‹ Histoire de Gracchus Babeuf et du babouvisme d'après de nombreux documents inéditsChapitre 9 sur 59 · XV · texte numérisé non relu

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mafidons après lai et c'est ce que d'aati^j aprèg nous, demanderont et exigeront.

Formons des vœux pour que nos Législateurs, s'inspirant des pensées de sage Egalit^ qui dominent l'ayenir, dotent enfin la France d'institutions qui assurent partout aux malheureux de prompts secours en cas de chômage ou de maladie^ et aux plus déshérités un asile convenable pour leur vieillesse.

Les aspirations généreuses de Babeuf seront ainsi réalisées.

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DE

jRACCHUS BABEUF & DU BABOUVISME

1760 d îy95f^ ^ Ndissancê de François^Noël Babeuf. — Sa fintdUe. — Sa jeunesse» -^ Ses protecteurs. — Ses premières tribulations. — // se marie. — Son premier enfant. — // ujixe à Roye.— Il devient Commissaire à Terrier,

La plupart des biographes ont ignoré la date de la naisaoce de Babeuf. Buonarotti la fixe à Tannée 176a ; Cabet, fiidot, Michaud, Larousse^ Devisme^ dans son Manuel historique du département de V Aisne, et M. Fleury, dans les deux éditionsde sa vie de Babeuf^ à l'année 1764 ; chez d'autres, et c'est le cas pour la première édition de Chaudon et Delandine» il y a absence de date. M. Coët, seul, aoteur d'une excellente Histoire de la ville de Rqye, et de recherches sur Babeuf à Roye^ s'est donné la peine de déterminer exactement cette date qu'il faut faire remonter â Tannée 1 760.

Voici^ au reste^ le texte entier, resté inédit^ de Tacte de baptême du célèbre socialiste :

PAROISSE St'NICAISE A SiQf/ENTIN.

Le vingt-quatre de Novembre mil sept cent soixante^

a été batisé par moy soussigné pi'etre curé de cette paroisse François Noël, né hier de légitime mariage de Claudb BABU^ employé des fermes du roy au faubourg S*-Martin de la ville de S*-Quentin et de Marie Catherine Anceret. Le parain a été Quentin Graux^ garçon jardinier de la paroisse S^-Margueritte de cette ville, et la maraine a été Margueritte Divers, ' fille aussi de la paroisse du. dit S^-Marguerite qui ont signé ou marqué avec nous. Fait double les jours et an susdits.

Quentin Graux. Musbux (nom du prêtre).

Marque -f àt la marraine.

On remarquera que dans cet acte le nom du père est orthographié : Babu, En Picardie^ le mot bœuf y qui doit avoir foripéle nom de famille : Babeuf, se dit : Bu, d'oti : Babu au lieu de Babœuf. C'est en raison de cette appellation populaire et aussi de la prétendue origine de la famille^ que le nom de Babeuf^ dans les documents imprimés et même dans certaines pièces manuscrites de la procédure deVendômeest orthographié : jBafr(]?2i/. C'est l'orthographe adoptée également par M. Fleury. Mais d'un acte« de Tannée 1765^ relevé au 3 octobre^ sur le même registre de Tétat-civil de S*-Quentin, bu Claude Babeuf^ père de Noël'François, figure à titre de témoins, il résulte que la véritable orthographe du nom est Babeuf. La belle et très lisible signature de Claude Babeuf^ qui se voit au bas du dit acte^ ne laisse aucun doute à cet égard.

Le célèbre socialiste connu sous le nom de Graccbos Babeuf^ s'appelait donc Babeuf et non Babœuf, et était né à S*-Quentin^ le dimanche 23 novembre 1760^ fête de S^-Clément, et non « la nuit de Noël, 25 décembre 1760^ a dans une cabane, à peu près à la même heure que le Réa dempteur », comme le prétendent é&& notes intimes recueillies par nous dans ses papiers de famille. D'après ces mêmes papiers, sa mère, privée de feu^ de linge et d'aliment^ se trouvait seule chez elle, au moment de son

accoohement, et ne put paa même être assistée par ses voisines qui étaient à la r messe de minuit. »

Son père le nomma Noël, c par enthousiasme, ayant été « frappé de la similitude du dénuement où sa jeune comi pagne^ Marie, se trouvait également, dans une contrée « bien plus intempérée. »

François-Noël Babeuf nous apprend encore, par ses notes intimes, trop souvent inexact, qu'il vînt an monde « bible et débile », à tel point qu'on crut longtemps qu'il « ne pourrait recevoir le^ baptême ». Il n'aurait été qu'ondoyé par son père ; mais nous avons vu, plus faauty qahin document officiel irréfutable constate le contraire.

