit :

Note au compère. — Le compère ne sera pas surchargé pour cette première partie ; il sera au contraire à son aise. IL faudra cependant qu'on rempUsse les 8 pages^ mais il y a beaucoup d*alinéà qui chasseront loin, et puis il sait mieux que moi comme tout cela s'arrange.

Ajoutons^ que les manuscrits de Babeuf étant fort surchargés^ il les recopiait souvent^ afin de ménager le temps et les yeux^e son ami Devin. *

Le journal se continua ainsi pendant quelque temps, soulevant de violentes tempêtes autour de lui, excitant la haine des uns^ la convoitise des autres, appelant surtout sur le malheureux écrivain, pauvre et père de famille, Tœil scrutateur de la police et de Tintetldance.

Dès l'origine l'action publique opposb son vetoitl Babeuf (ur arrêté et conduit dans les prisons de Paris.

C'est alors qu'il adresse au célèbre avocat de Mirbeck(2), la lettre suppliante ci-après.

10 juin 1790.

Monsieur,

Deux infortunés tous écrivent dans l'amertume de la plus profonde douleur qui puisse affliger des humains. Un coup de foudre' vient de les frapper, et ne leur laissant

(i) Tous les papiers de limprimeur Devin, qui étaient considérables, ont été détruks.

(2) F. J. de Mirbeck, né en 1732, à Neuville en Lorraine, mort en 1818, avocat distingué, se rendit câèbre, dès 1777^ par sa défenVe des serfs du Jura, qui lui valut les éloges de Voltaire ; sous la Révolution il resta le ferme soutien du droit et du devoir. 11 fut l'ami de François de Neufchâteau, son compatriote, dont il prit courageusement la détense, en 1773.

que la perspective d'une de ces manières d*exister qui^pout des êtres qui tiennent à Thonneur^ valent cent fois moins que la vie,ils se voient réduits à la triste position d'avoir à regretter qu'une mort réelle et subite ne les ait pas soustraits à celle qui est dans le cas de se répéter pour eut à chaque instant, des jours qui leur restent. Tranchons^ Monsieur, Taffreux récit.

Accusés criminellement, ils avaient soutenu leur innocence et dans le repos d'une .conscience sans reproche, ils attendaient avec confiance leur arrêt ; ils en hâtèrent même l'instant. Surprise bien amère ! Un jugement de la Cour du Parlement vitnt de les vouer (l'un d'eux surtout), à l'opprobeque l'opinion attachera toujours aux peines affiictiyes qu'infligeront les homme^ de la loi^ Ce traie rigoureux les (iechire tout vifs^ et avec eux chaque individu des familles auxquelles ils appottiennenU C'est dans le cuisant de leurs souffrances qu'ils viennent de s'écrier : le mal est-il donc sans remède ? Sommes-nous absolument condamnés sans retour ? Ah ! le Conseil du

Roi Mais^ qui voudra prendre nos intérêts ? Qu'elle

pourra être l'âme compatissante.!... M. de Mirbeck, nous nomme t-on ansAôt; adressez-vous à lui avec confiance] sûrement il ne séta point sourd à vos larmes. Et c'est d'après ceUj Monsieur, que nous nous jettons à vos genoux^ pour réclamer de vous le grand titre de libérateur.

Nous sommes décidés. Monsieur, à faire les frais d'une poursuite en cassation du jugement qui nôUs anéantit par la rigueur extrême de ses dispositions. Il faudrait pour cela ne point perdre un seul instant pour demander un sursis à l'exécution de l'arrêt. Dagnez^ Monsieur^ accourir à notre aide et consacrer votre premier moment libre pour venir nous visiter es prisons du Châtelet^ oîi nous sommes maintenant transféras, afin que nous puissions vous donner les renseignements utiles pour la demande en surséance. Nous attendons de- votre humanité que vous vous rendiés à notre vive demande. Ce n'est point à vous, Monsieur, qu'il faut rappeler que l'honneur, la liberté,

la vie des hommes sont des biens si précieux I Ces principes vous sont familliers, sans doute, et nous sommes convaincus que vous nous en donnerez des preuves.

