‹ Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme d'après de nombreux documents inéditsChapitre 16 sur 59 · LES TERRORISTES AUX FURORISTES P' ARRAS · texte numérisé non relu

LES TERRORISTES AUX FURORISTES P' ARRAS

Réponse à l'écrit^ signé : Senlecq, et intitulé : Affaire du ig thermidor, ou relation exécte des vexations qu^on a fait éprouver aux patriotes d* Arras.

L'ariàtocratie, ou le' crime, et les historiographes, dénaturent les faits, afin d'égarer l'opinion. Si le patriotisme ou laverta n'avait pas les siens les débats entre les deux" antagonistes, ne se présenteraient que sous 4ine seule couleur. Vengeons 4a vérité !

C'est ainsi que débute Babeuf. Puis il convie les Démocrates ft veiller et à agir. Ce qui se passe ici^ dit-il, n'est « pas un indice de vos avantages. Vousavez fait essuyer un » échec à la Chouannerie, et 1^ voilà qui remplit le monde > de ses JérémiadeS et de ses plus coupables complaintes.

(i) De Vimprimerie de J.-B. GougeoHy 3 f ag. in-4. — Daté do Su Orner, ce 27 thermidor, -w Pièçe tort rare.

» Eh ! bien^ quand vos ennemis pleurent et sont abattus^ » c'est à vous de vous réjouir et de vous relever. >

Et il ajoute : € Les Furorlstes élégants du Pas-de-

> Calais ont dû s'apercevoir que le Sans-Culotte est tou-

» jours Sans-Culotte^ et qu'on ne lui fait pas aisément ) » oublier qu'il est le plus vertueux et le plus fort. Ils ont

> éprouvé que l'éclat de \eurs dorures, la magnificence de » leurs tressesy l'anipleur de leurs cravates, n'en ont que » médiocrement imposé, et que pour faire fuir à* cent lieues » dix mirliflors^ il suffit qu'un mal peigné montre sa >^rbe. >

Peuple- Roi ! s'écrie Babeuf^ tu ne cesseras jamais^d'étre toi-même !

Puis il paaie à la réfutation de la < burlesque rapsodie » signée Senlecq, pour avoir l'occasion, dit-il, de ranimer le courage de l'immense et indestructible légion du Peuple.

On avait donné à Babeuf, pour co-détenu^ le* fils du comte de Béthune; il en avait été question incidemment dans deux lettres de Germain. Dana l'écrit ci -dessus, « ce jeune adolescent », blondin^ imberbe^ à la mine aven^nte^ mais trompeuse ; est représenté omme cachant sous les grâces de la jeunesse^ toute « l'immoralité du vice à l'état de manio t^i et comme étant < le général des Jésuites et des Chouans du Pas-de-Calais. ». Sanà autres moyens ni talents qu'une « faculté puante, ou les maniàcfs eCTémi-

> nées des aaréablesde la Cour d'Antoinette, contrastant » avec une certaine audace chevaleresque à la Bayard, ce » jeune nobiliaire » avait cependant, depuis le triomphe éphémère du € parti doré >, rempli avec succès le rôle ^ qui lui était imposé, rôle d'autant plus facile, pour lui, , qu'il restait possesseur d'une fortune immense^ et qu'il était enclin^ par gQût, à en dépensier une partie en toutes sortes de débauches crapuleuses.

P'vU à Arras^il y. eut donc bientôt une Cour^ formée des fils de ceux' qu'on nommait le^ honnêtes gens, et on les ^ reconnaissait à leurs tresses^ à leur cravate verte,, à |eur

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fouettè'Coquins (i). A tous il âigtrîbuait^ à pfeine mainSj des assignats, qu'iU allaient échanger, xontre des plaisirs, dans ks c4fés, les carets, tt au spectacle.

Q.ui n'était pas de leur bord, était par eux fnsult^j vîli* pendéj ro^sé même au besoin.

Bien qu'affichant desprétentionsà une restauration mo^ narcbique,. et manifestant leur haine pourles sentiments démocratiques, iU tepaient le haut au pàvé^ tant 'était grande la terreur qu7ils étaiedt parveaus à inspirer.

C'étaient eux qUi^ dans les spectacles, dont ils avaient fait leurs clubs^ réclamaient avecle plus de £areur/Ie ctumt du Réveil du peuple, auquel le peuple opposait toujours le Ca ira et IsiMafseillaise (2).

Le ig thermidor an III, les aKstocrates dTA.rras, ayant demandé, suivant I4 coutume, 'en plein spectacle, léùr cher /{^ei/^les'patrlotes y répondirent par leurs chants habituela.

Ce fut là le signal d'une < explication entre les pTébéïens et les patriciens. >

Béthune, était là, en grand costume d^apparât, se pavanant à la tête de ses fidèles^ et recevant leurs applaudisse-»meiits ; d'autre part étaient les patriotes.