Babeuf dit en outre, mais c'était alors au plus fort de son procès de Vendôme : a Moi et la plupart de mes frères « furent privés du sacrement de baptême, car de tout a temps les prêtres ne font rien sans finances » ; et nous regrettons d'avoir à constater ici de nouveau, ou son ignorance ou sa mauvaise foi, presque évidente.

Son berceau fut improvisé dans une malle vermoulue à faire le pain; et il attribuait sa petite taille à ce qu'il avait étéobligé de s'y coucher, ployé sur lui même, jusqu'au moment ou^ enfin, la malle se trouvant absolument trop exiguë, on fat contraint de le déposer sur la terre, près

l'âtre.

Il était le premier fruit d'une union disproportionnée comme âge, mais qu'une mutuelle affection avait sans doute décUée.

Quant à la bmille à laquelle il appartenait, nul ne savait au.)uste d'où elle venait.

On disait, dans le clan familial, que la ville de Bobeuf ouBabœuf (i], en Picardie, avait été fondée par un parent de Calvin, que Tédit de Nantes força de quitter momentanément sa patrie; qu'à son retour, en France,

(2)Babœuf, commune de 5i2 habitantt, à 35 kiJ. deCompiègne (Oise).

l'émigré établit en ce lieu une colonie' de transfuge», comme lul^ quis'accittt rapidement an point de s'élever à 5oo feux ; et que plos de 3oo hommes (comme la fitmille des Fabius), portant tous le même nom de Bobeuf> se trouvèrent sous les armes^ prêts k défendre le sol natal, lors de la première invasion étrangère.

Tous ces Bobeuf étaient cultivateurs; mais entretenant toujours des relations avec les Calvinistes, ils avaient pris soin que l'un d'eux fut élevé dans les belles-lettres et les arts» afin de pouvoir correspondre librement avec les diverses colonies amies et être même employé aux né^o» dations nécessaires pour conserver rindiépendaoce de la communauté.

Celui quiy au XVIII* siècle, fut chargé par eux de négociations en Suède, en Danemark, en Hongrie, Saxe et Autriche, en vue de la réunion des deux communautés Luthérienne et Calviniste, se nommait Bobeuf, dit TEpine; mais désespéré de l'insuccès de ses démarches, il prit du service dans les troupes de Marie«Thérèse, < par enthousiasme chevaleresque, et afin de soutenir la cause d'une jeune princesse dont on voulait dépouiller les enfants >, et parvint ainsi au grade de major, sous le nom de L'Epine Bobeuf. Plus tard, Marie-Thérèse l'aurait récom* pensé de son dévouement^ en lui confiant Tédocation de ses enfants, et il leur aurait enseigné, avec ce qu'il savait de mathématiques et d'astronomie, la haine de la Cour de France et du despotisme.

Cet homme serait le père de François-Noâ Babeufi

On racontait encore que lorsque l'Empereur d'Autriche, Joseph II (i), après avoir visité la fomille royale de France et plusieurs de nos provinces, sous le nom de prince

(i) Joseph II, empereur d'Allemagne, fils de François I*% de Lorraine, et de Marie -Thérèse d'Autriche, (i 741-1790), frère de Marie- Antoinette, Sous le nom de comte de F^alckenstein, il visita la France en 1781-1783. Ce prince fut un audacieux réformateur; mtàt dans son épitaphe, qu'il rédiges lui-même, il reconnut que t rien ne lui réussit. •

ëe FakkeMtûn, rentra dua tea Etats^ il pnsa fvir la Picard ia^ et se'rappelant soninayor L'Epi» Babeuf, jdoot il avait été l'élève, il exprima le désir de le revoir; màia le vieaKaqqor était mort; Joseph II poursuivant aIor& sa recherche^ arriva à Hoje, chez le fils de son précepteur^ le jeune Noël, qui venait de s'y établir. Apcès l'amir assuré de sa parfaite lessemblanoe, quant au physique et à l'esprit^ sinon à la taille, avec le major son père, le prince eut, avec le jeune Babeuf, une conversation animée sur les a&ires publiques. Batiieuf, c'est toujours lui qui nous l'aflBrme^ éta^ imbu des idées des Encyclopédistes, et l'avoua au prince. Il lui dit aussi qu'il s'occupait de rendre le Cadastre perpétuel, pour la France, à l'aide d'un plan de son invention; il «eiçujl^ à cet égard, les plus sérieux encouragements du prince, qui lui fit mâme c Us offres lc9 plus pompeuses > s'il voulait appliquer son projet dans ses Etats, lui promettant de le mettre à la tête de l'administration qu'il ciéeraU exprès pour lui avec le titre de Conseiller Impérial. Mais le jeune Babeuf « naturellement ombrageux »^ n'aimait .< Jii la Cour ni les Rois >, etil < refusa nettement», espérant que le moment était pioche, ott en France, .tout citoyen pourrait appoi^ ter à la Nation son tribut.de lumière pour; < la réformation delà jurisprudence gothique et barbare, qui opprimait les peuples depuis tant de siècles. »