Nous avons l'honneur d'être avec le plus profond respect, etc. Babeuf.

Au mois juillet suivant^ sur les instances de Maratj Babeuf fut mis en liberté juste à temps, pour assister à la première fête de la Fédération, en costume d'officier, corn* mandant son district, à la tête de ladéputation de la garde , nationale de Roye.

Vainqueur,deuz fois successivement,» du pouvoir et de ses sbires, > il crut, à tort que tout lui était permis et qu'il pouvait tout afEronter ; pour donnera sa parole brûlante plus d'autorité et de puiss^ce, pour a^ir aussi plus efficacement sur le peuple ; qui fut' toujours son objectif» il fonda à* Paris^ oti il* résida quelque temps^ le Journal de la Confédération qui n'eut que deux numéros (voir à la Bibliographie)^ puis il publia, comme brochure de circonstance, une Lettre d'un député de Picardie.

A la fin de l'année 1790, un homme dé -bien mourut à Roye. Babeuf nous a conservé dans ses papiers, l'éloge funèbre (i) qu'il en fit le 23 novembre^ c'est une des pages qui l'honorent le plus.

Eloge funèbre de Florent Masson, avocat a Royb, et membre du dlrbctoibe du departement de la sommb.

Les titres ne servent de rien pour la pMtérité: le nom d'un homme qni a fait de grandes choses, Impose plas de respect que tontes les épithèses.

Voltaire.

Essai sur l'histoire générûU.

Messieurs, Le nom de Panégyrique rappelle communément l'idée

(x) ManuKfit tout entier de la main de Babeuf.

d'ane basse adulation, d'un yain étalage de uertus prêtées par l'orateur à son héros. Cette application du terme n'est qu'une acception volontaire. Elle prend sa durée dans l'usage introduit par une trop longue suite de jours de servitude. On n'avait coutume de louer après leur mort que les Grands de la terre et les Dominateurs impérieux du genre humain. Mille plumes se disputaient à l'envi l'honneur de mieux vanter une vie, nulle ou oppressive ; de mieux transformer en actes d'béroïsmes les dévastations et les cruautés;' de mieux donner un air de grandeur à des riens ; de mieux pallier et absoudre les fautes j)ubliques ; de mieux donner aux vices et auf crimes les faux dehors de l'équité; de mieux colorer enfin les actes de violence, d'arbitraire et de tyrannie, des fausses teintes de la justice et de l'apparence extérieure des règles d'un bon Gouvernement. L'homme vraiment vertueux, mais placé par le sort dans une position ordinaire,pouvait laisser sur la terre des traces de ses bienfaits, mais lorsqu'il Tavait quittée^ personne ne se présentait pour en réciter l'éclat ; les actions les plus louables étaient vouées à l'oubli ; et le véritable mérite disparaissait sans récompense.

Une réformation dans les principes politiques, en va amener une dans la morale pratique. Aucun tribut d'éloges ne sera plus prodigué à qui n'en sera pas digne ; on ne vantera plus que ce qui méritera de l'être, et cette disposition raisonnable d'équité sévère c'est nous, Messieurs qui aurons l'avantage d'en donner un premier exemple.

Le désespoir de toute une nombreuse famille qui perd un époux tendre et un bon père, la consternation de toute une ville qui se voit enlever un excellent défenseur^ les profonds regrets de tous ces membres du corps administratif qui se voit ravir un excellent collègue : tels sont, Messieurs, les effets douloureux que laisse après elle la perte d'un homme que ses fonctions ont généralement (ait chérir et pour lequel l'inspiration des sentiments d'estime les plus solidement conçus, commande de nous

rassembler autour de ses mânes pour lui offrir un dernier hommage.

