QUI AVAIENT ÉTÉ ARRÊTES CHEZ LUI T FUSSENT ALLÉS POUR
coNspiRBRj car^ dit-il^ sa maison est ouverte a tout le MONDE ; il y a une femme, des enfants, des locataires» etc.
Real prie les Jurés de prendre note de cette déclaration^ car elle est très intéressante pour le flagrant délit. .
Magniez dît n'avoir rien a ajouter à son précédent débat sur Grisel et sa moralité.
Ballyer, père, défend, avec bonheur et éloquence, les accusés Didier, Massart, Lamberté, Boudin, Germain et autres.
Cette séance avait dû^laisser quelque espoir aux accusés - on s'était, en effet, montré moins sévère pour eux ; il seotblait y avoir une certaine détente dans l'esprit, si rigide, des accusateurs nationaux}; mats bientôt on verra que cet espoir n'était qu'un leurre.
Ballyer, fils , prit, à la 6i^ séance, la défense de Moroy, avec une telle sensibilité qu'il arracha des larmes aux Jurés et à l'auditoire. Moroy, fort ému, l'en remercia, en lui disant que quelque soit le sort qui l'attendait, il s'ho« norait d'avoir eu les prémices de ses vertus et de ses talents.
Jaume, défendant Ricord, blâme la perfidie du Gouvernement et les moyens qu*il a mis en œuvre pour irriter les patriotes et les porter à des démarches criminelles.
Morard parle pour Drouin, Philips, Lamberté et Thierry ; mais en peu de mots, caries accusateurs nationaux ont déclaré abandonner toute poursuite à leur égard.
Ballyer, fils, défend en termes éloquents les citoyennes Monnard et Martin, Breton et sa femme^ et Crespin.
Bttbeflf rtpttratt^ -^ et ce sera pour k dernière fois^ ^ à la 6a* séance (a8 floréal).
H fépbnd aux diVeraea objections ftites, depuis sa défttisé; put les iKtusatèurs nationaux.
Il récapitule sa défense et finit par une péroraison, ôiftk et vi^reuèé^ qu'il prondnce avec beaucoup de sensibilité.
Làfletitry défisiid Potofeux et les Duplan. Il dit que leur iriscription sur leé listes de la prétendue conspiration ne peut être iiiipufée à criiûe^ et qu'il croirait bire injure aux Jùi^s s'il s'étetidflit davantage à cet égard.
Il parle ensuite pour Buonarroti, et fait Téloge des vertus ci^^ues et privées et des talents de cet accusé.
Puis il affirme, avec feu et éloquence^ la moralité de là conspiration ; et feisant appel à la sensibilité des Jutés^ Il compare la éituation des accusés à celle d'une mère.
« Sij leur dit-il^ une mère tendre, se trouvant dans un désfcft avec le gà^é de ses plds tendres affections, âgé de sii txioi^^ son iéin desséché et se refusant à toute nourri* ture, privée de toutes ressources^ donnait la mort ft cet énfiint pouf lui éviter les souffirances d'une longue agonie, et qu'elle fut traduite devant vous^ la condamneriesvous?.... Non, non, citoyens Jurés !.... Vous êtes la Divinité qui juge l'ftme dans ses derniers moments. Vous jugez pour venger l'humanité et l'humanité n'a point d'échafâudl!.... Ces hommes ardents qui sont traînés depuis ti^is mois devant vous^ face à fece, descendront-ils de ces gradins pour voler dans lés bras de leurs épouses on dans ceux dé leurs bourreaux ?.... Tout médît que vous les acquitterez !.... Ce n'est pas ce que je viens de vous diie qui me rassure, mais les larmes que je vous ai vu répandre plusieurs fois dans les débats. »
Ces beUes paroles n'étaient qu'une généreuse illusion : l'échafiiud attendait ses victimes !
Les 63«, 64* et j55* séances (29-30 floréal et i** prai* rial), faiféût ^ififplièfs érttièreftiènt par la dtfense généiaie des attiisAj pitoifdficSè pHr RéaL
AprSd avGif. démontré qaete Goavernement, par toutes sortes de provocations^ avait exaspéré les prétendus cons* pirateurs^ il traça le tableau saisissant des affreux massacres commis depuis Thermidor sur les Républicains. Puis il signala à la conscience des Jurés les immenses divagations du dénonciateur Grisely flétrit sa moralité et celle de plusieurs témoins a gages^ compara vendémiaire à floréal, et les conspirateurs royaux à ceux de fioréal^en montrant, sans ctsaCj la main toujours agissante des chefs restés au pouvoir.
Ce superbe plaidoyer^ très bien ordonné, fit verser des larmes, quand dans sa péroraison, Real, s'adressant aux Jurés, s'écria, le cœur gonflé par le désespoir :
€ Jetez un moment les yeux surtout sur les mères, sur ces épouses I... Jetez les yeux surtout sur cet enfiintde Babeuf, sur ce jeune enfant qui a tracé de sa main la mort 4e son pèfe. Croy«2&-vous qu'il se pardonnerait dans un âge plus «vancécet innocent assassinat !!... Le dernier pardon d un père le poursuivrait jusqu'au tombeau Mi.... Tout me dit que vous fermerez les plaies de la Patrie, en déclarant qu'il n'y a pas de conspiration. »
Real aussi s'illusionnait; la justice, en tout temps^est implacable : elle ne pardonne pas 1
Dans la 66* séance (3 prairial) lé Président de la Haute- Cour lut son résumé, calqué, d*un bout à l'autre, sur celui des accusateurs nationaux ; plusieurs accusés tentèrent, mais en vain, de présenter des observations : on ne les écouta pas.
11 fit savoir ensuite aux Jurés qu'il leur serait posé trois séries de questions se rapportant à trois catégories d'accusés.
Voici le texte de la première question de chaque série :
I. — A-t-il existé, en germinal et floréal de l'an IV, une conspiration tendant au renversement du Gouvernement, en armant les citoyens les uns contre les autres ?
'*if
II. — A-t-il existé une conspiration contre Tautorité légitime ? etc.
III. — A*t*il existé une conspiration tendante à opérer la dissolution des deux Conseils, du Directoire exécutif ? etc.
Les deux autres questions de chaque série étaient uniformes :
i^ Tel accusé y a-t-il pris part ?
2^ L'a«t-il fait avec l'intention d*en faciliter l'exécution ^
Reypalade, Juré, fît remarquer qu'on devrait poser les questions sur la loi du 27 germinal, puisque cette loi a été votée exprès pour l'affaire présente^ et que les actes d'accusation s'y réfèrent^ mais Vieillart. dans un long discours^ adjura le tribunal de s'appuyer non sur cette loi, mais sur celle du 3 brumaire. Il soutint que lorsqu'un Juré sera convaincu qu'un accusé est atteint par un seul des che£i d'accusation^ il devra déclarer que le fait est constant sur les trois chefs réunis, chacun d'eux emportant peine capitale.
On voit ce qu'étaient^ en ces temps-là, les sévérités de la justice.
A la séance suivante Real, défenseur, plaide avec beaucoup d'éloquence, contre la position des questions. 11 soutient qu'elles devaient être posées sur la loi du 27 germinal, comme l'avait demandé le Juré Reypalade, et que les mots méchamment et à dessein^ termes voulus par la loi, devaient être ajoutés à celui : intentionnelle,
Vieillart, par un long discours, combat Real, persiste dans ses conclusions de la veille et rejette les mots dont on réclamait l'adjonction. S'étant égaré, à plusieurs reprises, sur le fond même de l'affaire, il fut, maintes fois, interrompu par les murmures des accusés.
fiailly appuie son collègue Vieillart ; mais il est, à son tour, interrompu....
Les débats qui suivirent n'offrent qu'un médiocre intérêt, si on les compare à ceux des premiers jours.
La défense était épuisée.
Quant à l'accusation^ elle peut se résumer dans cette virulente apostrophe lancée par Bailly, l'un des accusateurs nationaux :
« Il s'agit d'un crime dont le but était d'ébranler presque dans ses fondements la société française, et dont les résultats devaient être d'ensevelir la République sous des monceaux de cadavres^ dans des flots de sang et de larmes. L*atrocité du plan, la scélératesse des. moyens^ et l'impossibilité d'un long succès ont fait douter de l'existence d'un complot aussi désastreux ; mais une affreuse lumière a jailli de toutes parts. C'est en vain que les coupables ont manœuvré au nom de la liberté et du salut public ; ils n'en imposeront à personne... Catilina aussi se disait l'ami^ le protecteur du pauvre ; sa conjuration^ dénoncée avec éclat par le consul de Rome^ paraissait d'abord une chimère ; cependant elle fut prouvée, et le peuple eintier reconnut que la République avait été à deux doigts de sa perte.... La France est fatiguée d'avoir roulé de Révolution en Révolution. La prise de la Bastille â l'époque du 14 juillet 1789^ avait été le signal du renversement du despotisme ; le 10 août 1792 vit abattre le trône ; le 22 septembre suivant la royauté fut abolie et la République proclamée.... Une G)nvention nationale avait été formée... Bientôt des scélérats entreprirent de dominer cette Assem* blée^ et le succès de la loi créatrice du tribunal révolutionnaire apprit à Robespierre ce qu'il pouvait espérer : il était intimement lié d'intérêt et de vues avec cette trop fameuse Commune de Paris^ si digne de le seconder, et la journée du 3i mai mit sous le joug de la Terreur le pouvoir suprême à qui le peuple avait confié le dépôt de sa souveraineté. Dès ce moment la Convention opprimée fut l'esclave de Robespierre.... et l'on vit éclore, sous le titre de Gouvernement Révolutionnaire , l'état désastreux que nous avons supporté pendant 18 mois.
» L'histoire aura peine à croire les horreurs qui on signalé ce règne exécrable^ les cent mille bastilles nouvelles qui ont couvert le sol français, les mille écbafouds
(33tt)
ita
en permanence sut nos places publiques» le nombre effrayant do victimes qu'ils ont dévorées. Oui, la France ne serait plus qu'un affreux désert si la Convention» délivrée le 9 Thermidor, n'avait précipité Robespierre et son abominable Commune, dans le gouffre qu'ils avaient euxmêmes creusé.
» Mais tous les factieux n'ont pas péri avec lui...
» La Convention a rédigé» dans sa sagesse^ la Consti-; tutton de 1795^' que le peuple a librement acceptée dans les assemblées primaires de Tan II I^ mais cette acceptation même et la formation des autorités constitutionnelles ont rallumé la rage de la faction qui ne veut ni République ni Gouvernement.
» Dés le 9 ventôse an IVj elle agissait avec force pour opérer un nouveau soulèvement; et de$ journaux prétendus populaires s'empressèrent de recueillir ses maximes. Parmi ces journaux on distinguait celui du Tribun du PeupUt qui prêchait la désorganisation absolue.... »
^Babeuf, disait encore Bailly, avait < dans la &ction des prétendus Egaux une réputation et une prépondérance qui ont étonné quiconque a été témoin des débats. On a vu qu'un des principaux accusés (i) avait une telle confiance dans ses lumières et dans son courage qu'il le croyait seul capable de diriger l'entreprise que tous deux méditaient, dans le courant de ventôse an IV, contre la Constitution, le gouvernement actuel. On se rappelle cette phrase de la lettre que Ch. Germain luiécrivit alors : < Oui, tu es le » chef actuel des démocrates qui veulent^ à ta voix» fonder » l'égalité; tu es le chef reconnu par eux ; c'est donc toi » qui dois» qui peut seul leur indiquer la voie, ou leur » désigner celui qui la leur indiquera. »
Eh bien! a^oute-t-il> < ce démocrate si impérieux n'a plus été devant la Haute Cour de justice, qu'un frèle et mince individu, se ravalant au rôle obscur de servile
(i) ûerltmin qnl, déjà, dans la prison d'Arras recoonaisatit Babeuf ^ur sondief.
(Ml)
copiste d'une petite coterie de philanthropes méditant lur les moyens de conduire le peuple à la pure démocratie •»
Il y aufàit bied de^ résetvétf à fftire à propos des paroles accd&ittices que nousvetKHis de rapporter.
Oui, certes^ la France avait acclamé avec joie la chiite de Robespierre> mais est«^il vrai que Babeuf ne voulait que là désorganisation absolue du pays ? Du fond de sa doctrine ne se dégage- 1- il paS| au contraire, une pensée d'amélioration sociale, qui doâiine tout ce que ses écrits offiretit d'incébent et parfois de sauvage? N'avait-tl pas raison^ lui et les siens^ de se plaindre surtout deé hoàimes qui dirigeaient alors le Gouvernement et qui avaient éublié si vite leur origine et leurs piétendus principes?
La république au temps de Babeuf^ il faut le constater, n'existait déjà plus que de notn ; et si ses excès Tavaient tuée» lesbommesdu jour, complices volontaires ou inconscients des bourreaux^ avaient aussi leur paît de respon«* sabilité dans tout ce qui se passait.
Mais on sera inexorable pour Babeuf seul, qui, pour-^ tant^ aurait dû bénéficier des circdnMances atténiTantes, si souvent accordées à de plus coupables que lui.