N'ayant pu séduire Frssn^ois^Noél Babeuf, Joseph II prodigua ses caresses à son enfant, une belle jeune fille, qui jouait avec les cQrdoa$ etdécomtions du prince. Il promit au pèn$ d'aaffurer à la Cour l'avenir de cette enfant; tuais Babeuf' refusa u^ajouf s, disant que sa fiHe «c n'aurait besoin de personne. »

EnOaJo^ph II 9eraic parvenu à le:dédder à raccsgmpagner comme cjcerone au canal de Picardie; n^ais là eocore lea courtisans qui entouraient le prince offu^^è*rent Babwf, au point de le porter à dire à celui qui lui renouvelait ses ofTretf de service, même en France, qu'il ne ferait jamais rien pour un prince aussi absolu^ ce à

quoi^ Joseph II aurait répliqué que pour faire le bien et fonder ^es institutions chez une nation, il fallait être comme Lycurgue et avoir le courage^ la force et le pouvoir suprême^ pour mettre en pratique les plus brillantes théories» et qu'avec l'aide de la Providence^ il comptait y parvenir un jour.

Babeuf profita de ce voyage^ pour aller voir sa mère, qui était restée à Saint-Quentin; il lui annonça ce qui venait de se passer; les offres du prince^ ses refus motivés, et lui faisant envisager ses vastes projets d'avenir, la convainquit presque qu'il avait eu raison de repousser les propo* citions d'un prince absolu.

: Si nous nous sommes étendb «Urces détails Importants de la jeunesse de Babeuf, détails qu'iL a consignés aux «derniers temps de sa vie dans ses mémoires manuscrits et que son fils Emile s'est plu à^ répéter, c'est que nous n'en trouvons nulle part la confirmation. Que tout ceci soit vrai, quand même, nqus n'y voyons, dans tous les cas, que l'indice d'un immense orgueil, disproportionné certainement avec la valeur de l'individu. •

Nous ne comprenons pas, en effet, l'antipathie de Babeuf, poiirJoseph-II, si déjà, ce qui n'est pas certain, ie -jeune Commisaire à Terrier rêvait les vastes réformes réalisées par la Révolution.

En 1790, le marquis de Carraccoii eiprimait cette opinion, qui peut tris bien s'appliquer à Babeuf.

t .... Ce' qu'il y ade' singulier, c'est que parmi les plus liélés apologistes de t'Asseiâblée Nationafe, il s'en trouve ^tti^ se déchaînent contre Teéipereur, tandis qu'il est no- -toire que cette Asseo^btée n'a &it que le copier dans presque toutes ses réformes... » « • ^'.

- Un historien belge é'minent, M. Théodore Jus te^ àidit aussi, dansson Histoire é^ Joseph H : c En proclamimt ia tolérance, en diminuant l'omnipotence du clergé, en déduisant les privilèges de la noblesse, en posant les pre^ miôres bases de l'égalité, il a certainement (mais après quelles vicissitudes) préparé la grandeur de l'Autriche, il

a été le premier fondateur de sa liberté... Le règne de Joseph II ne dura que neuf ans et quelques mois, et il a plus £iit dans ce court espace, que les rois les plus laborieux pendant Tespace d'un demi-siècle. 11 fut à tous %ards le précurseur de l'Assemblée Constituante de 1789. »

Enfin^ un français qui Tavait connu» le comte de* Ségur, en parle, dans ses Mémoires ^ en ces termes élogieux :

€ Le prince, sans être un grand homme, fut un monarque juste, vertueux, tolérant, sévère pour lui, indulgent pour les autres, bienfaisant, infatigable, accessible à la vérité, toujours occupé à secourir la misère- et encourager les arts, et à récompenser le niérite. »

On voit qu'à cette époque, les sentiments de Babeuf étaient pour le moins fort discutables.

Au surplus, voici sur son père^ sur sa mère et sur lui» des indications officielles très-exactes.

D'une lettre du curé de Monchy-Lagache (1) en date du 12 juin 1785^11 résulte qu'un nommé Antoine Babeuf, marié une première fois, hors de cette paroisse^ avec Marie Trocquemets, dont il eut le 8 avril 1691^ François Babeuf, se serait marié, une deuxième fois, avec Marie Longuet, dont il euty dans, ce^te paroisse, le 8 janvier 1695, André Babeuf.