Lorsqu'il s'agit de louer un homme qui fut douié d'une solide et vaste portion de qualités qui constituent les citoyens vertueux et utiles^ ce n'est pas dans les particularités de ses premiers ans et dans les détails de sa vie privée qui faut l'aller chercher. Ces petites ressources sont à laisser aux pagényristes qui ont peine à trouver de quoi remplir leur éloge .et qui même sont obligés de créer des vertus imaginaires. Nous ne sommes pas ici dans cet embarras. N.os devons donc prendre le vénéré mort dans cet âge oti il fut homme et parut comme tel sur la scène du monde; c'est son génie et ses heureuses qualités sociales qu'il faut peindre en quelques traits prononcés avec force et vérité.

En nous conformant à la mesure du • temps qui nous est donné ici, entreprenons rapidement de tableau.

Nous en avons déjà jeté ci-devant l'esquisse en trois mots. Bon père et bon époax^ administrateur public doué rPune transendante intelligence: tel était Louis-Florent Masson. Je ne crois pas qu'il faille autre chose pour constituer le vrai mérite ; et en terminant ici cet éloge^ lepersonnageque beaucoup de gens pleurentserait parfaite<ment caractérisé. Mais^ il faut nous développer, parce que nous pressentons que Ton serait fâché de voir qu'on cessât sitôt de parler de celui que noufe regrettons.

Récapitulons donc.

Bon père et tendre époux. Dans un siècle oti la frivolité s'était étendue aussi loin^ ils étaient presque voués au ridicule^ les époux qui, renfermés dans le sein de leurs familles, se bornaient à faire les délices Tun de l'autre et à surveiller l'éducation physique et morale de leurs enfants.

Il fallait une sorte de force d'âme pour braver ks sifflets de la multitude corrompue, et pour résister au tourbillon. Nous savons tous^ Messieurs, que cette force ne manqua pas à M. Masson^ et que si dans cette ville

quelqu'un poavait être cité pour modèle des épout et du père c'était bien à lui que l'on ne pouvait disputer cette palme.

Défenseur habile de topinion et- du pauvre. Plusieurs de nous l'ont yu,Messieurs^et ils ont été à portée de suivre sa conduite au barreau et dans Tintérieur de son cabinet. Vous ne l'avez jamais vu dans ce dernier lieu que donner d es avis conciliatoires et des excitations pacifiques aux clients disposés à engager des discussions devantles juges. Contraire à tant d'autres, que la cupidité excite à déterminer le plaideur encore indécis, il prévenait le plus grand' nombre de procès qu'il était nécessaire d'entamer. Avec une sagacité et un coup d'œil merveilleux pour saisir le bien vu d'une aJSaire^ enjoignant à ses profondes connaissances une aménité qui lui était toute naturelle» il avait l'art de renvoyer tout le monde content de ses avis. Vous l'avez vu encore, Messieurs, lorsque la nécessité l'obligeait à aller défendre dans le tribunal les droits de quelque particulier^ avec quel sang-froid, quelle touchante simplicité^ quelle sagesse et quelle profondeur enrméme temps, il administrait cette défense. Jamais le sarcasme et les sorties vives contre les adversaires de ses clients ne furent par Igi employés. C'était réloquence persuasive de Cicéron^ réilhie avec la modération exemplaire d'Ulysse.

Administrateur doué d'une transcendante intelli^ gence. Ah, Messieurs I c'est ici qu'il fout placer les regrets.Enâammé de l'idée de parvenir, à force de travaux^ de démonstrations et de msonnements, à relever notre ville des pertes sans dédommagement qu'elle a resubies, il sacri&Â à ces travaux tout son repos et la totalité de ses moments. On affirme qu'il y avait tout à présumer que tout ce qu'il avait fait ne nous aurait pas été infructueux. Cette présomption pour un succès que seul il eût fait obtenir à ses concitoyens^ avait redoublé son zèle. La conservation de sa santé ne tint pas et ne put pas être mise en parallèle contre la considération du bien