Le procès de Vendôme^ qui durait depuis sept mois, touchait à sa fin.
On fixa au 6 prairial an V (26 mai 1797), la clôture des débats; et le léndetnain eut lieu le prononcé du jugeinent.
Lés soiïante-quatre acctiséè avalent été divisée en cinq catégories4
Le 7 prairial on posa au Jury plusieurs questions tendant à savoir s'il y avait eu conspiration contre la sûreté de TEtat. La réponse fut négative.
Mais sur la question : Y a-t-il eu^ postérieurement â Uloi du a5 getAiinal tfn 1 V (i), provocation par des dis-
(1) « Seront coupables de crime,., et punis de la peine de mort.... tous ceux qui, par leurs discours ou far leaie^éotts iikipritelS, pro-
cours au rétablissement de la Constitution de 1793^ la déclaration du Jury fot : Oui^ le fait est constant.
Les accusés Babeuf et Darthé^ ayant été convaincus d'avoir participé à cette provocation^ furent donc condamnés à la peine de mort.
Aux termes de la loi^ quatre Jurés sur seize^ suffisaient pour absoudre ; trois seulement se montrèrent constamment favorables aux accusés.
Buonarroti, Germain, Moh>y^ Cazin, Blondeau, Bouin et Menessier^ ces deux derniers contumax, furent soumis à la déportation.
Tous les autres accusés furent acquittés (i), absolument comme si cette conjuration» qu'on redoutait tant, ne s'était composée que d'un chef et d'une demi-douzaine d'affiliés.
C'était prouver qu'elle n'était point redoutable.
Mais on voulait, à tout prix, l'anéantissement du 7Wbun du Peuple, et de la terrible plume maniée si énergiquement par Babeuf, et pour mieux anéantir l'idée on anéantit l'homme, en l'envoyant à l'échafaud.
Le 8 prairial an V (28 mai 1797)» Babeuf et Darthé furent exécutés à Vendôme.
Voici le texte inédit des actes officiels qui constatent leur mort.
< AujourdThuiy huitième jour du mois de prairial^ Fan cinquième de la République française^ une et indivisible^ à dix heures du matin^ pardevant moi Marin* Claude BoutraiSf membre de t administration municipale en la commune de Vendôme^ département de Loir-et-Cher,
voquent... le partage des propriétés particulières, sous le nom de
loi agraire ou de toute autre manière, a La peine de mort, mentionnée au présent article, sera commuée i celle de la déportation, si le Jury déclare qu'il y a dans le délit des
en
circonstances atténuantes. »
(2) Vadier fut retenu en prison.
élu pour recevoir les actes destinés à constater les décès des citoyens, est comparu Jean^Baptiste David, Aiiiisier public, demeurant à Vendôme, lequel nous a déclaré que GsACHUS Babbuf^ dgé de trente-cinq ans environ^ époux de Victoire Langlet^ est décédé cejourd*hujry à cinq heures du matin; diaprés cette déclaration, je me suis sur^le^hamp transporté au lieu du décès, place t armes ; fai constaté le décès de Grachus Babeuf ^ en présence de François Gasson et Eustache Auriau, de^ meurant en cette commune^ et du déclarant; et fen ai dressé le présent acte, que le dits Auriau et Gasson ont signé avec moi et le déclarant.
€ Fait en la commune de Vendôme, les four, mois et an que dessus. » (Ici les signatures de Gasson^ Auriau, David et outrais.)
« Aujourd'hui, le huitième jour du mois de prairiàt^' Pan cinquième de la République française , une et indi^ visible^ à dix heures du matin^ pardevant moi Marin* Claude Boutfais, membre de r administration municipale en la commune de Vendôme, département de Loir^et" Cher, élu pour recevoir les actes destinés à constater les décès des citoyens, est comparu Jean-Batiste David^ huissier public, demeurant en cette commune^ lequel nous a déclaré que Augustin^Alexandre Darthé, . dgé éPenviron trente^quatre ans, est décédé cejourdhuy, à cinq heures du matin; diaprés cette déclaration, je me suis, sur*le*champ^ transporté au lieu du décèSj place d'armes; fai constaté le décès d* Augustin-Alexandre Darthé^ en présence de François Gasson et Eustache Auriau, demeurant en cette commune j et du déclarant i et fen ai dressé le présent acte, que le dits Gasson et Auriau ont signé avec moi et le déclarant.
< Ftidt en la commune de Vendôme, les jour, mois et an quê^ dessus. » (Ici les signatures d« Gasson, Auriau, David et Boutrais.)
Les récks du teittps oMststtBt qu^ moment où be«f et DaithéeiittBdîrmt prononcer leur mvét de mort, Un M poi^ardèrest^ se«8 l«i yeax dek H<auterCour, cwc des «tj4et8 fbaniis par le jeun^ Emile Babeuf et quIM avaient cadiés sens leuiv Têtements.
Od les pofta aïowraflt «or TéchaCiiidy et fon «asose q«tl6 a'vaieflit <3essé de Tivne quand Teiéoutettr skoipasa de leurs cerpB.
Pçndwt b dur^ desdélx^ts ^w nous venons d*an^yser r4ttit;u4e 4es accu^^» fm totujovirs cour^gçuse ; jamais ils ne se séparèrent sans entoni\er up des çopp^ts de FHjrmne à la liberté^ de Faro« ^u .Qvelf[u.e f^utrç cha^t pi^trioti^ue-
Tom, sans exceptipo^ t moptrère^t la plus indoçnpuble énergie, » au point que^ suivant le mot trè$ vrai de Germain (Z>^&at5, tome III^ page ji), les < apôtres devinrent tout-à-coup experts dans la pasilogie, cest-à*dire den» l'art de parler toutes les langues. >
barthii Germain^ .Buonarrori et autres eurent même SQUveoty dans ie.ur défense, dans leurs attaques ou .dans leaxs .r^UqueSf de magnifiques accents .que ne désavoulaient poi^t les j)lus célèbres orateurs.
La .faMe^'OnJta vu, avait été vive. X^es Aocusel^uiss qjiâonauK 'ÎMiiités, oMiiacés, tiotQtTpmpus à taut -HMaa^ itocsat déployer une vigueur impttoyiiUe^ qui ddfliiii(rapitffbia>en ^bvatolîté. On les accueillait •par.des éda» de f iie, 'par des murmures, par des huées ; on des ioierpcUait en leur tnontrant le poings de Cnfon à les uoabtar ouA leS'tttife reculer; mais ils «tenaient tkt A tous» et sou* mtm âvecibeaucoop de talent.
tenant à Real, défenaenr oificieux^ il fiit jnagnîfiqiie et rtiolu. l^r lui^ iaoonspiraiion de la Vilkheutoois et réelle de "Bdbeuf *n'av«ieot -pas plus de néalité l'une 911e Tautre ; c'écaieiit'C deux mensonges oniçus daas le m&ne oerveMi. > A la fin^ >épiiiié-a eon tour, ii dit ««K.jurés : « le vous adjofe au nom-dts accusés qqe^edéfiuula,secreo défends une grande partie, qu'il ont Mo ie ipluetgmnil
Intérêt et moi autsi^ à ce que cela finisse ; car c'est un scandale que ce procès-là. »
On a la^ ci-dessus^ et on lira en son entier au tome II, la Défense générale de Babeuf devant la Haute-Cour de Vendôme. Tous les contemporains sont unanimes à en faire l'éloge. Chaudon et Delandine disent dans leur Dic^ tionnaire historique {1804), qvLtBàbttxfd€7tloppa, de la fermeté et une éloquence énergique, » Michelet applaudit à son € entraînement sauvage de logique, » et Michaud, le dernier de tous, avoue qu'il < se défendit en homme de cœur et de conviction. »
Avec Babeuf s'éteignait le Babouvisme : la justice des hommes politiques était satisfaite 1
Les derniers vœux de Babeuf pour V avenir de sa famille. — Sajemme^ sesfiJs Emile, Camille et Caïus Gracchus. — Leur adoption par Le Pelletier Saint Fareeau et le général TTiur^ reau. — La carrière politique et industrielle d^Emile Babeuf "La fin du nom.
Nous avons reproduit à la page 222 la belle lettre que Babeuf, d4s l'ouverture du procès, adressa à son ami Le Pelletier Ss^int-Fargeau pour lui recommander sa femme et ses en&nts.
Il lui écrivit encore celle-ci après^ à la veille de son exécution :
Vendâme, 5 prairial, l'an 5 de la République. {24 mai 797).
A mon digne et sincère ami^
Les juréSj mon ami, vont aller aux ypix pour prononcer sur ton sortet sur le mien. Suivant tout ce que j'aperçois tu en échapperas et non moi. Si ma femme te remet cette lettre^ elle y joindra celle que je t'écrivais le 24 messidor de l'an dernier. N'ayant pas eu alors, comme je l'avais cru^ l'occasion de te la faire parvenir, je l'ai conservée jusqu'à ce moment : je ne puis aujourd'hui te rien ajouter à ce qu'elle contient ; 4'aUl^urs, rapproche de l'instant fatal ferme mon esprit et peut-être mon cœur à toute expression de sentiments que j'eusse pu développer quelques jours plus tôt. Je ne sais, mais* je ne croyais pas qu'il m'en coûterait autant pour voir la dissolution de mon être. On a beau dire, la nature est toujours forte. La philosophie prête quelques armes pour la vaincre, mais il faut toujours
lui payer tribut. » J'espère pourtant conserver assez de forces pour soutenir, comme je le dois, ma dernière heure ; mais il ne faut pas m'en demander davantage. Je sens un trouble^ une indifférence ou un vuide d'idées que je ne puis m*expliquer; il me semble que je voudrais sentir quelque chose pour ma femme, pour mes enfants^ et que je ne sens plus rien. Je ne trouve rien à te dire pour eux. J'ignore encore si ce n'est point à cause du pressentiment affreux de l'inutilité de tout soin de ma part envers eux, lorsque l'odieuse contre-Révolution doit proscrire tout ce qui appartient aux sincères républicains. Et puis cette longue existence dans l'état de malheur émousse sans doute une sensibilité trop souvent éprouvée, et il est une mesure que la nature humaine ne dépasse pas, peutêtre; aussi prends-je pour de Tinsouciance ce qui n'en est pas, car je rougis d'une telle disposition d'âme ; peut-être necrois-je sentir rien pour trop sentir. Pardonne au désordre de mes idées ; devines tout ce que je voudrais te dire ici, et fais ce qu'attend de toi celui qui imagine tV voir tout dit en t'assurant qu'il croit déposer ses paroles dernières dans le sein de sonvéritable ami. Je crois avoir à me consoler de la manière dont je me suis conduit dans le procès. Malgré le trouble qui m'agite, je sens que jusqu'à ma dernière minute, je ne ferai encore rien dont n'ait à se louer la mémoire d'un honnête homme. Adieu.
G. Babeuf.
Enfin, à sa femme et à ses enfants il envoya ce touchant adieu, qui, répandu dans le public, à un nombre considérable d'exemplaires, émut les plus indifférents.
DERNIÈRE LETTRE DE BABEUF A SA FBMICB ET A SES ENFANTS f l).
A ma femme et à mes enfans.
Bonsoir, mes amis. Je suis prêt à m'envelopper dans la
(i) De rimpr. de TAmi du Peuple (R. F. LeboU, passage du Commerce, cour de Rouen, sous la voûte, quartier And ré-des- Arts). 7 pag. in*8.
nuit éternelle. J'exprime mieux à l'ami auquel j'adresse les deux lettres que vous aurez vues ; je lui exprime mieux ma situation pour vous que je ne le peux faire à vous-mêmes. 11 me semble que je ne sens rien pour trop sentir. Je remets votre sort dans ses mains. Hélas I je ne sais si vous le trouverez en position de pouvoir faire ce que je demande de lui ; je ne sais comment vous pourrez arriver jusqu'à lui. Votre amour pour moi vous a conduits ici à travers tous les obstacles de notre misère; vous vous y êtes soutenus au milieu des peines et des privations; votre constante sensibilité vous a fait suivre tous les instans de cette longue et cruelle procédure dont vous avez comme moi bu le calice amer ; mais j'ignore comment vous allez faire pour rejoindre le lieu d'oii vous êtes partis ; j'ignore si vous y retrouverez des amis ; j'ignore comment ma mémoire sera appréciée, malgré que je crois m'être conduit de la manière la plus irréprochable; j'ignore enfin ce que vont devenir tous les républicains, leurs familles et jusqu'à leurs enfants à la mamelle, au milieu des fureurs royales, que la contre- Révolution va amener. O mes amis ! que ces réflexions sont déchirantes dans mes derniers instants!... Mourir pour la patrie, quitter une famille, des enfans, une épouse chérie, seroient plus supportable, si je ne voyais pas au bout la liberté perdue et tout ce qui appartient aux sincères républicains enveloppé dans la plus horrible proscription. Ah I mes tendres enfans, que deviendrez-vous I je ne puis ici me défendre de la plus vive sensibilité... Ne croyez pas que j'éprouve un regret de m'étre sacrifié pour la plus belle des causes ; quand même tous^ mes efforts seroient inutiles pour elle, j'ai rempli ma tâche...