Le 3 février 1712, naquit aussi, dans cette paroisse, Claude Babeuf, qui sera le père du célèbre socialiste.

On a vu plus haut qu'elle aurait été la carrière de ce calviniste, tour à tour diplomate, soldat et précepteur.

Nous le trouvons, dans tous les cas, à l'état de déserteur dès l'année^ ^7^8, ce qui confirme peut-être la légende que nous avons rapportée ; mais en 1755, le roi de France l'amnistia, par lettres spéciales, dont voici le texte, transcrit sur l'expédition authentique trouvée par nous dans les papiers de Babeuf.

(i Monchy-Lagiche, à 12 kil. de Péronne» canton de Ham (Somme), 120S hab. ^

DP PAR l^ ROY.

SA MAJESTÉ étâot informée que le nommé Claude Babeuf^ dit l'Epine, natif de Montchilagache^ en Picardie^ ayant déserté au mois de novembre' ^7^^» àt la Compagnie 4'Estradey au régiment Pauphin étranger^ cava* lerie^ a passé en pals étranger^ d'oti 11 n'a pu rentrer en France dans le tems accordé aux déserteurs par l'ordonnance d'amni^e du premier juillet 1742, et que désirant d'être admis à jouir du bénéfice de cette amnistie^ pour rester dans le Royaume^ ilaurait très-humblement fait suplier Sa Majesté de vouloir bien lu/ accorder cette grâce i à quoy ayant égard et voulant d'ailleurs^ pour des considérations particulières, (i) le traiter favorablement, Sa Majesté a ordonné et ordonne que le dit Claude Babeuf, dit l'Epine, jouira pleinement de la dite amnistie^ quoyqu'il n*ait pas satisfait dans le tems à ce qui y est prescrit, l'ayant pour cet effet relevé et dispensé de la rigueur dp cette ordonnance et des conditions portées par icelle, sans tirer à conséquence. Fait à Versailles, le vingt-six févrie;c mil sept cent cinquante cinq.

Louis (sceau).

Et plus bâs :

R. DB VOYBR.

Ett marge :

Nous, Exempt delà Connétablie de l'Isle de France, certifions avoir notifié et remis le présent ordre au nommé Claude Babeuf, lequel a promis se conformer et obéir^ suivant la soumission qu'il en a fait au bas de la copie d'iceluy, conforme à l'oriiginal qui est resté en nos main^.

Fait à Paris, entre les deux guichets des prisons du

Grand Châtelet, comme lieux de liberté. A Paris, ce 28

février 175 5.

Bbktkblin.

(x) Qu'elles pouvaient-étre ces considérations particulier!» ?

U jOtt IpKolMiUe qw ç'tm ym OKte (fpoq^p <we Cbod# jBabmif, (Utr£ptacu.ii^e«mS.M Fmice^ obtint ao^ brigade à comipandQr deios k^ gaMkft.

U cw^rya cet eo^toi pendant ftlusiqurs années, et fa maria ea 1779^ qqoi qu'âgé ide-ôo an$, avec uxie.i^aç HUa de vingt ans, Marie-Catherine Anceret, de la [>ajr<iî|Sse de C^nsy, dont il eut wfi ocmbreufte postérité.

L'adyeraité frappait cette iamUle. Pw de lepc^ après la saissaoce de son fils Françoia^No^lf Claude Babeuf^.pour des inotî£i qui noi^ aoQjt iocoimiiSj perdit soQ modeste emploi. Il £edlut alors» dit Babeuf^ quitter là cabane et dhficcher dans le trairaîl ide la terre les moyens de p^irer à une fécondité qui était fi^ proportion croissaote de la détresse profonde de la 'fitmiUs,

Quant à lui, l'aîné de tous, il ne irecueUIit;, dU*il, <iue l'avantage d'aider sa :mère daos lesaoins du mé^iig^; il chariait ses petits.frères et sœur$ dans son propce berceau, anquel il avait mis des roues, foites de rondins de bûches.

La mère de Babeuf fila,it du lin jour et nuit ; son père travaillait en qualité de manœuvre aux fortifica^oas de Stf^oentifi,.où il anraic toaospovté ^a famille.