Ceux-là demandent « le cantique Se la victoire des pri^ yilèges'sur PégaUté»; ceux-ct < les chants s\iblimes qui » ont retenti partout oti les armes ^de la République ont » arboré Pétendard de la liberté. '>

Ons'aaixne de part et d'autre^ on se menace, et la «gent musquée ne tarde pas à apprendre ce quVn vaut » raune^ lorsque les bras d'un déculotté se déploient, i

La plupart des assistants s^enfùient, elErayés sur tes

{i] Gtx>«ae eanhe^ ou plutôt /bâton dom ils meiMçaieat leé^ |M»triotts. . j:

(dV LÀ Dirtctoûv, par ma arrêté dm iSmisôfic aa 1%, on|pntia à \pas Ui% ^^ta^Us de dtuintef las airs répubucains Ça irdr la> ^^T seuatsé, etc., et fit injonction de ne plus chanter • Tair Iioihiade

résultats probables de la lutte; pendant ce temps, les patno)tes^quj,.Qnt gagné dp. terrain, s'^oiparei^t^dè Béttmne, ' et de.son état-major. Faisaient partie , de cet é^at-major : Petit, imprimeur; X^rget^souf-lieutepaot au^3* ré^itqep); de chasseurs h cb^evfd; I < écrivassier Senle/;;q j^ ti 4\}tre^

La proYocajtion, dit Babeuf^ avait eu I^eu dansdçs cppr ditions telles^ que leS autorités coqstitufées ne. ppjent. se dispensçr d'envoyer Béthune et son état-o^ajor àj[a prispri des Bajadets; Béthune y resta* une demi-décade. Quf nt aux sqbalt^rnçs^ pris aveclui^ <iaqs cette sérénade^ oq les relâcha a'ussi aprè^ dëui^ ou, trois jçurs de pgrifon.

^nlecq. dans son écrît^ appelait les habitants. d^Aifas é^cpupe^jarreis, Babeuf lui répond : Le^coupe^j arrêts^ c'est vQus qui» lâchement, vous arme^ A^fpu^tie'^Qquins^ dont vou) rossez vos détracteur^, et qui, avec cette; arme, vous jetez au travers de la Révolution. Il les appelait aussi dés voleurs; et oplui réponda^^qu'il suffisait dé le voir^ pofiCj reconnaître en lui l'ièncolure dhin fàrjban. Il se fjlaîgtiait de la. mauvaise, compagnie qu'on rencbin trait aux Baudets;. M Bois, Babeuf et autres buveurs de sang^ de ce Bàbeu/^' surtout^ qui intitulait spn journal': Le Tribun du Peuple^ cgi qui était cpndamné à six an$,de récliifion ! Ici, lâcalptnnie éjtait évidente; aUssi Babeuf ne' s*y^arrét^-t-il pas; mais^ dans sa- réplique, il proteste énergiqùement contre la déclaration de Senlecq^qu'â l'ar^ rivée, de Béthune. et autrei dans la pfison^« I^i.et ses co-d^nus .crayoanèfent partout^ su^ les t^urs^ « la, guillotine, leur ancienne, armoirie » disait-il^ et déclare, à 8(yxtourj qu'aju contraire^ iU se.fit'ent tin devoirs de faire disparaître, en leur présence^ c'èt instrument destructeur des innocents que Ton fit périr. >

Ajoutons, iqpé lé manuscrit de Babeuf^ renfermé ici uq Das^e i>âtonné, par lui; qui^ dè$ lors^ n'a été connu dé personne.

Voici ce~ passage":

«lia* vérité^ est-que It^giâtotitie'ftf^ cnryonntée ^n? la

prison peu, de temps après Varrivée de ces ^$essîeurs» mai% ce fut par un' nommé Vidier, fdsiUièr de là 38* deihî-brîgade^ mauvais sufet^ chassé' de ce corps/ quelques jours après, comihl iriàiscip^né. Ce Vîd^er fut constamment un des habitués de la table et des oirgîes de Béthune et compagnie pendant leur détention aA:ix Baudets. Nous ne crûmes pas nous tromper en pensant ^ue Tidée de crayon* ner la guillotine lui avait été suggérée pa^ les nouveaux venus dans le dessein de nqus imputer cette gentillesse. »

Babeuf s'éga'ye^ toutefois^ sur leur peu dé vaillance à l'entrée des prisons. « A leur air contrits^ défaits, décoh- » fits, on eut dit les qyatre fifs Aymon^ qui venaienl; à » rimprovîste d*étre désarçonnés de leur pqntiire. » Béthune minaudait en tfemblottârit^ « Target resseitiblait à un soldat de la Yierge Marie, et Senlecq, l'intrépide Seiilecq, cherchant à dissimuler s'a crânerie^ se cachait der* rière les autres. » Et iV affirme * qu'ils ne commencèrent à respirer, ^ue quand lui et $esco-détenus, < prenant pitié» d'eux, leur prouvèrent qu'ils n'étaient pas € si diables > et « si noirs » qu'on le croyait, çc à quoi Ceux-ci, à leur tour, répondirent en les accablant < de civilités à la mode des gens qui ont dû savoir-^vivre. »

Malgré le danger de la situation, la gaieté leur rçTÎat, car ils ne supposaient pas qu'on pût les retenir bien long* temps. La bombance les consola de leur catastrophe et des goguenardises qui les. avaient accueillis; et ils se mirent à rire, à chanter, à boire, jusqu'à se soûler, surtout lorsque l'arrivée d'un acolyte nommé Amelin, officier ae tirailleurs, < être nul^ mais doué au physique d Vn tempérament dévorant, eût élev^ la dépense quotidienne à mille livres par ^our. >

On fit alors ime complainte (i)que nous regrettons de n'avoir pas retrouvé, dans' laquelle on rappelait, paraît-il, que pendant la scène du théâtre, alors qu'on d^^ressait et

(Ô Babeuf eemble attribuer cetliè complainte à V «écrîvassier » Senlecq.

décraratait les muscadins, le peofde sMtait permis de dire que sous le régime précédent dr Lebon, on avait du pain, et qu'aujourd'hui » on manquait de tout., .

Comme on le pense bien, Babeuf et ses co-détenus, qui savaient tout ce qui se faisait en ville, s'empressèrent de répondre à cette complainte^ par des veraiquejnous reproduisons ci-dessous :

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