Si, contre mon attente, vous pouviez survivre à l'orage terrible qui gronde maintenant sur la République et sur ' tout ce qui lui fut attaché ; si vous pouviez vous retrouver dans une situation tranquille, et trouver quelques amis qui vous aidassent à triompher de votre mauvaise fortune, je vous recommanderais de vivre bien unis ensemble ; je
recommatiderais à ma femme de tâcbep de comhiire ses efifens avec beaucoup de douceur, et je necommanderaîs à mes enfans de mériter les bontés de leur mère en la respectant et en lui étant toujours soumis^ Il appartÎMit à la famille d'un martyr de la liberté de doomer l'exemple de toutes ks vertu» pour attirer Test^me et Rattachement ât tODS lé^ gens de bien. Je désirerais que ma femme fit tout ce qui lui serait potsible pour donner de Téducatioft à mes enfens, en engageant tous ses amis de Taider dans tout ce qui serait également possible pour ^et objet. J'*fn« vite Emiie de se prêter à ce vceu d'un péie qoe je croîs bien aimé, et dont il fut tant aimé : je Tinvite à a'y prêter sans perdre detems et le plus tôt qull pourra.
Mes amis^ j'espère que vous vous souviendrez de mot et que von* eu parlerez sotivent. J'espère que vous croirez que je vous ai tous beaucoup aimé. Je ne concevais pas d'auti^ manière de vous rendre heureux que par le bon» faeui* commun. J'ai échoué; je me suis sacrifié; c'est auaaipour vous que je meurs.
Pariez beaucoup de moi à Camille; dites*lui mille et mille fois que je le portais tendrement dans mon cceur.
Dites- en autant à Caïus, quand il sera capable de l'entendre.
Lebois a annoncé qu'il imprimerait à part nos défenses. I) feut donner â la mienne le plus de publicité possible (i). Je recommande à ma femme^ â ma bonne amie, de ne remettre à Baudouin, ni à Lebois, ni à d'autres, aucutte copie de ma défense, sans en avoir une autre bien correcte par devers elle, afin d'être assurée que cette défense ne soit jamais perdue. Tu sauras, ma chère amie, que cette défense est précieuse,* qu'elle sera toujours chère aux cœurs vertueux et aux amis de leur pays. Le seul bien qui te restera de moi, ce sera ma réputation. Et je suis sûr q«e toi et tes enfens, vous vous consolerez beaucoup en
(0 Notre UvreoâalÎBC le roeu de Gracchut Babeuf -^V. A.
en lattlflwmt. Yoas aimereE là enfteiHlre itcnif 1^ cœii^ sensibles et droits dire en 'parlant de votre épouK, de. votive père : Iljut parfaitement vertueux.
Adieu. Je ne tiens .plus à la terre que par un fil qu,e jle jour de demain ronipra. Cela est sûr, je le vois trop. Il Àut en faite k sacrifice. Les méchants sont les plus forts ; je leur cède. U est au moins doux de mourir avec uue conscience aussi puce que la mienne; tout ce qu'il y a^4e cruel, de déchirant, c'est de m'arraçher de vos bras, dçaes tendres amis, ô tout ce que j'ai, de plus cher!!!... Xe m*en arrache; la violence est faite... Adieu, adieu, adieu, dix millions de fois adieu...
Encore un mot. Ecrivez à ma mère et à mes sœurs. Envoyez leur par la diligence ou autrement ma défense, telle qu'elle sera imprimée. Dites-leur comment je suis mort, ,et tâchez de leur faire comprendre., à ces bonnes gensj qu'une telle mort est glorieuse loin d'être déshonorée...
Adieu donc encore une fois, mes bien chers, mes tendres amis. Adieu pour jamais; je m'enveloppe dans le sein d'un sommeil vertueux... G. Babeuf.
fiabetif ffVait «u de sonffimrîage avecMarie-Aniie^Leniglet, sept enfants, savoir :
1^ 'Une jeune fiHe, dont il'fehi'élogedansaa comsponilance arec Dubois de .Fosseux, et qui mourut â Roye^n 1 787, âgée de qua tfe ans ;
2P E>eux garçons : Robert, dit^Bmile, et CatQtlie,^quiiui survécurent.
3« Deux filles et-iin garçon, moirts jeunes;
4<> Calus Gracébus, né à Vendôme pondant le procès.
A sa mort, Babeuf laissait donc, outre sa mère et<ses ^soeurs encore vivantes, trois enfants : -Emile, Camille et CaYus Gractbus .
Emile fut adopté par Le Pelletier Saint*Fargeau, les deux autres enfants par le général Thurreau.
Mais un seul survivra aux suites de la terribIe<:atastro<-
phe de Vendôme; ce sera Emile^dont l'unique rejeton mâle portera pour la dernière fois le nom de Babeuf.
Avant de mourir Babeuf avait prié Le Pelletier St-Fargeau de guider sa femme dans le choix d'un état. Cette pauvre femme si éprouvée, si honorable, devint, comme son mari Tavait désiré, marchande à la toilette (i); et, après une vie laborieusement remplie, s'éteignit, sans plainte, presque sans amis, disant attristée comme le fabuliste :
On appelle cela naître, vivre^ mourir :
La volonté de Dieu soit faite !
La descendance de Babeuf fut en quelque sorte frappée par la fatalité.
Camille se précipita du haut de la colonne Vendôme à l'arrivée des premiers Cosaques à Paris (i8i5), ne voulant pas être témoin de la seconde invasion étrangère.
Caïus Gracchus, à peine âgé de 1 6 ans, avait été tué, l'année précédente, par une balle ennemie, au moment de la première invasion.
La vie d'Emile n'est pas moins douloureuse.
Robert Babeuf, dit Emile, naquit à Roye, le 29 septembre 1785. Le Pelletier Saint-Fargeau, qui l'avait adopté, le mit en pension, oti il resta jusqu'à ce que son protecteur fut déporté pour délit politique.
Emile débuta alors à Paris, dans une maison de librairie et y resta 14 ans ; puis il voyagea pour la maison de Tourneisen, de Bâle, et visita ainsi une partie de l'Europe, jusqu'en 18 12, époque oti il acheta un fonds de librairie à Lyon.
En 1814, à la rentrée de Louis XVIII, il se montra opposé) à toute restauration monarchique, se déclara pour Napoléon, qui, ironie du sort, avait jadis, avec l'aide de ses soldats, étouffé la conspiration de l'an V, et prit une telle part aux manifestations publiques du mo-
(i)En 1840 elle exerçait cette industrie rue Saint-Honoré, bfitiment des Feuillants, 345.
ment que la police Tinquiéta souvent^ le poursuivit, et l'obligea à quitter Lyon.
Il se rendit alors à l'Ile d'Elbe^ auprès du vaincu de la Coalition, et y resta plusieurs mois.
Peu de temps avant la fuite de Napoléon, Emile Babeuf quitta rile d'Elbe, revint en France, et vécut du produit de quelques brochures qu'il répandit sur son passage^ notamment de celle par laquelle il protestait contre Pacte additionnel,
Lorsqu'enfin Napoléon eût repris le pouvoir, il publia une brochure sous ce titre : Lettre à M. le comte Carnot, ministre de V Intérieur^ ou appel à tçus les bons Français pour secourir les victimes des désastres de la der^ nière invasion (i). Cette brochure fit une telle sensation qu'elle fut réimprimée à Troyes^ en lettres d'or.
Fixé à Paris, il entreprit ensuite, sou» le titre de Napoléonides,o\x Fastes lyriques delà France^de 1814 à 181 5, un ouvrage que les événements du 8 juillet 181 5j l'obligèrent d'abandonner.
Sous, la Restauration il fut poursuivi et arrêté (mars 1816), comme auteur et distributeur d'une brochure intitulée : Le Nain Tricolore ; traduit pour ce fait devant la Cour de Pans, il fut, avec d'autres personnes, condamnée en vertu de la loi du g novembre, à la déportation.
Il subit sa peine au Mont St-Michel, fut gracié en novembre 18 18, et revînt à Paris^ où il reprit au Palais- Royal son commerce de librairie. En cette qualité il édita le célèbre livre de Jules Favre, intitulé : Anathéme.
Dans l'intervalle, il s'était rendu en Espagne avec quelques amis pour y défendre, par les armes, la cause des républicains espagnols. Avec eux, il aida les Français à défendre le passage de la Bidassoa. Là, il apprit que Grisel, le traître Grisel, letiénonciateur de son père, servait dans l'armée française ; il le provoqua d'une telle façon qu'un
(I) Paris, impr, Fain, 3i mars i8i5,8 pag.in-8.
duel à mort s'en suivit : Grisai tomba pour ne plus se relever ; quant à Emile Babeuf, il avait la poitrine, ouverte par une large blessure qui mit ses jours en danger.
Essayant^ dans des temps de réaction, de laver la Vnéàioire de son père, alors que, comme 11 le disait, l'on >jetait un lustre odieux sur sa vie, Emile Babeuf adressa •à divers biographes des notes rectificatives qui, excessives dans réloge, tt souvent inexactes quant au fond^ furent presque toujours repoussées. Cependant, nous somixies en iriesure de lui attribuer^ avec certitude, partie de l'article âlurGràcchus Babeuf^ qu^on trouve à la page i86du tome I** de la Biographie untperselle et portative des content^ poraihSféàïxét en 1826, à Paris, rue St-André-des-Arcs^ ti^ 65, et qui est suivie de sa notice ]3ersonnelle.
Voici en outre^ l'extrait d'une note sur son père, qne nous avons Trouvée dans ses papiers :
« Quant à la conduite de mon père, ceci est du ressort de l'histoire ; et les faits, de telle manière qu'on les envisage, ne prouvent pas contre son cœur. 11 a pu 'errer dans ses actions^ mais jamais sa conscience ne lut com- -plice. Je dirai plus et j'ose assurer qu'il eut toujours des intentions pures et désintéressées, qu'il n'estimait la vie qu'autant qu'il la croyait utile à la patrie et qu'il périt victime de ses opinions, avec la même ferveur que les "saints marchaient au martyre.
> Je n'ai qu'un trait à citer et -qu'on ne peut rendre fpublic, mais qui fixera votre opinion. De longues persécutions, par des ennemis particuliers, firent jgémir mon •père en prison, jusqu'au 9 thermidor; il se Java complètement d'une accusation de faux^ et fut rendu à la société; -mais sa fortune iayant été réduite à zéro, nous nous trouvâmes obligés d^alimenter notre petite famille du produit de quelques pièces de ménage, que ma mère vendait pour savoir du pain, car àxétie époque la disette afiamait Paris. Mon père alors fut replongé dans les fers ; Je x 3 vendémiaire le-fit sortir encore et il continua son journal intitulé : le Tribun du Peuple. Le Gouvernement d'alors
députa vers lui () un homtoe qui^ en k nommant^ trouverait assez quel est son mérite^ pour lui proposer^ s'il voulait comme Fréron^ qui rédigeait alors ÏAmi du Peuple^ échanger son caractère, sa conscience, sa plume^ contre. .. le Ministère des finances. Mon père fat révoké de la proposition, et rompit avec le négociateur.
» On a négligé encore de dire qu'à l'époque de l'entrée des Prussiens dans les plaines de la Champagne, mon père, envoyé comme commissaire du département de la Soimne, à Péronne, pour y faire fortifier la place^ y déjoua une conspiration qui ne tendait pas moins qo'à livrer la place aux ennemis. Il fit arrêter les séditieux et sauva cette villequi devait, la nuit suivante, être surprise par^nn gros de partisans qui devançaient l'armée prussienne.
» On a négligé, enfin, de dire que Paris, malgré la malveillance et le maximum, a dû son existence pendant dix4ltiit mois aux travaux, sans relâche, du secrétaireigénéral de l'administration des subsistances, fiabeuf, qui 'passa presque toutes les nuits à travailler 'et à donner de la besagne à quatre-vingts employés. »
Emile *Babttif, qnoiqu'exalté en poliiiqiïe, fut loin, on vient de le voir, de partager les sentiments de son 'pèfe. Nous connaissons de lui une pétition, écrite de sa main, dans laquelle îl énumère, avec complaisance, les publications qu'il a fiaites € dans Tintérét de la CsLVtit impériale» depuis plus de 3o années.» Nous y relevons textuellement ces mentions :
I® Edition populaire du Code Napoléon, 1809. Ce livre, stéréotypé, s'est enlevé, dit-il, à plus de 100,000 exemplaires, et sans l'invasion, « cette grande œuvre de Napoléon se serait trouvée dans toutes les mains, et aurait fait bénir son nom par le Peuple, qui seul ne l'a point oublié»;
(i) Emile Babeuf dit avoir été témoin de cette entrevue.