de ses frères. L'opinion commune est que ce fut dans ces veilles continues passées à l'occasion du travail relatif à l'obtention d'un établissement de District^ ou du Tribonal à Roye^ qu'il puisa les principes de sa mort... Les sentiments ne se commandent pas^ Messieurs^ quand ils ont pour mobiles des considérations telles que celles que nous venons de rappeler. Quelle différence entre cette vie et celle de ces prétendus héros qui périssent sur le champ de bataille... Ils meurent en cherchant eux-mêmes à répandre le sang et à exercer le carnage. Celui qui expire, exténué p^ir un travail laborieux^ tendant^ par des voies doucesj légitimes et à procurer un avantage réel à la Tribu dont il est membre, est bien au-dessus du sanguinaire et féroce conquérant. Vanter des cruautés est l'horrible tache qu'a à remplir le panégyriste de celuici; tandis que moi^ plus heureux^ j'ai à dire avec vous. Messieurs, en parlant de feu M. Masson, notre compatriote : // e^^ mort pour nous sur le véritable champ de Vhonneur,

Babiuf.

• \ Aux premiers temps de la révolution, alors que Babeuf

€ passait ^u camp royal dans le camp républicain » un « •grot/libelle imprimé » avait été dirigé contre luij par un € aristocrate >. On lui reprochait d*étre « devenu le champion le plus animé contre tout ce qui reste du système féodal », après avoir employé les premières années de sa jeunesse à l'état de feudisteet d'agent seigneurial. Peut être ce reproche était il justifié par l'attitude, toute nouvelle, de l'ancien feudiste. Dans tous les cas^ Babeuf qui maniait habilement la controverse, répondit à ce libelle, par un mémoire dans lequel il exposait les motifs de sa conversion politique. Tant qu'il Avait été jeune, disait-il, il ne raisonnait pas ; -lès lors, il avait cru «que tout ce qui était,devaitétre». Ucroyait < absolument nécessaire qu'il y eût des persécuteurs et des persécutés »; il porta donc « un grand respect à sa mère :

la féodalité» ; mais dès qu'il devint un peu plus homme, dèsq^ae< le soleil de la révolution > vint luire et Téclairer^ il regarda..., et il aperçut que^ sa mère était < Thydre aux cent têtes ». Babeuf se dit alors : « Oûi^ il faut la comtyattre, dussé-je être nommé vipère (i) par ses méprisables partisans : au moins les gens honnêtes s'empresseront de proclamer que je suis une vipère bienfaisante. ^

Et il ajoutait :

a C'a toujours été mon lotj en commençant \ vivre, d'être nourri chez les Maîtres, et c'a toujours été mon lot de leur faire la guerre en grandissant. Je suis né enfant de la Ferme générale, et Ton se souvient que je la maltraitai un peu ; que je mis à découvert toutes ses pltis honteuses turpimdes ; que j'indignai contre elle deux ou trois provinces ; que j'en devins plus animé lors qu'elle me fit embastiller deux mois à la Conciergerie; que je lui donnai le coup de mort en fournissant le projet de paten^ tes qui fut adopté. »

Dès ce jour la guerre est ouverte entre lui et les anciens seigneurs ; et c'est dans le seul but de les mieux combattre qu'il demande par ce mémoire^ à tous les campagnards, ses frères, c des notions sur les titifts ou sur les moyens d'institution des charges et servitudes dans les ci-devant seigneuries particulières du pays. »

La question des fiefs^ seigneuries, cens, et champarts de la commune de Méry, celle, plus grave en ses conséquences, connue sous le nom d'Affaires de la cùfnmune de Davenescourt, enfin les séditions des faubourgs de Roye, absorbèrent ensuite tous ses instants, pendant l'année 1791. C'est alors qu'il écrit de Saleuz, le 18 août,

, (ij Mémoire pour Pieri^p Toumier, prêtre, en réponse ou Plaidoyer iostificatif des accusés dans la fameuse affaire de ûavenécourt. terminé l'élargissement par des prisonniers et la décharge de toutes les accusations.

