DEUXIÈME LETTRE A L'ARMÉE INFERNALE
KT AUX PATRIOTES d'aRRAS.
Il ne nous feste que deux ahematiTes, etc N* XI de. Robespierre. ,
• • i8 fructidor.
Vous me demandez^ Patriotes, d^apoès ma première lettre, que je veuille vous préciser davantage les caractères
^ftffireux de Gt moaoment.de tyraoni^ ^'on oou^ offre eous le titre impudemmeat meosoDgerde : Constituitan républicaine.
J'userai pleinement du droit qui nb|ise$t encore laissé de l'examiner et d'en dire tout ce que nous peas oas, a^ent que le aceau national ne lui ait imposé la^ maïque auguste qui sqnle pourrait commander ht respect. Mais à voos qui connaisses assez votre indépendance, pour oser ctouter de Pexcellence de cetweuTre né sous les auspices de Toppression^ de la famine et de la ruine publique, il suffira que je cite quelques endroits pour que vous et tous les hommes libr^es comme vous de le faire^ rejettiezavec dédain et indignation.
Citoyens^ d'après cette Constitution, vous n'avez point le marc d'argent comme dans celle de 1793 ; mais vous %vez mieux, vous avez le marc d*or, et les grands seigneurs seuls pourront être élus au Corps législatif. C'est cependant pour l'Egalité que vous avez fait le dix août, et que vous avez com1>attu depuis six années.
lyaprèscette Constitution, tous ceux qui nont point de propriétés territoriales^ et tous ceux qui ne savent point écrire, c'est-à-dire la plus grande partie des. Français, n'auron^méme plus le droit de voter dans les assemblées publiques. Les riches et les geris d'esprit seront seuls la nation. On ne nous enlève cependfeint pas ce droit'^ immédiatement, à nous tons qui avons combattu pour l'anéantissement de l'esclavage. Mais on vent que chacun de nous, en mourant, dise à ses fils : Mes enfaitts^ j'ai exposé cent £Dis ma vie pour le triomphe de l'Egalité et de la Liberté^ mais je n'ai travaillé que pour moi. Pour prix .des périls q*uej*'ai bravés, j'ai pu être citoyen de l'Etat; je meurs, je n'ai pu vous laisser de propriétés ni d'instruction; f e ne peux son plus vous laisser de droits civils ; vous n'êtes plus rien; voos êtes des esclaves ; vous rentrez sous k dépendance des riches et des gens instruits. Nous avons détniit la noblesse et tes -privilèges pour nous, mais nous avons voulu qu'ils fcùent recréés po|ur voua.
(HJg)
D'après cette Conajdtution, cttoyeag, on ^eut pliopager^ le 0US possible, cette igoorance qu'on condamne au sou- ▼erain mépris. On ne atoas accorde plus pour vos enfants d'instituteurs salariés par la. Nation: tous ceux qiii n'atiront pas les acuités de payer des maîtres, n'apprendront, ne sauront rien.
D'après cette Constitution, vous n'avez pas un Roij vous len ayez cinq^ dont un change seulement tous les cinq ans. On notnme ce Quîntemvirat le pouvoir exécutif. Ce n'est pas le Peuple qui le. nommtf, c'est le corps l^islatif. Chacun de ces Quintemvirs sera alternativement dicta^.A teur pendant trois mois. Il aura l^administration suprême de toute la République, l'invention de toutes les loiz, la direction de la force armée. Chaque Roi aura un costume tel quil n'en fut jamais, des gardes à -sa suite^ un palais national et un traitement splendide. (Ce sont les termes mêmes de l'acte constitutionnel). O sainte Egalité de 1793, où sont tes vestiges I •
D'après cette Constitution, au lieu d'administrajteursj vous avez aussi cinq Intendants dans chaque département.
