TOUS
Mais il n'en^était point ainsi pour la Vendée.
Là, on avait 4C prescrit, de tout tuer et de tout brûler. »
Dans ce pay^ en rébellion, personne ne devait, être cru sur parole.
€ Je suis patriote et je vais vous le prouver, disait un » pauvre honnête homme de Vendéen.
< Tant pis, lui ré^f^^l x^fi.)^lfim^i^A^^<r^^^^^^
» de piller sa dépouille ; tu habites une terre maudite : ta » mourras!
» Et à Pinstant, Tinfortuné et paisible agricole est cou- » ché en joue; il expire sur son foyer ; son agonie équi- » vaut à mille morts, par le poignant spectacle de sa fem- > me qu'il voit éprouver le même sort, mais livrée au pa- » ravant aux horreurs brutales de leurs communs assas- » sins^.... de ses enfants également immolés, emportés au » bout des bayonnettes,.... de sa maison en proie à la » cupidité rapace des cannibales^ et finalement livrée aux » flammes sous lesquelles il rendra ses derniers soupirs. »
Après ce navrant récit, Babeuf ajoute qu'il va arracher tout à fait le voile quia empêché de découvrir, jusqu'alors^ qu'il n'a existé une insurrection de la Ven* dée, que parce que d'infâmes gouvernants Tout voulu^ et qu'il entrait dans leur plan affreux, tandis qu'on sarclerait la Nation dans toutes ses diverses parties, de la faucher totalement dans une région entière^ qui, par sa beauté et sa bonté productives^ fournirait une vaste ressource à l'établissement des premières Colonies agra* Tiennes.
L'idée primordiale de Babeuf, celle qui domine ses écrits et qui dirige ses actes^ éclate de nouveau dans ces dernières lignes.
C'est toujours le bonheur comptun, qu'il a rêvé pour la Nation entière^ qui le fait protester aussi violemment contre une expédition désastreuse pour tous, et qu'il entrevoit sous des couleurs peu favorables à l'amélioration du sort du plus grand nombre.
Il disait dès le début de cet écrit que nous analysons :
< Maximilien et son conseil avaient calculé qu'une vraie régénération de la France ne pouvait s'opérer qu'au moyen d'une distribution nouvelle du territoire et des hommes qui l'occupent. »
Suivant lui, Robespierre et son conseil étaient « convaincus que les régulateurs d'un Peuple n'ont rien fait
destable et de solide pour sa régénération, s'ils n*ont réalisé la grande conclusion de J. Jacques, que pour que le gouvernement soit perfectionné il faut que tous les citoyens aient assei( et qu'aucun n'ait trop. »
Donc, «pour assurer d'une manière inaliénable^ le domaine de chaque individu et sa portion alimentaire suffisante^ garantie sur toutes les combinaisons convenables, même sur délie du calcul de la proportion entre la population et la somme totale des produits du sol, » il fallait, puisque les propriétés étaient tombées aux mains d'un petit nombre de français, les ramener toutes sous la main du Goi^ernement en immolant les gros possesseurs, et en imprimant aux autres une terreur assez forte pour les décider à souscrire à la loi désormais commune de l'indivisibilité de la propriété.
Le système de dépopulation adopté par Carrier, à Nantes, par Lcbon, à Arras, et' par d'autres Proconsuls, n aurait eu, suivant Babeuf, d*autreraisond'éere que d'assurer la nouvelle répartition des richesses entre ceux qui devaient rester; et, dès lors, s'expliquerait la «guerre de » Vendée, la guerre extérieure, les proscriptions, les » guillotinades, les foudroyades, les noyades, les confis-
> cations, le maximum, les réquisitions, les préhensions,
> les largesses à certaine portion d'individus, etc. »
Quelque extrême que soit cette conclusion, elle démontre qu'en l'an 111, date de la publication du livre, Babeuf était fortement opposé aux exécutions qui avaient souillé le sol de la. France.
Du reste, il s'empressait d'ajouter en note : « Je supplie qu'on ne suspecte point ici ma doctrine. ' Je n'en fais point mystère. Je n'ai point d'opinion de
> circonstances... Je déclare donc que je n'entends point
> censurer la partie du plan politique de Robespierre, re- * lative aux secours levés sur les riches en faveur des en- » fants et des parents des défenseurs de la Patrie. Je ne ^ césure même pas les mesures institutionnelles qui ont
ma
> pour obf et de saigner Tenfant delà fortune pour lécom-
> penser ces défenseurs eux-mêmes, au retour des com- » bats.