L'auteur du mémoire l'appelle, en effet, ■ vipère qui déchire le sein de sa mère. >

Le i5 octobre 1796, Babeuf disait que ce pamphlet ordurier contenait contre lui • toutes les injures de la langue. >

à un personnage saisis doute, po^r réclamer spn appui. 11 le supplie de ne point perdre de temps, et dç s'intéresser pour luij partout où il le jugerai nécess^iirp; il aime ^ croire^ dit^il, que dans unç quinzaine il aura des nouvelles flatteuses du fruit de ses démarches. Il est je peosç, — a)oute-t-ilj— « inutile de vous détailler combienj'en ai l>e- «c soin; il yiffit de vous dire qu'il m'est impossible de tt passer encore plus d'un mois, attendu que je n'y gagne « plus rien du tout. »

[ Cet avçu est bon ^ retenir ; la politiquç ayait ruiné Babeuf.

On trouvérs^ sur ces diverses circonstances politiques de la vie de Babeuf, à Rpy^j d'amples détails, très précis, dans les excellents ouvrages consacrés par M.Coêt à l'histoire de cette ville. Nous ne pouvons qu'y renvoyer le lecteur, notre but étant surtout, dans, ce livre, de nous arrêter de préférence aux points ignorés ou controversés de son existence. Comme conséquence, nous allons résumer *aussi très brièvement, sa carrière administrative, pendant l'année 1792, qui clôt son séjour en Picardie.

En septembre 179^, Babeuf fut élu administrateur et archiviste du département de la Somme, et quitta Roye pour Amiens, oti, sous le nom de Qwîille, il résidait au pied de Babœuf.

Dans ce poste important il découvrit une famine fiictice organisée, dans tout le département et déjoua un complot tendant à livrer Péronne aux puissances alliées qui envahissaient le territoire français.

Mais, là, se trouvah un tout puissant rival, le représentant du peuple André Dumont, qu'il avait déjà rencontré, petit clerc comme lui, chez un feudiste de Roye ; la lutte entre ces deux hommes s'accentua, et Babeuf fut destitué, à cause, dit un biographe « de la violence désordonnée de sa conduite. »

De son côté Babeuf assure que son dévppement « à la

classe sans-calotte, sa haine de l'aristocratie »^ y avaient £iit mettre, sa tête « à prix^par cette dernière. »

Pendant qu'il remplissait les fonctions d'administrateur du département de la Somme, Camille Babeuf adressa aux acteurs du théâtre d'Amiens^ une lettre dans laquelle il leur faisait des reproches qui semblent mieux convenir aux auteurs des pièces jouées : Les Héros Français et f Auberge pleine. Il leur disait^ en effet (i) :

« Au nom de nos n^œurs nouvelles^ au nqm de la nouvelle éducation qui convient.au peuple d'une République naissante^ je vous suscite un procès dont je prends pour juges tous les citoyens spectateurs renfermés dans cette enceinte »•

Le même mois Babeuf fut nommé administrateur du District de Montdidier. Là il s'occupait activement de faire vendre les biens de la Nation et du Clergé, et tout semblait aller au gré de ses désirs^ lorsqu'un événement, resté mystérieux, brisa tout à coup sa position. Le président du District était de Longcamp^ ex-procureur du Roi ; aristocrate de naissance, il avait, dit-on, juré la perte de Babeuf, bien que celui-ci, assure-t-ôn, l'eut sauvé des fureurs populaires. Enfin un pur l'occasion se présenta d'agir : de Longcamp accusa Babeuf d'avoir substitué un nom à un autre d$ins un acte de vente d'un bien national. Celui-ci alla se justifier à Amiens; mais là, on l'arrêta sous l'inculpation de faux^ et on commençait à instruire son procès^ lorsqu'il parvînt à échapper des mains de ses surveillants.

Le procès n'en continu» pas moins son cours ; des témoins furent entendus, et le 23 août 1793, Babeuf, fugitif^ était condamné, par contumace, à vingt années de fers.

Nous allons le retrouver à Paris.