D'après cette Constitution, votre Sénat actuel est bientôt inamovible; vos Législateurs précédents restept ; ils perpétuent presque indéfiniment leurs pouvoirs, puisque il n'en sort qu'un tiers tous les deux ans et que ce tiers est rééligible ; personne n'ignore ce que vaut la longue permanence des premiers dépositaires de l'autorité*
D'après cette Constitution, vous avez deux Chambres, la Chambre haute et h Chambre basse, la Chambre des Pair^ et la Chambrie des Communes. Ce n'est plus le Peu- i pie qui sanctionne lei loix ; c'est la Chaiùbre haute qui a le veto. Autant valait le laisser à la Chambre de Louis XVI. ' •
y oiU^ Ré^blicaîns, quelques unes deatâches affreuses, des noirceurs populicides de ce projet qu^'on vous ol^e sous le fîom de Conatrtutien libre. Si l'en voulait an oslever toutes les monstmosiiés, il faudrait un autre ïraviil
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que celoî-ci ;• mais ne tous en ai-)e pas fait saitir cent fois trop, pour que, ennemie oomme vous l'êtes de fbute forme du despotisme^ vous ne fassiez à cet édifice de ty- K rannie que l'honneur de le fouler au pieds ? Babeuf.
Le 23*fructidor, au matin^ Germain, dans une longue lettre à Babeuf^ lui fait part de ^es craintes à propos de l'écrit dont les Vendéens d'Arras Taccusent d'être Tauteur. Il lui faudra de longs efforts, désormais, pour lever ce terrible écrou I Et il espèce qu'on sera moins rigoureux pour Babeuf, bien qu'il sache qu'il est heripétiquement serré. Il possède quelques secrets de Cerbère^ et il a réussi plusieurs. fois à calmer ses tristes aboiements ; malheusèment le fouet du Rhadamante, l'entretient dans un permanent réveil. Si, comme les chiens de ce monde, le Cerbère n'avait qu'une tête^ on pourrait occuper ses regards, ou il n*a pas besoin de voir. Mais il en a plusieurs, et qui pis est^ VLOf tête femelle, comme on n'en vit jamais, aux yeux hagards et perçantsl... Malgré tout, Germain ne se décourage point, et il afiermit Babeuf dans ses idées d'émancipation. La loi est tellement inébranlable que la fatalité des circonstances^ le dépit d*un revers, ne feraient que centupler son courage. Vas^ mon Tri6un, lui dit-il, sois sûr que le désir de la vengeance n^st pas un léger stimulant : il trempe Tflme d'une force invincible qu'elle ne puiserait qu'à demi dans un autre passiop. Nous ayons une grande épuration à &ire, une tâche immense à rem« plit". Périsse celui qui de par l'usurpation ancienne ou ré- ^ cente, ne veut pas être le frère de ses frères I Périsse la race de ceux qui ne peuvent se déshabituer de primer et de posséder de par leur naissance I Périssent, enfin, tous ceux qui tenteraient de s'opposer au bonheur commun I
Arrivé à ce point, il était bien difficile que cette correspbndanoe n'enflammât par les courages, et ne poussât pas les détenus à passer de la théorie à l'action ; mais tout à coup un événement imprévu leé surprit. L'ordre fut donné de les diriger sur Paris.
Et Germain n'eût plut qu*à dire, en post-scriptum^ A son cher Tribun : « J'étais en train de t'écrire, quand » notre concierge est venu m'annoncerque nous partions » demain pour Paris, et que ta étais du voyage, Nous B nous verrons en route^ et nous jaserons. »
Le lendenuin^ en efiTet^M fructidor an IV—- i2 septembre 1795)^ Charles Germain et Gracchus Babeuf quittaient la prison d'Arras.
Le 4 brumaire suivant/ramciistie générale prononcée par la Convention Nationale à la fin de sa session^ tendit pour quelque tempsencore tout ce monde à la liberté.
Qu'il nous soit permis d'ajouter ici^ en forme de coq« dttsion, que si Fempressement mis par la mi^nicipaUjcé d'Arras à ado)>ter les idées nouvelles fit dire de cette ville qu'elle avait < bien mérité de la patrie »^ cette même municipalité, renouvelée il est vrai^ eût le courage ensuite de protester énergiquement, au nom de l'opinion publique indignée, contre les excès saifgiiinaires de Joseph Lebon et de réclamer. Pcppui des honnêtes gens de tous les partis^ en faveur d'une po|Kllation décimée au nom du Salut Public^ avec uae férocité presque sans exemple dans TbiStoire moderne.
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