2^ La Napoléonide, recueil de poésies^ 1814, 2 vol. in-8. Edition saisie à 4^000 exemplaires. A l'occasion de cette saisie, Emile Babeuf avait été obligé de quitter sa maison de librairie de Lyon, occupée par des cavalien ennemis^ et de rejoindre le corps d'armée du maréchal Augereau, pour avoir défendu Lyon à la tête des paysans des montagnes, et enfin contraint de se réfugier à Paris, puis de là à Tile d'Elbe;
3^ Au premier retour de l'île d'Elbe^ publication en France, d'un grand nombre de brochures, pamphlets, contre l'occupation étrangère et les Bourbons, notamment quatorze éditions à 10,000 exemplaires^ du Mémoire de Carnot, qu'Emile Babeuf distribuait lui-même à profusion dans le Midi^ pour préparer le retour de l'Empereur.
Emile Babeuf ajoute qu'au mois de mars i8i5 il avait débarqué au golfe Juan, avec l'Empereur qui l'envoya^ en qualité de commissaire extraordinaire, à Grenoble, pour préparer et faire imprimer la proclamation : Au Peuple français et à t Armée.
De là, dit-il, il se rendit à Lyon, pour y remplir la même mission; puis, quoique blessé, eh Bourgogne et en Champagne, oti il fit arborer le drapeau tricolore de clo* cher en clocher.
Enfin, le 20 mars, il était aux Tuileries lorsque € Napoléon y fit son entrée sur les bras du Peuple. »
Ce sont les termes dont se sert le fils du célèbre Tribun, dans une longue pétition au Prince Président.
Emile n'eut qu'un fils, (1) Louis-Pierre, né à Courtray (Belgique), qui fut Sous-Préfet en 1848, inspecteur d'assurances, libraire, etc., et mourut à Paris, le 20 février 1871, rue des Batignollcs, 53, à i'âge de soixante-deux ans. Il avait épousé mademoiselle Régnier, qui lui survécut.
(1) Nous ne sommes pas exactement fixé sur la descendance d'Emile Babeuf; nous savons seulement qu'il eut plusieurs c.fants.
En lui s'éteignit le nom de Babeuf.
UOpinion nationale du 21 février 1871, a consacré à sa mémoire la notice nécrologique suivante^ qui fut reproduite par le Siècle, du 24^ VIndépendance belge^ du 26^ et par d'autres journaux :
« Hier est mort à Paris, le petit-fils de Babeuf.
« Ce petit-fils, excellent comme son grand-père, laisse deux filles^ dont l'une a épousé Victor Versigny^ un des jeunes républicains de 1848 qui, comme Bancel, promettaient des orateurs de grande éloquence aux Assemblées françaises, lorsque le coup d'Etat renversa la tribune. »
Les Déportés. — Leur pourvoi 4emnt< le Cof^p^ lÀH^l^tUr - Uufs yainea ^éramefi. — Aperçue noMveau^ qm s^ d4^ figent de leur argumentation. — Ils font Féloge de Babeuf^ de Darthé et des Babouvistes. — Lettr mise en liberté. — Ce ^devinrent les aceusés et les aecusoHurs.
Ea Tm VIIj les condsoiaét à la dépoctatioD qui amiiMit) été Klégué» pnmsoîreaient dans un petit fort oaastruit surua Ilot de k rade de Cherbourg^ adiessèfent au Corps légistatif une pétitiou par laquelle^ «t forta de Ituf ceatcience^ et confiants dam le patriotisme des Mgislateans »^ ils damandéreat < fustîoe contre le jugement de la Hautc-X^oiiT de Vendôme. »
Un message du Directoire executif dte i3 pluviôse an Vi^ avait invité le Corps Législatif ft ordonner k révision des jugements criminels rendus contre des Républicains depuis la formation du complot déjoué au i8' fructidor.
Ce message ouvrait aux détenus une voie l^ate pour « faire éclater » leur « innocence » et « briser les fers > qu'ils portaient depuis plus de trois ans»
ils saisirent donc avec empressement cette cîreonstaoce pouï soumettre leurs dcrféances aux nouveaux iégis- Istcttvs, plus enclins, sans doute, à k bienvetlknee qne leurs prédécesseurs.
Vous n'avez pas oublié, leur disaient-ils, « celte grande et terrible affiiive^ dans laquelle on semMa vouloir enveiepper tous les fépuMkains austères et zélés, cette affaire connue sous la dénomination exagértfe de conspiration du ^1 floréal aa IV, dans laquelle bxt impliqué un représen-
tant du peuple célèbre par son dévouement à la liberté; cette affaire qu'on se plut à peindre des plus noires couleurs^afin d'appeler une Saint- Barthélémy générale sur les amis constants de la Révolution. Nous y fûmes compris, et nons eûmes la douleur de voir périr à nos côtés, par suite du procès contre lequel nous vous adressons aujourd'hui de justes réclamjationSydeux républicains fidèleSjdoat nous honorons la mémoire.
» Victimes d'un jugement vicié d'un grand nombre de nullités essentielles, faux dans ses motifs et fruit évident de l'esprit de parti et de contre- Révolution , notre position est telleque nous ne pouvons attendre justice que de vous.
» En effets la garantie contre les erreurs ou les prévarications des tribunaux, que tous les accusés trouvent dans le recours au tribunal de cassation, nous fut ravie par un décret, inconciliable avec la Constitution^ rendu à la sollicitation de.ceux qui s'écriaient : il vfy Joui pûs tant prendre garde pour des factieux.
» Ces temps de fureur et d'oppression, nous aimons à le croire, sont passés, et il est à espérer que le Corps Législatif éclairé par l'expérience, et guidé par le véritable amour de la Patrie, s'empressera de réparer les plaies profondes faites aux mœurs et à la liberté : nous ne lui demandons pour nous, que quelques moments de calme et d'examen froid, afin de le convaincre de l'injustice qui nous accable, et de l'indispensable devoir où il est de venir promptement a notre secours. »
Après avoir rappelé en quelques mots les conséquences de l'afiaire, les déportés résumèrent les preuves des nullités radicales dont se trouvait frappée, par la loi, la partie du jugement de la Haute-Cour qui les avait condamnés.
Ils établirent :
lo Que la Haute-Cour avait outre passé sa compétence en instruisant contre un Représentant du Peuple, pour un fait au sujet duquel le Corps Législatif n'avait pas prononcé d'acte d'accusation ;
2^ Que les questions sur lesquelles est interveau le
jugement de condamnation, basées sur des faits non portés dans les actes d'a'ccusations, furent portas en contravention aux articles 378 et 396 de la loi du 3 brumaire, concernant le code des délits et de peines^ dont l'exécution était prescrite sous peine de nullité ;
3<^ Qu'eux et leurs deux malheureux compagnons d'infortune, avaient été condamnés pour des faits sur lesquels on avait constamment refusé de les entendre ;
4^ Que la fausseté matérielle des faits qui avaient servi à motiver leur condamnation^ pouvait être facilement reconnue par l'inspection des pièces de la procédure;
50 Que la loi avait été votée dans la position de la question intentionnelle ;
6^ Que la Haute-Courleur avait appliqué une loi annulée par la Constitution.
Ils déclarèrent^ enfin^ que l'injustice et l'illégalité du jugement de la Haute-Cour avaient été solenne^ement reconnues par le tribunal criminel du département de la Sdne.
Si l'on considère, d'ailleurs, disaient-ils encore^ «que les » juges de la Haute-Cour étaient Membres du premier » Tribunal de la République, et qu'ils ne pouvaient ignorer
> les lois, on est autorisé à penser que leurs âmes furent
> mues par des considérations étrangères, opposées même » à la justice sévère qui, insensible aux intérêts et aux
> illusions des partis, fait planer également sur toutes les
> têtes la volonté nue du législateur. »
Rappelez «vous, ajoutaient-ils, « l'ardeur avec laquelle » les accusateurs nationaux, tout en feignant de poursui- » vreeanous un prétendu parti anarchiste/aisaientlepro- » ces aux événements les plus heureux de la Révolution^ » tantôt en soutenant qu*il riy a d* insurrection légitime
> que là où elle est faite par Vuniversalitédes citoyens^ » tantôt en qualifiant ses plus constants ennemis^ révoltés » en vendémiaire de l'an IV, de vengeurs des attentats
> portés aux droits les plus sacrés du Peuple. » Evidemment, conclut^ient-ils, le même « esprit caché »
qui présidu à k conduite du Tribunid, $'«Qipc^ d« râioa de b majorité des jurés, car < A moios d'être dirige » par la plus aveugle partialité, il leur était impossible de » i;efpzuiaitre que Dartbé, condamné à mort, Buonarrod, » Germain, Moroy, CaziOj Bouio et Menessier avaient » provoqué par des écrits imprimés, au rétablissement » d^ la Çoostitution de 1793, eux, dont il n'exista pas, au > procès, une s^ule ligne imprimée. »
Mais, en considérant que les Juré$ et les Juges étaient « les enfants des Assemblées de vendémiaire an IV, qui » faillirent ensevelir la République sous les cadavres de la » Convention nationale, 9t de ces A^sembl/ies quii, suivant l'expression de Duverne de Presles, avaient introduit dans le Corps Législatif environ ^00 serviteurs de Loqis X,V11I, de ces assemblées^ dont les élus, à quelques exceptions près, travaillèrent sans ce^se à étoufT^rTamour dç la Patiie et de la Liberté, et à nourrir dans le cœur dçs Français les passions qui en sont les plus féroces enuemiçs, qq ne Rêvait plus s'étonner de leur « prévarication. »
Les déportés rappelèrent aussi avec vérité qu'ils étaient dpnné^ en spectacle aux ennemis de l'Égalité et de la Liberté, au moment même oti les frémissements d^ royalisme reteujtissaient dans le temple de la justice, au iPP' ment oti se formait Tordre de bataille de l'armée royale^ et que le plus vif intérêt, les égards les plus affectueux, et une révoltante indulgence, environnaient les commi^s^^' res du prétendant, La Villebeurnois, Brothier et Duverne de Pr^sJieSy traduits devant un conseil militaire, contre la juridiction duquel s'élevèrent tant de Députés, et ce même Tribunal de cassation, dont les juges et les jjiccusateurs de la Haute-Cour étaient les membres préférés.
C'csjt qu'alors çt depuis tous les tribunaux poursuivaient les républicains avec uae telle outrance, qu'enfin le Directoire exécutif avait du réclamer la révision d'un certain nombre de leurs jugements.
Mais ce que demandaient les déport, r* qu'on leur ouvrit u^e voi^e de justi$cati,on, — ét^it l'anuulatioaj
purent simjile, pour fausseté évidente^ de la partie da jugement de la Haute-Cour qui les atteignait; et quel* qu'indulgence qu'on fut prêt à leur témoigner* il n'était pas probable^ tant les influences d'autrefois étaient encore puissantes^ qu'on osât les reQvoyer devant un autre tribunal, et rouvrir, en réalité, l'immense procès de l'an V.
Evidemment, les déportés n'avaient jamais eu d'autre but, comme ils le disaient, que d'obtenir pour le Peuple français «c des moeurs plus pures, des lois plus sages et un BOKHBUR PLUS GÉNéitAL et plus durable » ; mais ces sentiments civiques, fort honorables, furent transformés par la passion politique en < principes d'anarchie », devant aboutir à « t6at boukvtrser, tout détruire, pour forger à la Patrie de nouvelles chaînes. »
Aux yecrx de l'opinion publique, si facile à égarer, à épouvanter, ils étaient donc encore tout simplement les sciL^RATs de l'an V, et ne pouvaient guère espérer cette justice tardive que, dans leur pétition, fort bien faite, très obérée, txts patriotique même, ils réclamaient, avec tant d'éloquence, du souverain Corps Législatif.
En vain le Haut-Jury, en déclarant la conspiration n(ki constante y avait fait, en quelque sorte, justice des foriaits dont on leur < attribuait l'invention ». La défense n'avait pas eu la même publicité que l'accusation, et pour beaucoup de citoyens, trompés, aveuglés, effrayés, écœurés même de toute politique, ils méritaient tout au plus d'être oubliés au fond de leurs cachots.
La fin de pette pétition, tout à l'honneur des déportés, et qui conôrme les propres déclarations faites par Babeuf, dans s'a défense générale, mérite d'être rapportée. En voici les termes :-
< Après la procédure de la Haute-Cour, après les dan«» gcrs qui ont menacé et menacent encore la Patrie, nous ne pensons pas qu'on reproduise les déclamations vi* rulentes contre ce qu'on a méchamment appelé le parti anarchique« Certes, ceux qui demandaient des
iS4)
mœurs plus austères et plus sociales, et des institutions qu'ils crurent plus conformes aux vues de la Nature, ne
PBUVBNT ÊTRB SÉRIEUSEMENT CONFONDUS AVEC LES HOMMES INTEMPÉRANTS BT IMMORAUX, POUR LESQUELS TOUTE LOI EST
UN FREIN insupportable; et il est enfin temps que la République reconnaisse que si les passions corruptrices n'eussent pas été si opiniâtres à repousser, sans justice «t sans examen, les plaintes et les propositions des Démocrates^ il n'y aurait pas eu un parti opposant qualifié d'anarchique, et les divisions qui ont. a&ibli les Républicains n'auraient jamais flatté les ennemis étrangers de quelque succès.