(1) Affiches de Picardie ^ n« du 3 novembre 1792 (n« 14)

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■'.et

179! à WÊOrâ 1795 [ans II, UI^ /¥.) -^ BHkÊf^fst fmglojri

i§Mowi^i4i^^ ^A% ¥ftr$ àSxhfamI4.a/réckalj — // ^^tjre-, ItfeM H acg^ué di^itivetfunU — Sa ffrr^spçnA^nçe e^vjse sa fem^f et Sfinfih ÉmU, — Son <Uf4Brff çtvant et depuU le §' Thermidor.'^ Il fonde de Jou^aKcffii Liberté de ta Presse, qui deviendra te Tribùq du Pjèuple! — // combat tes Reèes^' pîerrùies et te Dhrééiù^i'é. — // est âfffU plusieurs féit', puis ewpoyé dans la prism ctApYtsl

ij ■;■■ ' ' 'j" \ !■■, ■.'/ ■» ^

Qttoi^e téftxgvé à F^is {iéftitt 179^») Babeuf nfétiatt pas à l'aÂirides pcntirsultes dtrigéei cond*e lui, c^ais il fai-^' goeSt de le» ighoter, ouTes igûoraif eâ réntité.

Nous IcToyoris; dans todè I^ cas, tenteir ttn effort ra« pr6me pottr sortir dé la situation Dàalfeé^reuse dans Ia({uélle il se trontait. * •

11 écrit «lèr^â ^ feiMfe tfette;totCi*e toùchaAte^ praïqUe désetipdrée, MiM jfèitad et enisovrageaase eDooro^màlfr^ tout:

Mcm^t^^uv toi «ot poshuigé, na' chèl-e femoM»* .paffla raison que le Ministre a voulu envoyer le premie.f j|q|4** niolre;que plwi asopiésebt^ .am dépaistteinttoty afia qpHly d0im€! ses^obscrsuioiMjd^avi préstajoiivm^stcwà, (V^%' vqqA» pciitdtrtc 9ttsoifBr SflUoiBj darmàslèntÈr^we^la 4^ir^ sion pourra être longue à attendre.

Il ne fautf lus nous le dissimuler^ ma chère amie, trop de moiidè, ditfrs cTô malhéuTfeut pays, ^i jnté htôtt^ petit, Je dois â rêxîstence dé tàes cinfaîlty^ ^ TobUgatiôit qui

m*e8t imposée de les élever^de céder à la persécution, saas rçlâche^ quej'essuie depuis si loDgtetns ; si mon innocence éclate, si je sauve mon honneur do labyrinthe de Colommier dans lequel ou l'a jetté^ je' crois qu'il sera de la prudence de ne pas montrer .une plus longue opiniâtreté au* près de mes ennemis. Ainsi,, si la suspension est lerée^ cela ne m*em(>échera~pas -dé donner. jp:ia démissioii. Je ferai' rire beaucoup de méchants, filais n'importé. Ah I les

yiei|pcnf voir leur ouvrage ?, Mes enfants qui' pleurent parce qu'ils ijîont pas ^cjpyn l 'Ma chère i^naie, tâche pourtant de les empêcher de mourir^encore pendant quàques jours. Le citoyen Fournier (i) m'a procuré un petit travail; je dois recevoir quelque argent demain, et je vous l'enverrai. J'attends aussi l'issue de l'afTaire du citoyen Fournier. C'est qapi qui ^ flôrigé ^ pétition, je l'ai Iqe à labarjfe,ily.a euhiçT dimanche huit Î9ur$j> EJle a été renvoyée au Comité milit^ife pour en faire Mfi prompt rapport. Ce cappo^rt dçit ^trc fa^ jjepaain pu apr^ d^ain- Ah 1 si cettç affaire. pouvait réussir, une belle place m'est assurée et mes enfants respireraient encore une fpis«

Bpibrassedes.bien .toua; leur.malhçiii^ux père aspire bien de pouvoir les • dédomo^ager et . toi fl^jif i des peines qu'il vous fait souffrir. C. Babruf. (2)

Il ne )-èstiiit^ en effet, qu'un parti, à prendre : quitter pour toujours, là. .Picardie, déaormAJs inhospitalière à Babeuf. ' "^ ^v... c ' .:. . .:..