< Ce que je vais dire a déjà été réfléchi et observé, mais » on ne peut trop le répéter.
« Il ne serait nullement juste que celui qui n'a rien » s'exposât et se sacrifiiat pour défendre les propriétés » au profit de ceux qui les tiennent, tandis que ces der- » niers laisseraient languir sa famille^et lui-même à son re* » tour, si le hasard le faisait survivre aux fatigues et aux » périls de la guerre.
K Je vais plus loin, *•— ajoutait Babeuf. Je dis que, dût » cette opinion paraître ressembler au système de Robes- » pierre, soit que l'on combatte ou non, le sol d*un » Etat doit assurer l^existence a tous les membres oe
> CET Etat. >
« Je dis que quand, dans un Etat, la minorité des socié- » taires est parvenue à accaparer dans ses mains les ri- » chesses foncières et industrielles, et qu'à l'aide de ce » moyen elle tient sous sa verge et use du pouvoir qu'elle
> adefaire languir dans lebesoin,la majorité, on doîtrecon- » naître que cet envahissement n'a pu se faire qu*a l'abri
> DBS mauvaises institutions du Gouvernement.
<c Et alors, ce que Tadministration ancienne n'a pas » fait dans le temps pour prévenir Tabus ou pour le répri- » mer à sa naissance, l'administration actuelle doit le » faire pour rétablir l'équilibre qui n'eût jamais dû se » perdre.
Par conséquent, « l'autorité des lois doit opérer un re^ » virement qui tourne vers la dernière raison du Gouvcr- » nement perfectionné du Contrat-social : que tous aient
> ASSB2 et qu'aucun n'aIT TROP.
Si c'est là, concluait Babeuf, «ce que Robespierre a va, «Ha vu, à cet éçard, en Législateur. »
Robespierre avait, en effet, jeté un jour, comme défi à ses détracteurs, ces mots qui résument sa doctrine 5
« Une révolution qai n'a pas pour but d'améliorer pro-
> fondement le sort du peuple n'est qu'un crime rempla* » çant un autre crime. »
S'exprimant lui-même en Législateur, Babeuf disait aussi :
€ Ne seront pas Législateurs^ tous ceux qui ne tendront
> point, PAR DES INSTITUTIONS qu'il soit possible d'enfrein* » dre, A POSER des bornes sures a la cupidité et à l'ambi- » tiouj à affecter tous les bras au travail^ mais à garanti r, » moyennant ce travail^ le nécessaire à tous^ l'éducation
> égale et l'indépendance de tout citoyen d'un autre; a
> garantir de même le nécessaire, sans travaili a l'en-
» EANCE, a la faiblesse^ A l'iNFIRMITÉ ET A LA VIEILLESSE.
c Sans cette certitude du nécessaire, sans cette educa-
> CATION, sans cette indépendance réciproque, jamais vous.
> ne parviendrez à rendre la liberté aimable; jamais vous » ne ferez de vrais républicains.
> Et jamais vous n'aUREZLA TRANQUILLITE INTÉRIEURE ; ja->
>mais vous ne gouvernerez paisiblement; jamais la poi- » gnée de riches ne jouira avec sécurité d'un regorgement » scandaleux, à côté de la masse affamée. »
11 ajoutait ensuite, avec un sentiment de tristesse qui peint bien l'état de son âme :
» Que les premiers voient justes et otnrrent les yeux à » la vérité, à leurs propres intérêts ; il s'exécuteront eux- » mêmes; autrement^ la nature (elle fut toujours juste), » quand la mesure est comblée, quand l'essaim du peuple,
* à qui tout garde-manger est fermé, est devenu dévorant,
> force toutes les digues ; alors, cette guerre intestine qui ^ subsiste toujours entre les affameurs et les affamés, éclate » et renverse <out ; alors il n'y a point de gouvernement
> qui puisse arrêter le torrent ; alors, se réalise ce qu'a dit
> Barrère : Les malheureux sotit les puissants de la terre; ils ont droit de parler en maîtres aux gouvernements
* qui les négligent. Il n'y a que la dépopnlatîon qui soit ^ capable de calmer ce vent impétueux ; mais le simple
» essai de ce moyen n*est pas sans danger. Barrère, Robes- » pierre et adjoints^ en ont fait l'expérience. >
> Je RéPROuvB PAR DESSUS- TOUT, concluaît Babeuf — es