« Cette manière de penser, Citoyens Législateurs^ est en nous le résultat de Famour de la Patrie et de la Liberté. Nous désirons encore qu'une conduite plus sage réunisse tous les Français autour de la justice naturelle, éteigne à jamais toute semence de discorde^ et prévienne efficacement le retour des Révolutions. Nous désirons que vous travailliez^ d'une main ferme, à donner à la France des mœurs et des vertus, mais personne ne sent plus que nous le devoir principal^ essentiel pour tous les amis de la République, quelque soit leur système et leurs chagrins, de réunir efficacement leurs efforts^ pour réprimer l'audace des étrangers, ennemis de notre indépendance^ devant lesquels tous ceux qui n'aiment pas la Royauté et l'esclavage sont également coupables.
< Vive la République! »
Mais l'espoir qu'ils avaient un moment caressé, ne devait pas tarder à être dissipé. Une loi du 7 thermidor de l'an IV, interdisait, en efibt, tout recours en cassation contre les jugements et décisions de la Haute-Cour de justice.
Cette disposition^ disaient les déportés, dont la rigueur n'a pas été modifiée, décèle d'une manière frappante, l'esprit qui la dicta. On voulait à tout prix faire périr promptement et infailliblement les citoyens déjà traduits devant la Haute-Cour, et on fit^ à proprement parler^ une Un exprès contre eux.
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. Les jttgements de la Haute-Cour devant être exécutés dans les vingt^quatre heures» le recours même pour forfaiture, nullités de procédure^ etc., eut été illusoire^ s'il avait existé, de sorte que des < juges perfides » avaient la possibilité de perdre les citoyens traduits devant eux par des omissions dont il serait impossible de démontrer la mauvaise foi^ et que la Haute-Cour était devenue, par la loi du 7 thermidor an IV, un < tribunal monstrueux, inviolable^ indépendant des lois, n'offrant pour toute garantie que la probité présumée de ses membres. »
Les déportés disaient encore que « l'agglomération d'un si grand nombre de citoyens condamnés » était d'autant plus remarquable, que c la plupart d*entre eux ne se rattachaient par aucune circonstance au fait de l'accusation»; que, outre les 63 individus condamnés il y en avait plusieurs autres qui^ mis en accusation sous les prétextes les plus frivoles dans les départements de l'Ain et de la Charente-Inférieure^ étant arrivés trop tard à Vendôme^ furent renvoyés devant- leurs juges naturels et par eux acquittés après une très longue détention ; que les Directeurs de Jury de toute la République, excités par les condamnations de Vendômçr, allaient faire main basse sur les patriotes zélés de leurs arrondissements, si le Gouvernement n'entjugéà pi*opos de tempérer leur ferveur; quVmsi, cette affaire était, avant tout,* un procès de tendances, indigne des républicains, et dont on devait s'attacher à effacer le souvenir, en rendant les survivants de ce procès à la liberté et à leurs familles ; et qu'il appartenait au Corps Législatif d'ordonner, par des actes particuliers, la révision des jugements criminels, rendus par des déclarations de. jurés qui eurent un. caractère fmppant de fiiusseté et d'injustice.
Mais ils ne purent jamais obtenir que cette réponse : l'état de la législation ne permet aucun recours contre les décisions de la Haute-Cour.
Ils ajoutaient :
« Lorsqu'en vendémaire de Tan IV, le Peuple de Paris
se souleva^ indigné des attentats portés aux droits les plus sacrés de la Nation, et trop justement alarmé du nouvel ascendant que le Terrorisme reprenait sensiblement alors dans la Convention, on ne peut douter que des Royalistes cherchèrent à se mettre à la tête du mouvement^ et à le faire tourner au profit de leurs desseins^ comme les agents de certaine partie de la Convention s'y mêlèrent^ pour précipiter les sections de Paris dans les mesures, les plus illégales et les pias inconsidérées. Mais les prétendus chefs royalistes n'ayant point été avoués^ reconnus, le mouvement de vendémiaire ne peut être qualifié royaliste. » — C'est vrai, répondait-on toujours, mais le temps a modifié toutes choses, même les tendances des nouveaux Législateurs.
« L'esprit contre-révolutionnaire qui dirigeait le tribunal est prouvé par ses actes et par l'histoire des faits qui précédèrent, accompagnèrent et suivirent ses opéra* tions ; un cri général d'improbation s'éleva contre son jugement 1 » — Oui^ peut-être, mais que faire en présence de certaines lacunes de la loi et de la Constitution ?
En résuméj il avait été solennellement reconnu qu'il n'y avait pas eu de conspiration ; mais « l'animosité et l'esprit de parti qui dictaient tous les actes de la Haute- Cour » lui fit trouver des coupables en Babeuf^ en Darthé^ qui payèrent de leur vie, la tentative faite par eux de réveiller l'esprit public pour sauver la République, menacée à la fois par les Terroristes et les Royalistes.
Voilà ce qui ressort clairement des débats et des documents que nous venons d'analyser.
Plus. tard les derniers survivants, presque oubliés, de Taffaire de floréalj seront autorisés à rentrer dans leurs foyers; en attendant, leur sort aura été sensiblement adouci, et Buonarotti aura mên^e vu^ dès le premier jour, son exil commué en détention, qui dura peu^ par la faveur de Bonaparte, à qui on fit souvenir que YEgal
d*autrefois^ que le futur historien de la conjuration, avait été son camarade de régiment.
Une fois libres à leur tour les autres accusés reprirent leur premier état, et terminèrent leurs jours en citoyens modérés et honorables.
Quant aux accusateurs^ si fervents républicains^ et qui avaient juré de vivre libre ou de mourir, ils s'inclinèrent respectueusement devant Tastre de Bonaparte^ renièrent ce qu'ils avaient adoré, et, comblés d'honneurs par leur nouveau maître, oublièrent d'où ils venaient pour ne plus veiller qu'au Salut de l'Empire.
Quelques années après, en Pan IX, un législateur disait au Corps Législatif a que chaque homme désigné dans la République pour ses principes et ses travaux avait son assassin aposté », soldé par les royalistes, et réclamait des mesures exceptionnelles contre les partisans du Comité anglais, qui, dans son programme politique, recommandait la destruction de tous les chefs révolu^' tionnaires^ c'est-à-dire de tous les républicains.
La prédiction de Babeuf s'accomplissait à la lettre.
Aussi^ de Rémusat, dans ses Aiémoiree, a-t-il pu dire avec raison :
< Dès 1800, si Ton voulait être reçu quelque part, il ne fidlait pas avouer qu'on eût trempé dans la Révolution, ou seulement qu'on l'eût aimée. »
Les Français reniaient leurs origines libérales, si chèrement conquises en 1789.
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La fin du Bahouvisme. — La misère dans le Nord de ta France au temps de Babeuf, — Ce qu'il réclamait pour Vhu" manité. — Ce qui se dégage de sa doctrine. — Les échos du procès. — U avenir l
Jusqu'ici notre rôle d'historien s'est à peu près borné à narrer, avec impartialité^ les divers actes de la vie de Gracchus Babeuf.
Nous avons maintenant à faire connaître notre opinion sur sa doctrine, car il doit se dégager de tout livre de bonne foi, une pensée réconfortante pour l'âme humaine.
Il n'est pas nécessaire de remonter jusqu'à Platon, et de citer toujours les écrivains des siècles précédents^ pour savoir à quelle école sociale Babeuf s*est inspiré.
Sans doute^ il a fait des emprunts qui impliquent une certaine connaissance de ces auteurs ; mais, homme de la nature avant tout, il s'est plus borné à observer qu*à copier; et c'est autour de lui, parmi les malheureux dont il fut, dès sa jeunesse^ le conseil et l'ami^ qu'il a puisé les principes quUl a cherché, avec une persévérance rare, à faire prévaloir, même par la force.
Voyant d'un côté, comme il le disait déjà en 1785, des hommesqui^ ne travaillant pas, avaitrnttouten abondance, et de l'autre côté des êtres humains qui ne parvenaient jamais à posséder un lopin de terre, il s'est révolté, en tribun qu'il était, contre l'inique société qui imposait à la plupart de ses membres une' telle inégalité.
Et sa nature généreuse, toi^t en dehors, le poussa fatalemeni à réclamer pour ses frères, une plus équitable répartition de la fortune publique.
Navré de ce que sa voix restât sans écho, indigné d'avoir à constater, après tant d'autres, que la Révolution n'avait profité qu'aux Riches, ce philanthrope extraordinaire, malgré ses exagérations^eut une de ces révoltes intérieures que tout homme de cœur peut subir, et qui se résumait pour lui en cette rude formule, que tout est permis quand il s'agit de sauver un Peuple.
Il se disait : Nous n'avons rien à attendre des Gouvernants^ des Législateurs et de leurs complices; ils se vantent d'être les amis du Peuples et ils en sont, sous une autre forme^ les oppresseurs. Brisons, renversons cette dernîôre barrière qui s'oppose au bonheur commun^ quelque soit la catastrophe qui puisse arriver. Au moins lé People^le vrai Peuple, reprendra ses droits, si longtemps méconnus.
Cette barrière, que Babeuf n'a pu renverser, que d*autres essayeront encore de briser, c'était la Société tout entière, qui, malgré son IndifTérence apparente, est là, toujours veillant au salut de la Patrie.
Babeuf mort, le Babouvisme ne fut pas éteint. Le Tribun avait laissé partout de si nombreux disciples, convaincus, zélés, dévoués, que pendant longtemps ils continuèrent à propager sa doctrine dans la presse et dans les réunions publiques; mais leur efforts furent impuissants à cr%r un courant d'idées qui s'imposât à l'esprit public, et ils ne purent que constater qu'à des temps nouveaux il fallait des hommes nouveaux.
La gloire militaire de Napoléon vint, du reste, bientôt absorber tout, et effacer jusqu'au mot de Révolution.
Après i83o, quelques hommes jeunes, hardis, mais moins énergiques que leurs devanciers, se joignirent à Buonarotti qui; vieilli, désabusé, avait transigé avec les principes, pour fonder une nouvelle secte babouviste sous le nom de communistes moralistes ; Charles Teste, Louis Blanc (i) et le député Voyer d'Argensoo, qui avait re-
(i) Voir : Le Banquet des ISgaux. Londres^ 24 février iSbi.Patis^ Joubert,bT, in-8,et : Almanach de V Égalité, pour i83o. Paris, in-iS-
cueilli Baonarotti^ en firent partie; mais, à leur tour, ils reconnurent qu'à des temps nouveaux il fallait aussi des idées nouvelles.
A Paris^ plusieurs groupes d'hommes politiques, dans la classe ouvrière, sont toujours fisivorables à la doctrine de Babeuf, en tant néanmoins qu'elle a pour objet l'amélioration du sort des plus déshérités ; il y existe même une Société des Egaux, qui a pris à tâche d'honorer le vaincu deran V; mais, en réalité, leBabouvisme n'est plus qu'un souvenir historique. Ou plutôt^ il s'est transformé; la science économique 8*en est emparée et elle s'est chargée défaire accepter sous d'autres noms^ par les générations du temps présent, la partie des anciennes théories du Tribun, qui s'imposent par leur clarté et leur humanité, au respect et à l'attention des législateurs.
Avant de terminer ce livre que nous consacrons à la mémoire du martyr de l'an V, qu'il nous soit permis de réunir ici, comme conclusion, certains détails qui aideront à mettre mieux en lumière les doctrines du Babouvismc.
Ou temps de Babeuf, la misère était horrible dans nos campagnes du Nord ; la féodalité absorbait tout, laissant rarement une place aux hommes supérieurs que l'intelligence faisait parfois édore du sein des dernières couches du peuple.
A peine existait-il des embryons de presse, là, oti aujourd'hui, la presse tient peut-être une trop grande place.
Les Affiches de Picardie, et les Affiches de Flandres^ qui paraissaient avec l'approbation de l'autorité, étaient seules chargées de porter hebdomadairement à la connaissance du public riche, et dès lors lettré, quelques nouvelles, sans importance, des provinces du Nord.
Des sociétés littéraires naissaient en divers lieux, mais on a vu avec quel dédain de grand seigneur l'Académie d^ArraSj avait repoussé la candidature du jeune et méritant Babeuf au titre de membre correspondant; et il est
fort probable qu'il reçut le même accueil, s'il s'y hasardât, du Parnasse Royen, qui^ lui aussi» était composé des plus beaux esprits nobiliaires de la région.
La fortune, en ce temps-là, pouvait seule légitioier des aspirations vers des études qui, après tout^ ne pouvaient se faire sans grands efforts de temps et d'argent>
Quant à la politique, telle qu'on l'entend de nos )ours^ elle n'existait point encore. Qui eut osé^du reste, dans nos craintives provinces du Nord, encourir les foudres des Intendants et affronter la Bastille ?
Babeuf, seul, aura un jour cette audace avec le Carres^ pondant Picard; mats la Bastille n'existera plus déjà !
Assez indifférents aux idées nouvelles,sevrés de lectures, peu éclairés pour la plupart, nos citadins et campagnards ne durent guère s'émouvoir des projets d'organisation sociale qui hantaient alors les cerveaux de quelques novateurs.