Xa misère était alors eitvêm^ jdaate^oa ûitéfieur;. ses ciiéa'nciehéta)entimpitdyâ|)lesVAÙl.seconrsii*4taitespécé. Le 6 mars i7Q3,'laifemflbe.deBabeuf,^boat:d'eaqi61ieilts^

(i) Fournier, r Américain, pour lequel il fit plu^ieurs^écrits. (2) Ctimille. Prénom adopté, depuis 1789, comme nous Tavohs dit, ar François*Noei Babeuf.

épuisée, signa» 1a oïort datis Pâme, un acte par lequel elle déclarait que pour éviter les frais de poursuites que se proposaient de faire les- difierents créanciers de son mari (café^ aubergiéte^. 49 livres ^5 sols^ pour nourriture^ Clavieu, traiteur pour nourriture, 36 livres 4 sols. Danger, boulanger 3o livres^ pour pain livré), elle leur abandonnait partie de son mobilier, savoir : un bois de lit avec paillasse^ deux mauvais matelas^ dont un garni de bourre et l'autre de mauvaise laine,, une table^ un petit secrétaire de bois peint, 4 tiroirs, six chaises foncées>de paille, une courte-pointe' d'indienne violette, doublée d'une toile gnae.

C'était tout ce que la malheureuse femme possédait ; etses créanciers l'acceptèrent^ mais avec cette réserve, faite à son profit, que sous deux mois, elle pourrait retirer les susdits objets^ en payant les créances.

Dans l'intervalle de ces deux mois, Babeuf parvint à trouver un emploi; il fpt nomm4 secrétaire de Tadministration des subsistances de Paris, par la protection de Duchossalet de Thibaûdeau; et il aurait goûté, cette fois, />^ un repçs bien mérité, s'il avait eu'seulement l'esprit de prudence que commandaient les circonstances ; mais sa nature indomptable le poussait invinciblement à la lutte et il reparût sur là scène politique, plus audacieux que jamais,Qabltant#à son grand désavantage, qu*à ses ennemis de la Somme qui le suivaient de l'œil, se joignaient les nouveaux ennemis qu'ilse faisait ch^ue jour, à Paris, par ses placards «t ses brochures.

Comme oq pouvait s'y attendre, les juges de Montdidier réclamèrent leur prisonsiier, et il fut arrêté, pour purger sa contumace. <

Voici en quels termes il donna avis de son arrestation à la citoyenne Babeuf,tsa femme, Porte St-Honoréy «• 37, d Paris, qui était dlée le rejoindre :

Je viens d'être arrêté et mis à la Chambre d'arrêt de la Mairie. CIc sont les aristocrates administrateurs de Mont-

(lOO)

didier qui font encore une. fois jouer contre moi leurs coupables manœuvres. Je vais être oondoit A Montdidior. Coosolez-vous, mes enfieints, je n'aurai ({as la peine de confondre mes ennemis. Apportez*moi ma houptlandej ma carte de citoyen» ec yoîlà tout. Je me recommaode à ï^miùi du citoyen. Garin. BÀBEm.

Ce 24 brumaire, l'an a de la Réjpujblique un^ et indivissible.

L'adresse portait ce mot : Pressée.

Pénil>Iement impressionné par les cQups succesfifs ^ih le frappaient, mais nullement anéanti, Babeuf ni; <l%lig(^. rien pour recouvrer la liberté ; il publia d'abord, pour 9^ justification, un mémoire qu'il adre^ ai;i^ Comités de Salut public, de Sûreté g^nfrale et de. l-égislption de la Convention nationale ainsi qu'au Ministre 4ç 1^ ^pstiçf, et dans lequel il faisait connaître les divers iqcident^ de sa carrière d*administrateur du département 4$- Ui Sc^qo^pe et du Distrjct'de Montdidier ; quelque temp; aup^ri^y^t il avait répandu un autre écrit oti il s^anacbajt à 4éi^pii-trer que Paris avait été sauvé par Tadmini^atiop des sphsistancéâ, dpnt il faisait partie. De sorte qu'à un moment donné, il passait, avec quelque raison, pour avoir cqns- * tamment dirigé ses actions vers les intérêts dupeoplç.