Vivant de peu^ se contentant de peu, habitués à souffrir sans se plaindre, ils eussent^ certainement^ vécu longtemps encore ainsi, sans la commotion de 1789 qui les réveilla, enfin, de leur longue léthargie.
Peut-être même esc-il juste de reconnaître avec M. de Lévis(i) qu'en Artois, notamment, ce les impôts étaient »> assis avec intelligence, levés avec douceur, et également » répartis >, et que « la sagesse paraissait avoir présidé
> aux règlements constitutifs des Etats de cette pro«
> vince. »
Mais, partout, on se souvenait des exactions de la noblesse, de la cupidité du clergé, des rigueurs excessives de la justice; et c'est ce qui explique, sans doute, Tindifférence générale avec laquelle la masse du public, dans nos campagnes du Nord, accueillit les excès sanguinaires de Joseph Lebon.
Ou moment où il avait été permis de pendre, d*écarte-
{\) Souvenirs et Portraits. Paris, i8i3, in-8.
ler^ d'exposer^ à la veille de la Révolution^ pour des faits qa'oi\ qualifierait de nos jours de délits^ on pouvait bien avoir son tour de représailles contre ceux qui^ après tout» avaient inventé les tortures !
Un fait, choisi entre mille dans les annales judiciaires du Nord de la France^ expliquera très bien la rage qui dut s'emparer de certains hommes lorsqu*onapprit le renversement des anciennes justices.
Le 2B juillet 1789^ le Q)nseil de la Maréchaussée de Lille rendit un jugement prévotal qui condamnait Pierre- Michel Monnet, chef de Turbulens» dits Masarains, au village de Fretin^ en la châtellenie de Lille^ à être pendu pour avoir^ par des propos séditieux et des suppositions d'ordres^ excité des habitants dudit Fretin, « à couper les > Avétures du Marais, sous prétexte que ledit Marais » appartenoit à la Communauté. »
Ainsi, à la veille même de la Révolution^ il se trouvait à Lille^ des magistrats assez inhumains^ pour ordonner qu'en réparation des propos séditieux tenus aux habitants du village de Fretin, par Monnet, — un a£famé sans doute, — ce malheureux serait « pendu et étranglé jus- » qu'à ce que mort s'en suive, à une potence, » qui devait être dressée sur la Grand-Place de Lille, — que son corps mort y demeurerait deux heures, — et qu'ensuite il serait porté aux fourches patibulaires.
Ce jugement prévotal et en dernier ressort fut rendu par Henri-Joseph Maupoint de Vandeuil, écuyer, conseiller du roi, chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint- Louis, Lieutenant de la Maréchaussée de Flandres, — assisté des Lieutenant général et autres Officiers du siège royal de la Gouvernance du Souverain Bailliage de Lille, dont les noms suivent ; Dusart, Lambelin de Beaulieu, Claeys, de Savary, Carpentier, Danel, Quecq de Burgault, Lefebvre et Harduin de Lassus.
Le document imprimé ( i) d'où nous tirons ceci, affiché
[i) A Lille, d0 rimprimrie deÇ, Jf. Peierinck-Cramé, 178914 pag. in-4.
dans toute l'étendue de la Maréchaussée, porte que < le » présent jugement a été prononcé sur le champ audit » Monnet et exécuté ledit jour à midi, présent et ce re- » quérant le Procureur du roi de la Maréchaussée de » Flandres, témoin le greffier de la dite Maréchaussée, » soussigné : Petit. »
Le i3 août suivant, un autre jugement condamnait Reine-Scholastique*Joseph Herbaux, à être fouettée de verges et bannie du royaume, pendant trois ans, pour avoir fauché deux bottes d*avoine en verd sur les Marais appartenant au même village de Fretin, occupés par des particuliers.
Ainsi, toujours à la veille de la Révolution, pour un délit qu'on pouvait réprimer autrement, une malheureuse femme était « battue et fustigée nue, de verges^ » par l'exécuteur de la Haute-Justice, sur un échaffaud > dressé sur la Grand-Place de Lille, et «flétrie sur l'épaule > droite d*un fer chaud marqué d une fleur de lys y>, sans que, du milieu de la foule qui assistait à l'exécution^ il s'élevât d*assez violentes rumeurs pour empêcher à tout jamais de pareilles férocités (i).
Quant au paupérisme, il dépassait alors tout ce qu'on peut concevoir^ et les plaintes de Babeuf, si excessives qu'elles paraissent, étaient au dessous de la vérité.
Pour s'en convaincre, il suffit de parcourir, avec bonne foi, quelques uns des innombrable ouvrages publiés, i la fin du siècle dernier, sur cette question qui avait ému les philosophes.
L'historien de Roye, M. Coët, dans son excellente Topographie médicale de cette ville, a tracé un tableau saisissant de Tétat du quartier oU demeurait Babeuf.
« Dans 'e faubourg St-Gilles,— dit-il,— la plupart des maisons donnant sur la voie publique, présentent le plus
(x) Un descendant de ce Maupoint de Vandeuîl, protégé de Thiers. a été percepteur à Marseille. — Voir au sujet de sa nomination, le gèicledu 21 octobre- 1880.
triste aspect ; quelques-unes tombent en ruines ; la plupart sont en bois, recouvertes d'un mortier de torchis, établies sur des solins en briques, qui fléchissent et donnent à l'habitation une inclinaison qui frappe l'œil de la
£içoa la plus pénible ; elles sont à peine blanchies Si
l'on pénètre dans l'intérieur de ces maisons, on est frappé de l'obscurité qui y règne ; souvent la porte sert de fenêtre; il faut descendre pour y pénétrer ; alors les pieds rencontrent une sorte d'aire en terre raboteuse, offrant des inégalités et des cavités dans lesquelles séjournent les liquides qu*on laisse tomber; un lit ou plusieurs sont dans cette pièce. A côté pourtant, existe parfois une chambre dont les parois des murailles sont nues ou recouvertes d'un mortier humide et salpêtre.
On se demande, en voyant de pareils réduits, comment une famille peut y respirer une seule nuit I »
Ces lignes font deviner ce qu'était l'état ancien.
Un autre historien picard, M. Tilorier, auteur A'Etu^ des Âiir le paupérisme dans le département de P Aisne (Laon, i853, in-8), a dit de son côté :
« Sans constester l'amélioration qui s'est manifestée depuis 5o ans, dans la situation des classes laborieuses de notre pays, amélioration signalée à juste titre par la plupart des économistes, les chiffres démontrent plus éloquemment que tous les discours possibles, que cette situation est loin d'être satisfaisante. »
Elevant cette question de la misère au-dessus des intérêts locaux, M. Charles Dunoyer proclame aussi que < l'histoire de la civilisation depuis la chute de l'empire romain, n'est, à proprement parler, que l'histoire de l'avènement des classes laborieuses. »
Enfin, parlant des idéalistes ou romanciers sociaux, M* Louis Reybaud s'exprime ainsi (i) :
MËtudasurUsR^omiattuts ou SociaKstes modernes. Paris, XB04, T êdit., tome L
c Toutes ces conceptions, — et il fait ici allusion à celles de Babeuf, — relèvent de la donnée grecque et ne s'en séparent que par des nuances...
« Chaque rêveur colore les choses à sa manière et arrange une société au gré de sa fantaisie, de ses penchants, de son humeur. Presque toujours, c'est un retour vers la nature plutôt qu'un appel aux raffinements de la civilisation. L'églogue y domine : on y sous-entend, comme point de départ, le silence des passions, l'harmonie des intérêts, l'union des âmes, l'association des volontés. On suppose des hommes parfaits pour arrivera un monde idéal. Le monument est irréprochable ; seulement il n'a point de Dasc* ■ • • •
4: Ces révoltes ironiques, ces critiques douces et détournées, émanent d'ordinaire des cœurs tendres qui s'affligent des misères humaines, plutôt qu^ils ne s'en scandalisent.
« Mais il est des tempéraments plus impétueux qui savent rompre ouvertement avec la société, et qui, pour la combattre, dédaignent les armes allégoriques.
« Cette protestation directe a eu des organes dans toutes les époques.
< Aux premiers temps de l'ère chrétienne, le millénaire Papias ; au moyen-âge, ce Roger Bacon, qui arracha tant de secrets à la nature; Arnauld de Villeneuve et Ravmond Lulle, ses continuateurs ; puis, des penseurs comme Giordano Bruno, comme Van-Helmont, Telesio, Marcile Ficin, Nicolas de Munster, François Patrizio,CardaOj Vanini et Savonarole, le précurseur de Luther; enfin, plus près de nous, Hobbes, Ramus, Spinosa, Bayle, Helvétius, Condorcet, Mercier, le marquis de Mirabeau, Gavoty, Babeuf, Rétif de la Bretonne.
€ Que de novateurs se sont rencontrés dans le cours des siècles, qui, s'isolant de la société pour la juger, l'ont combattue, les uns avec violence, les autres avec sagesse; les uns superficiellement, les autres avec profondeur.
« Que le principe de l'autorité fut inflexible ou com-
plaisant^ que la discipline des idées fut molle ou impitoyable, que la foi aux traditions fut vive ou relâchée, ces esprits fron Jeurs ne s'en produisaient pas moins^ soit pour vaincre Tindifférence, soit pour aflronter la persécution^ pour subir le martyre du corps ou le martyre de l'esprit, la prison ou la raillerie.
< L'histoire est pleine de ces douleurs. >
A cet égard, nous dirons avec M. Louis Reybaud et en réponse aux égoïstes de tous les temps :
< La matière de tableaux larmoyants abondait dans ces périodes fécondes en calamités ; il ne leur a manqué que des statisticiens. »
Et avec lui encore :
< L'amélioration du sort des classes laborieuses est un fait qui ressort du moindre rapprochement historique. Oq peut même, dans les témoignages contemporains^ en découvrir la marche et en constater le mouvement... Les plus vieux ouvriers, avouent tous que leur classe est aujourd'hui mieux logée, mieux meublée, mieux vêtue. Le drap dans les habillements a remplacé la grosse toile. On rencontre moins qu'autrefois des pieds et des jambes nus; les sabots deviennent rares, les souliers les ont remplacés. L*alimentation est plus substantielle et plus abondante ; enfin, et c*est là une preuve décisive, la vie moyenne s*est accrue, et, dans l'intervalle d'un demi-siècle, on l'a vue s'élever de trente-cinq à quarante ans. »
Nous le savons, < il est dans le caractère de l'homme de prétendre toujours- à plus qu'il ne possède ^ de là, cette plainte éternelle qui ne cessera qu'avec l'humanité. »
Mais ce n'est pas un motif pour ne point tendre toujours vers la perfection.
l^Bjeunesse noire de Babeuf a pu, dans une certai iC mesure, influer sur sa destinée ; mais il y a plus en lui ^ue des souffrances exhalées et que des aspirations vers
un avenir meilleur ; il y a, qu^on nous pardonne cette répétition, un amour immense de l'humanité.
L'un des financiers de ces dernières années^ brisé par Tadversité^ a inscrit dans un mémoire judiciaire, (i) cette plainte douloureuse contre la destinée :
€ C'est une expérience amère, — dit-il, — que celle de la vie, quand on a eu le malheur de naître au sein des classes deshéritées. Oui^ luttez, fils des pauvres gens ; vous rencontrerez des obstacles contre lesquels vous serez brojés tôt ou tard. Est-ce le fait d une Providence irritée? Est* ce cette étrange chose qu'on appelle la fatalité qui maintient obstinément le malheureux dans sa sphère laborieuse, pénible, obscure i Je ne veux pas philosopher. Le milieu social actuel est le triomphe légal de la fortune, la dépression constante, permanente, sans trêve ni repos, de ce qui, n'ayant rien, tend à posséder quelque chose; de ce qui, né dans l'ombre, tend â goûter un peu aux luihières de la vie. Le crime originel d'un homme, c'est sa pauvreté native. On avait cru jusqu'à présent à des causes qui disparaissent tous les jours du monde des fictions, dont on avait multiplié nos ignorances. Dix ans de la vie des affaires, telles qu'elles se font en France et telles qu'elles s'y défont, fixent à jamais une conscience humaine sur la valeur de certaines conventions sociales. Je désire pour la France que l'attention du déshérité ne s'y arrête pas trop longtemps. Il est des choses qui trop vulgairement traduites, seraient l'équivalent d'une arme à feu chargée jusqu'à la gueule. . . »
N'est-ce pas, sous certains aspects, l'historique de la jeunesse de Babeuf ?
Nous reconnaissons volontiers que le clergé et la no* blesse rivalisaient souvent d'efforts pour adoucir la condition des plus déshérités, des minables^ comme on
^— i— ^. ■■ I— .— ^»ii. ni— MMfcfciJMifciii— — J— .1^^*»
(x) Manuscrit in-folio^ de notrd bibliothèque.
ks appelle encore ea Artois ; mais leurs secours n'avaient jamais que la valeur d'un secours temporaire ; et presque tout leur appartenant, des masses d'habitants étaient fatalement condamnés à vivre toujours misérablement.
Cest en vain que» dans un livre écrit sous l'influence de certaines préoccupations politiques, M. le baron de Galonné a voulu récemment nous dépeindre, sous des couleurs plus riantes, Pétat de nos campagnes sous l'ancien régime.
Ce livre, attrayant, mais superficiel» et où les documents ont été évidemment choisis pour les besoins d'un parti, ne pourra que causer une amère déception à ceux qui le liront.
Le titre est trompeur ; nous aurions désiré, en outre, trouver à la fin du livre une comparaison catégorique entre le passé et le présent.
Or, ce livre manque de conclusion.
A moins qu'on ne veuille voir une conclusion dans les dernières lignés, presque énigmatiques, oti l'auteur, avec une intention politique évidente, semble convier le lecteur à comparer Tancien régin^ie avec le temps actuel.
Parmi les documents qui pouvaient éclairer la question, nous citerons les Mémoires sur procès dont les exemplaires tendent à disparaître, et qu'il faut, dès lors, se hâter de recueillir.
Là, se retrouve l'histoire intime de nos campagnes du Nord ; et qui les consultera, avec prudence et impartialité, y surprendra, sûrement, la vie rurale sous tous ses aspects.
Nous ne leur fierons qu'un seul emprunt, car nous sommes limités par l'espace.
Il y eût lutte, au siècle dernier, entre le curé de Cam-
(1) La We agriûoU soUiFoiicieH régime^, en Picardie et en AriàU.
'hlin et l'abbaye de Saint-Ëloy^ en Artois, i pwpo% àé Dîoies»
On plaida^ et chaque partie soutint ses prétentioosdaiis des Mémoires, devenus précieux par les faits qu'ils révèlent.
Le Mémoire (i) du curé de Camblin, suivi d'une consultation délibérée à Arras, le S novembre 1766, par les avocats Leducq^ Faîne, Cornuel, Decanchy et Leducq, le jeune, est d^une haute importance pour Thistoire du paupérisme en Artois.
Dès les premières pages, Fauteur s'exprime ainsi :
€... Je ne demande que les Dîmes de ma Paroisse qae Votti retenb:^.... J'ai épuisé vainement auprès de vous toutes les voyes de conciliation... Il me semble vdus entendre me répéter ce que vous m'avez déjà dit équîvalcinent : Pasteur des âmes^ que viens- tu demander ? Notre partage est fait. Le travail est pour roi, voilà ton lot ; nous jouissons tranquillement des fruits de tes travaux j voilà le nôtre. Cultives, ensemences la terre ; si tes sueurs ne suffisent par pbur la rendre fertile, joins-y tes larmes, et, sll le feut, le plus pur de ton sang. »
Et plus loin :
€ Nqus irons nous jeter aux pieds du plus juste et du meilleur des Rois. Nous lui représenterons Pétat doulou- • reui d'un Pasteur^ né avec une âme compatissante, profondément pénétré de la misère de ses Paroissiens ; obligé, pour la soulager, de k partager avec les premiers qui se présentent^ et^ réduit ensuite à l'affreuse nécessité de ne . pouvoir, rekvec les autres qui tombent à ses pieds, dévorés et presque anéantis par le froid, la faim et la msladsie^i de nt pouvoir essuyer les larmes qu'ils répandent dans son sein> de voir leur nudité sans pouvoir la couvrir, ».
(i) Mémoire consulté concernant la réclamation des Dîmes, pourltf ^ ctué deCambHn,jSpo^ie l^abbayexle SaintnElox^ JBÎ^ d'Arras^ eo ArxoiirAfras*^ çh'é:^ tiévm PtntiaUf libraire {1766 ), 11^ de dd pa^
^adn&6«itt ensuite diréctâmem àr Pabbé de Saint- Eloi, (i) dan« une lettre parthïuUére^ It curé de Camblîn^ âpres lui awrrdit qii'it était « hors d'état de pouvoir soii- « lager la misère d'un grand nombre de personnes ré* « duite»& la plue affreuse extrémité, » lui demandait pour ses « PAUVRES^ ilQfcniAKT DB PAiii Bf &K PRom, S' Un* secotxrs qai lui permit de leur donner du* « bouillon, des bas, des souliers. »
Voilà Tétat réel de nos campagnes à la fin du dix-IuLr«* tième siècle ; et cette situation est à peu préa la même partout,, qu'il s'agisse de l'Artois ou de la Picardie*
On conçoit, dès lors^les soulèvements d'indignation (|ui se sont emparés de l'âme généreuse de Babeuf I
Quand des ecclésiastiques sont contraints de faire» par écrit, de tels aveux^ peut-on reprocher à des laX(|ues de les avoir suivis dans Tarène^ pour y défendre, violemment méme> les- intérêts du Peuple?
Pour la Picardie, ^ contrée que M. de Cakmne a plus particulièrement visée, —• nous avons un document qui emprunte au nom de son auteur, le Marquis de Yalengj^ert^ président de ^Assemblée du Département d*Abbe^ tHle, en 1789, une graiide autorité.
Onpeutyen effet^acccpter les affirmations d'un homme dé faùcien régime, qui adresse at^ Roi, par k votedetopre^^ej le» doléances des d â^vies bien^fai^nre» y de sa pfonrince.
Le document dont il s'agit af pour titre : DétrortciaHùm des abus... Moyens d^aifUtener le trai bonheur général* Dédié à là Nation française. (P^rts), 1789, in-8.
L'auteur, membre du corps de la NoMesse, àMeM d'abord que « l'amour do Uen public » guide seu! sa plume. Il ne veut dire que la vérité, qu'il sait déplahre, et que eeux qui ont tort traitent souvent de critique.
(t) L'abbé de S**Ei|ot tirait 600e liyrea de reveau de la paroisse de ùùnblio,'et ne' donnait pas un seul denier pour les pauvres de 0% lieu.
Après ce court préambule^ il résume, en quelque sorte, en ces mots, les io3 pages de sa brochure :
« Il n est que trop démontré — dit-il, — qu'il y a de grands abus.
€ Le déficit en fait foi pour les finances, la difficulté des enrôlements pour le militaire, l'émigration des campagnes pour l'administration rurale.
« Le pauvre état oti est réduit l'agriculture par le régime des impositions prouve qu'il est mauvais : h France manque de troupeaux, de chevaux, de lins, de chanvre, de cuirs, d'huile, etc., etc., etc^. >
En ce qui concerne l'administration des provinces, il voudrait quç le Roi pût s'assurer de la nature et du nombre des abus en tout genre qu'elle engendre ; et, à cet égard, il proclame avec juste raison, que < l'obéissance est douce quand elle a des bornes connues des deux parties. > L'administration provinciale de Picardie, à la veille de la Révolution, s'occupait, paraît-il, des afEaires « avec les ménagements d'une administration qui craint de ne durer qu'un jour. >
Abordant dans son premier chapitre, la question, toujours capitale, de l'agriculture, le marquis de Valenglert, trace ce sombre tableau, qui dififère sensiblement de celui de M. de Calonne :
< L* Agriculture en France est entachée d'infamie, par l'opinion, puisqu'un bourgeois est censé vivre noblement quand il s'en abstient, ainsi que de toutes spéculations mercantiles. Elle est abandonnée aux fermiers qui, n'ayant qu'une propriété passagère et incertaine, ne peuvent et n'osent faire les avances que la terre demande pour payer avec usure celui qui y confie ses fond^ avec intelligence...
< Pourquoi les propriétaires ne se livrent-ils pas aux spéculations agricoles?... La nature a dit son mot et n'en a pas d'autres : liberté aux spéculateurs. Son auteur a mis dans chaque partie une tendance vers le bien, que Tintérét particulier saura toujours développer quand ii aura la liberté d'agir.
■nMwaaN«0i*HRaMB«MiMMi«BaH^Maa«H«a«a
< Voyons si quelque entrave gène les spéculations agricoles.
« L'habitant des campagnes, c'est Thomme dans le premier état de nature, vivant du produit de ses terres, du lait de ses troupeaux. Cet homme travaille par besoin^ mais jamais par goût. Il craint de faire connaître ses richesses, de peur de se voir taxé en raison de son industrie, de la réussite qu'aurait eue sa spéculation. Il craint de se voir enlever le plus chéri de ses fils par le sort de la milice, et livré au bâton du caporal, pour avoir contracté l'habitude penchée du laboureur. Cet homme abhorre sa condition et ne travaille que dans Pespoirde voir finir ses malheurs. Quand sa fortune lui permettra d'acquérir une charge qui lui donne la noblesse, alors cet homme commence à recevoir les faveurs de l'Etat^ non pour les services qu'il a rendus, mais pour renoncer à l'agriculture et au commerce...
< L'habitant des villes y est considéré à raison de son inaction; s*il vit noblement^ c'est-à-dire en rentier, il a le pas dans l'opinion sur Thonnéte citoyen qui fait naître la richesse de l'Etat. Cet homme tend encore vers la noblesse, pour participera toutes les exemptions... Suppo* sons-le, maintenant^ voulant faire valoir ses champs ; il deviendra sujet à l'ignominie conventionnelle del'^at de paysan ; ses fils seront sujets au sort de la milice et du bâton du caporal; il sacrifiera certainement toute spéculation qui devra lui amener de tels désagréments pour premier résultat.
€ Les Abbayes d'hommes seraient très propres à faire de grandes spéculations agricoles ; mais ils craignent de voir partager la réussite de leur industrie par leur Abbé commendaircj qui n'aurait participé en, rien à leurs avances et à leurs soins» .
« Le Noble .peut avoir quatre charrues exemptes de taille, ce qui est un avantage précieux pour la pauvre noblesse, mais insuffisant pour les grandes spéculations. Il y a encore une entrave de plus ; le gentilhomme ne peut
^fcl— —— — >■ Il III i-in II ■ ifc I ■ m,m I. Il I.. i>
ttCfKt^ tcfs qfoatfe ^larrues 4ean qMtre pafdî«ce» différentes ; il faut qu'il engrange sur une seule et méine pt-
tx>isse... >
Le Marquis de Valenglert conseillait donc, comme
.remède 'ft la désertion des campagnes, €t oomme « so-
.perbe spéculation en agriculture, • de ftire valoir ks terres incultes a^nec des chevaux de l'artillerie et de la cavalerie; et d*y foire travailler tout soldat de bonse volonté, dont on formerait utie tribu militaire, soldée, qui, à raison de 45 livres par an, ferait, pour chaque
'homme, après trente ans, rSSo livres, avec lesquelles il se retirerait.
Ces tribus auraient été le centre de Haras immenses, de quantités de troupeauir, dont les laines, «upérieuresè
-cèdes d^Ângleterre et d'Espagne, auraient approvidonné
4'univers.
Il voulait que ces soldats-laboureurspussent se marier,
-et que leurs enfents, éievé3i en commun, travaîUasseot 4ouSy mwanî leur âge et leur sexe.
Nous sommes là en présence des doctrines du Babouvlsmç.
:Éoartttnt ce tévt généreux du philanidirope Abbevil-
lois, pour revenir à aes pnopoattions économiques, nous
le vDyoos.demander, ^ageottQt, que Ja vérité puisse ar^
-riv»rjissqu^u souverain, qui îgnonait les entmves que
la fiscalité appertait aux sp&ubtttoas agricoles.
Le paysan était alors atteint, sous toutes formes; et c'était lui qui devait travailler pour engraisser les privilégiés, dont le nombre augmentait sans cesse. Les privilèges étaient si evcessifs, qu'ils produisaient partout des vexa[tiofM^brtitetes,'qu*on «urait dlli'évittr avec soin.
Le marquis de Valenglert, cite un exemple ^ngulier de ces vexations, arrivé à Avesnes, entre Abbeville cl Atrfiens.
•Un paysan. menait «u marché; dans sa charrette, Iccth thon de-son voisin.
An letour du marcbi^Ievoiaii^ ne put pfrendre^ daas la diamtte, la place de son cochon.
Les privilèges des diligences et des messageries s*y opposaient.
Ce qui lai faisait dire^ toujours avec juste raison, que < tout privilège exclusif est un don fait à un seul par le Gouvernement de la propriété de tous, t
Puis il ajoutait : « Nul tarif de proportion n'existe; tout est prohibé à Tinsu de tout le monde. Le pay.san qui a le malheur de perdre un demi-muid de vin ou de cidre dans sa cave, est à l'amende de 5oo livres ; c'est le gros manquant ou trop bu ; pas un paysan ne sait ce qu'il peut faire ou ce qui est défendu. Les amendes du Royaume sont de 3 livres i5 sous; celles de la Ferme sont de 3oOy5oOj 1200 livres... Aussi que de gens ruinés par la Ferme! que de gens aux galères!!... 11 semble que toute propriété est à sa disposition... »
C'est que partout l'ambition des privilégiés l'emportait sur /a voix de Phumanitéj et qu'il fallait à ces genslà» du travail « pour leur avancement, comme à un mili- > taire quelques campagnes qui font gémir l'humanité. »
En forme de condusiofi^ le Marquis de Valen^ert disait encore :
€ Le Gouvernement de la 'France est manichéen.
» Le Roi veut le bien et le cherche.
» La Fiscalité veut de i'ai^ent et opère letnal contre la volonté du Prince, quoique sous son nom.