Il écrivit aussi à Anaza^ore ChaiAn;ie.ttQ :

zg brumaire. De 1§. chjimbre d'vffe de le Mairie,

Du fi^nd de ma prison, Trtèun, j'apprends que tu me ji^e digne de ton yitérêt... Il est infâme de m'aecuser... C'est le quatrième procès criminel qu'ils suscitent à mon sent patriotisme..^. Ume suffirait d'un seul iait pour te convaincre df mon mépris pour Tôt : ma place à k ooai* mission ministérielle des subsistances, me rapporte 4,000 livres; eh I bjpn, et j'ai c^andé à étreadmi^ià eieveer avec epppintementA de i,fpo livres, dans la comiaufie d'Emile, l'honorable fonç^ioia d'iAStitoteur demos^e/deos ce lieu sanctifié par Rousseau... Tu sais que j|e çonn^i^ le prophétie Sitvain; je ne lui ai point encore parlé ^e mqn

(lOl)

aventure la fraternité ; courage, dévouement jusqu'à la

mort à la^ause de l'égalité sainte. Babbuf.

Puisy il envoya un mémoire à Mennessier, le 2 frimaire en lui disant : « Je te confure de lire, non pas pour y voir seulement une affaire ordinaire de particulier^mais le pré* ds de rhistoire dês menées et des efforts secrets d'un dé- ^ partem'tat qui û*à jamais cessé de vouloir st détacher de l'unité de là République. 3^

Le S^pluviôse il écrit à son fils Emile :

8 pluviôse (an II).

La grande joie du papa d'Emile.

De voir que là bougre de vérole (i) fout le camp plus yfht qu'die n'est v(nue,et qu^elle laisse tranquille mon enfont. Ses bons avis au petit rechapé pourquoi ne fasse pas r^ealc la bougresse en s^étouffant de manger^ et pour qu'il ne foute pas tant ses doigts dans les sacrés boutons, pour se faire venir plus laid qu'un cul plein de merde.

Ah 1 foutre^ j'avais bien dit que la botlf^e^se de petite vérole n'avait plus que pour quelques jours à tetcoarmenter. Cette foutue maladie comptait bien t'emporter daàs la terre. Quel sacrée béte de figure tù aurais fait là. Mais nous avons bien attrapé cette sacrebieu de dégoûtante d'aristocrate. Nous lui avons résisté, nous lui avons fait téir que nous étions assez forts pour nous foutre d'elle^ tkcmt avons gobé le sureau et les autres drogues quil Allait^ et fat canaille a été obligée de sortir de notre corps, oti elle voulait nous étouffer. Ahj maudite coquinCj nous nous contre-foutons de toi, à présent. Tu crois ^ut être noM foire encore quelque chose en imaginant que nous aUonsr manger comme des gloutons, avant que tu sois tout à fait au diable, ou bien tu penses que nous allons nous gratter pour être plus laid qu'un jean foutre de cul. Tu en auras menti, bougre de méchante. Nous ferons tout ce

(i) Robert {EmUe) Babeuf venait d'avoir la petite vérole.

qu'il faudra pour ^ue tu oe nous joue aucun mauvais toufj et que le diable t'emporte à jamais, foutre !

• Babbuf.

Il lui écrit encore :

12 pluviôse (i)

Ne t'inquiètes pas, mon ami, nous tâcherons de faire en sorte que tu entres pour me voir dès que tes boutons ne seront plus en croûte. Ton papa. G. Babeuf.

i3 pluviôse.

Tu te portes bien. Vive la République. Baises bien tes petits frères pour moi. Babeuf.

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