€ Le commerce est entaché d'infamie de fait et d^ôpinion. Il y a, sans donte, utfe ordonnance qui permet â la Noblesse de commercer; mais l'opinion le tléféndj ce qui est plusr fort qu'une ordotmanctî. »' '
Accorder plus^ xle liberté 1 ragncultuie^çpcouragprle commerce,supprimer les charges inutile8,modérer l'ambitioft^ corps delà NoUrsEe^qui a.toxhMjix cONsrAiiktNT
» J)£S CHIXèltSS KT QUI BST' aUKCHUlRGi DB PRlVlLBéub k
» QUI l'on a YBNPU DBS TITRBS COMME ON VEND DU IBI. BT DU
» TABAC », secourir < lb peuple^ qui a des réclamations
» SANS NOMBRBTRèSJUSTBS^TRÈS FONDÉES^ A FAIRE VALOIR. »;
tels furent les vœux formulés^ en 1789, par le philanthrope dont nous venons d'analyser l'intéressant étrit.
Ses vues sont celles d'un homme perspicace, juste pour le passé, sévère pour le présent, et qui espère dans l'avenir*
Mais à tousj il demande de la modération dans les dé* sirs.
Au Tiers-Etat/ notamment, il dit ceci :
« Connaissez la source de vos maux... Vous payez plus d'impôt que les deux Ordres ? Ce ne sont pas eux qui vous ont imposé. La fiscalité a voulu tirer de l'argent en abondance, sans aucune vue politique^ par la force^ à tort et & droit. Le Clergé s'en est exempté dans le temps qu'il régnoit plus sur les âmes; la Noblesse, par son accès auprès du Prince. Vous êtes restés seuls en butte aux coups fiscaux. Quels reproches fondés avez-vous à faire aux deux Ordres ? De vous avoir abandonnés dans cette joute } Ne leur en sachez pas mauvais gré. Ils auraient succombé comme vous> «'ils n'eussent séparé leur cause. Vous payez la taille I L'Etat reconnaîtra qu'il &ut vous débarrasser de cette note désagréable^ pour laisser renaître l'abondance et la splendeur. Vous tirez à la milice ! C'est te second chapitre du Code des Noirs. L'amour de l'humanité^ si généralement répandu^ engagera à la convertir en une prestation en argent.. •• Si un seul homme osoit exposer au roi tous les abus, obtenoit sa confiance, et résistoità la tourmente de l'intrigue^ ces abus disparaîtraient immédiatement. Mais Henri IV, lui-mêiaeiapensé renvoyer SuUy^ tt lui a fait mauvaise chère^ suivant l'expression du temps. Il nY a donc que les Etats à désirer.«. »
Ces Etats généraux, si désirés et si discutés, sonneront bientôt le glas funèbre de la Monarchie ; et c*en sera
fiiit> à tout jamais, de la taille» des aides, de la gabelle^ de la milice» des privilèges et des privilégiés.
Partout on criera à VEgalité^ pour nous servir encore d'un mot du marquis de Valenglert ; et ce mot, repercuté de province en province» deviendra plus tard le mot de ralliement des hommes du Tiers-Etat» qui» voulant le bonheur commun, se grouperont en désespérés autour de Graccbus Babeuf.
Tandis qu'en Picardie, un membre de la Noblesse élevait la voix en faveur des habitants des campagnes, en Artois^ d'autres membres de la Noblesse les excitaient contre le nouvel ordre de choses» dans une brochure» piquante d'intérêt» et qui dut être distribuée presque de porte en porte.
Cette brochure (i), peu commune aujourd'hui» a pour titre : Le Réveil de l'Artois, ou Réflexions sur les droits et intérêts des Artésiens^ et autres habitans des pro^ vinces Belgico-Françoises, par un habitant des pro» vinces Belgiques,
Il y est dit que dans la plupart des brochures et journaux dont on inonde l'Artois» on ne cherche qu'à égarer les populations» en leur faisant perdre de vue leurs intérêts» par des chimères» de fausses espérances et sous le prétexte toujours séduisant du bien public.
Que sommes-nous ?
Qu'allons-nous devenir ?
Que nous reste-t-il à foire ?
Telles étaient les questions que Tauteur anonyme adressait à ses compatriotes à la veille de la Révolution.
« Nous sommes un peuple libre »» leur disait-on, et cette « précieuse liberté» nous la tenons de nos ancêtres» de nos pères» qui s'y sont maintenus au prix de leurs travaux et de leur sang. » Cette liberté» base de la constitu-
(1) S, l. n. d. (1790). 48 pag. in-8. — > L'auteur de cet opuscule eat resté inconna aux bibliographes.
tioa de l'Artois, et qu'on avtit, disait-on, faoBsemexit dénommée privilège^ émanait ou de la Gaveur des princes, ou des concessions gratuitement faites A l'Artois par la Nation française. L'Artois, ne s'étant réunie à la France que sous la oondition expresse d'être gouvernée suivant SUS immunités^ noblesses^ franchises^ libertés, privilè^ geit constitutions^ usages et coutumes^ pouvait, dès lors, se séparer de la France, dès l'instant où la France, repréçentée par ses Souverains, cessait d'être fidÀle aux engagements contractés.
C'était dulangage de pays^d'Etat.
En d'autres temps, la défense des privilèges de P Artois, aurait pu être, pour ses habitants, un prétexte légitime à révolte ; mais plusieurs fois déjà, les privilégiés avaient payé cher leurs séditions; et rien n'indiquait qu'ils voulussent se soustraire désormais à la loi commune. La tentative desoulèvement fomentée parla noblesse d'Artois, fut donc sans effet sur l'esprit des populations devenues indifférentes, ou prêtes à subir un nouveau joug. Il est incontestable cependant, que l'intérêt privé se trouvait atteint par le nivelldment qui se préparait de toutes parts. La province d'Artois jouissait, en effets de privilèges étendus.
Elle s'imposait elle-même, et ses contributions y étaient établies par ses préposés, dit Hauteur anonyme que nous analysons — alors que « dans la plupart des autres provinces, les impositions étaient ordonnées, réparties et per* çuj&s d'une manière arbitraire, injuste et tyrarvnique» ;
Son Administration était < douce, humaine et paternelle » ;
Elle n'avait jamais été assujettie à la taille personnelle, à la taille d*inJustrie, à la capitation, â la corvée, ou à quelqu'autres impôts de cette nature ;
Elle était exempte de la gabelle,*»— qui, en Picardie^ avait motivé les plaintes si vives4e Sabeuf ;
Elle avait la faculté de cultiver le tabac et.d'cn faire le commerce ;
EtHîn^tDii ne connaiisaît en Artois^ ni paprcr timbré^ ni formule, ni Insinuation laïque ou ecclésiastique, ni coqtrôle, ni petit scel, ni droits pour ks usages et communaux, ni huissiers prisettr«> vendeurs de meubles, ni bureau des fermes, etc., etc.
Tous ces privilèges étaient de nature à porter les populations à donner leurs préférences à l'ancien régime; mais plus clairvoyants que leurs seigneurs, nos pffjrsans acceptèrent d'être soumis, pour Favenir, aux lois qui allaient régir la France entière. Pourtant on leur avait dit : « Attendez-vous à n'avoir jamais ni sûreté^ ni tranquillité dans vos viUes et dans vos campagnes; aucune propriété ne sera assurée, et nous serons dans un ^tat de guerre continuel; toujours obligés d*avoir les armes à la main, pour défendre nos vies et nos fortunes. > Et^ comparant Tavenir au présent, on leur insinuait qu'ils n'avaient presque rien là diésîrer en fait de liberté et d'égalité, et que comme leurs pênes, ils devaient répondre aux projets qui menaçaient kars coutumes : c'est imp(^sible !
Ce mot ne fut pas dit^ parce qu'en Artois et en Picardie -on voulait, comme ailleurs^ « briser Tespiit des Provinces «t des grands Corps, » et unifier la France^ f^^qu'aliors jdivjsfc en régions*
De même «que l'uniformité dans les lois criminelks a été dn des plus grands bienfaits de la Révolution » ( i)^i' uniformité des coutumes^ des règks administratives, a été, même pour les pays d'Etat, une supériorité marquée sur l'ancien régime.
11 ne faut pas oublier^ au surplus, lorsqu'on fait des comparaisons de cette nature, que les droits dévolus aux Seigneurs d'après les anciennes institutions de l'Artois^ étaient multiples, frappaient lo urdement sur ceux qui
( I ) Exposé de laligUîation <outumière de VArtoh^ par £. Lecesne, aris, 1069, in-8, p/DÔy.
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en étaient grevés, et qu'il a fallu le grand ébranlement de la Révolution pour en venir à bout.
Néanmoins^ ajoute M. Lecesne(i)à qui nous faisons cet emprunt, il faut reconnaître que la Coutume d'Artois € était infiniment plus libérale que la plupart des Coutumes de la France. Ainsi^ elle s'était appliquée à restreindre autant que possible les droits féodaux si étendus ailleurs : on ne saurait trop faire remarquer cette différence. Ce qu'il faut surtout signaler^ c*est que les terres roturières étaient beaucoup mieux traitées en Artois que dans une infinité d'autres provinces. Cela prouve évidemment l'importance dont le Tiers-État jouissait. »
Les États d'Artois donnèrent souvent l'exemple deTamour du bien public (2), et malgré les difficultés que leur suscita l'évéque Conzié, et dont aucun historien n'a parlé, ils purent encore à la veille de la Révolution^ pour atténuer les effets de la disette, employer plus de 600^000 livres à procurer du pain au peuple, en donnant à vingt livres les blés qu'ils s'étaient procurés à quarante livres et au-delà.
Mais on constatera combien étaient étroites, sur certains points^ les vues des conservateurs du temps^ lorsqu'ils invoquaient le droit qu'on avait en Artois de planter du tabac en toute liberté^ comme un des motifs à opposer au nouvel ordre de choses.
Leurs doléances^ à ce sujets méritent d'être conservées.
Elles se résument en ces trois propositions :
< Nos terres sont très propres à la culture de cette plante; elle les purge des mauvaises herbes, et les dispose à porter dans Tannée qui suit celle de la plantation, des récoltes de grains beaucoup plus abondantes.
(i) Même ouvrage, pages 112 et xx 3.
(2) On Ht dans les Mémoires de Bachaumont (tome 34^ p. 304) •
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« L'usage que nous en fsiisons contribue à nous préserver des maladies auxquelles nous expose Thumidité dtt sol que nous habitons.
« Le tabac est d'ailleurs une espèce de nourriture pour ceux qui en usent^ et que cela vienne ou de la force de l'habitude ou de l'impression du . climat^ toujours est-il certain que plusiburs d'entre nous se priveroirnt plutôt
d'une partis de leur PAIN,QUE DBL4 FUMéfiDE CETTE PLANTS QUI EST DEVENUE UNE DE NOS PLUS DOUCES JOUISSANCES. »
C'est l'abêtissement officiel à son plus haut degré.
Le tabac, cette plante infecte, qui a détruit Télégance et les bonnes manières arrivait^ on le voit^ à avoir chez nous la valeur d'une raison d'État.
M. de Galonné s'est également emparé de ce même ar- . gument^eton trouve dans son livre (page 211)^ cette autre doléance que les siècles précédents n'avaient point soupçonnée :
« Le paysan de l'ancien régime, en Artois^ à la faveur des franchises de sa province, consommait beaucoup plus de tabac que le paysan d'aujourd'hui.
« C'était pour lui une denrée de première nécessité : la liberté de planter le tabac sans, contrôle et la modicité du prix ayant fait contracter, même aux enfants, l'habitude de fumer, habitude devenue pour tous une seconde nature.
ce Aussi^ quelle énergie dans les protestations qui. s'élèvent^ quelle unanimité dans la revendication des privilèges reconnus à la Flandre^ à TArtois, à la Franche*
(1) Oa fume moins depuis quelques années à Arras. Cest un pro« grès au point de vue physique; et Ton remarquera, en effet, quelle influence désastreuse exerce sur les physionomies l'usage du tabac.
Nos fumeurs de pipe, surtout, ont des figures grotesques.
Rappelons ici que l'article li de l'arrêté du i*^ frimaire an II, constitutif du Comité de surveillance de la comniune d'Arras, interdisait expressément aux Membres du comité de fumer en séance.
Coatté^ paor Farrét da 29 décembre 1719^ quelle iKsi^nNCC 40 la part des États, dés que le» fêriniers^ginéraux parlent d'étendre le monopole au-delà des froAtiàres de la Picardie. »
Et citant, comme conclusion, on document tiré des ar*^ chives de la Somme, M . de Calônne ajoute :
Les Picards envient f mstiRBut sort de leurs voisins d'Artois^ qui fument tt^nquiUement la pipé «de Saint- Omér, de Dtknkerqtie ou d^Arras, sans craindre de se 1* voir arntcber de la boucbe par an commis' trop zélé. »
« Nous savons bien, disent*ils, que le tabac n'est pas d'une nécessité aussi absolue que le sel, mais nous pouvons assurer en vérité que nous trouvons dans son usage