Babeuf 4ît^e son père : « Cet homous, fier comme iin CasâUan^ se croyait riche et lieureux^ malgré sa profonde misère ; il n'allait jamais au cabaret, mais aux grandes selennités il endossait son brillant uniforme» qu'il avait consent, ^u chapeau galonné d'-or «ta panaches, etcei- ^ goait alors, saivant les circoastaoces, ou sa Rouillarde, en forme d'épée, suspendue à un large baudrier, ou sa Roi* knde, qui étut un sabre énorme par son volume et sa largeur, et qu'il maniait cependant encooe facilement à pied. »

En to.utfa^^ le vieux major était un homme instruit et de quelque importance. Mais la misère était telle dans son intérieur qu'il n'est même pas certain qu^l ait envoyé ses cn£aLnts à l'école. F/ançois-Noêl apprit Talphabet « dans ^ quelques feuilles qu'il ramassa dans les rues > ; son père

lui enseigna, les éléments du latin, la langue allemande^ qu'il possédait â merveille, les mathématiquesi etc. ; et ses dispositions naturelles, secondées par le goût de l'étude» firent ensuite^ delui^ un homme de sens pratique, écrivant bien et sachant beaucoup plus que les personnes de sa condition..

En i774,les Possédés ou Convulsionnaires^ tentèrent d'affilier à leur association François-Noël Babeuf, qui n'avait ^ encore que quatorze ans ; mais il avait résisté à € leurs momeries », et au lieu de Us écouter, « il prêcha contre eux ». Une* possédée tenta alors de l'assassiner; et il n'aurait échappé de ses mains que par l'intervention du vieux major son père, qui tomba à coups de plat de sabre sur la procession des Convulsionnaires, la dispersa^ et en débarrassa pour toujours le cantoA*

Peu dé temps aprôs^ l'excès de misère obligea François-* Noël Babeuf à quitter la maison paternelle; il entra comme petit clerc chez un commissaire à Terrier, qui lui apprit Tarpentage. Il resta là deux ans, faisant de rapides progrès, au point d'égaler presque son maître.

A seize ans (i), lorsqu'il traînait la chaîne chez cet arpenteur> son premier patron, le jeune Noël,.«^ c'est lui, ' qui nous l'apprend encore, — avait une jolie figure, et des cheveux blonds cendrés, dont la femme de son patron aimait « à relever les ondes avec des nœuds et des rubans galants. »

Tout cela est bien régence; et on conviendra qu'on n'aperçoit pas encore dans ces prémices le terrible pamplétaire.

. D'autres ont dit qu'il avait été d'abord recueilli par la ^marquise de Soyécourt, (2) qui le destinait à la prêtrise.

Quoiqu'il en soit, dès 1777 il était au service de M. de

(i) Il n*était pas encore orphelin, comme l'ont prétendu tous les biographes.

(a) Histoire de Montdidier, par M. de Beauvillé, i'* édition. Tome I.

Bracquemont, seigneur de Damery, prte Roye^ en qualité de domestique, disent les historiens de Rôye ; intelligent et actif, il aurait gagné la confiance de son maîtise/qui lui aurait £ait donner une sorte cféducation et l'aurait chargé de ses aflaires.

Jusqu'ici, on le voit^ tout est à Thonneur du maître et du serviteur; et il y a loin de cette situation^ seprileen réalité, mais qui est la condition de tant de paysans respectables^ à la vilenie dont certains biographes ont voulu ternir son berceau, hélas ! déjà suffisamment assombri.

Qu'on n'oublie pas^ au reste> que nous sommes toujours en présence d'un pauvre petit malheureux, sans appui, qui avait eu souvent faim et qui ne pouvait qu'accepter ce qu*on voulait bien lui offrir. '

Nous ne savons vraiment pourquoi Emile Babeuf, seul survivant de François-Noêl, a tant cherché par ses correspondances, à réhabiliter en quelque sorte k berceau de son père; il n'avait pas à rougir d'être sorti d'une famille pauvre; et quand il dit: « il est &uz, archifaux que mon € père ait été élevé par diarité, en qualité de domestique, « par un seigneur d« Picardie »^ il ment peut être à la vérité ; au surplus, la protection donnée à l'enfant» était tout à rhonneur de la famille ; ajoutons même que cet enfiint montra, plus tard, qu'il était digne de cette protection, puisqu'à son tour, il fut pendant seize ans, Tunique soutien de sa mère et de ses quatre frères et sœurs.

De Babeuf, jeune homme, nous n'avons qu'une seule lettre à son père ; elle est datéo de Flixecourt, (i) petite paroisse de Picardie, oti il demeurait alors. En voici le texte:

Flixecourt, 26 mai 1780. (i)

Mon très honoré Père. J'ai reçu hier, jour del'Ascensîon, votre lettre datée du 1 5 de ce mois, par laquelle vous me

(1) Flixecourt, commune de 1729 hab., à 25 kil. d'Amiens, et disant partie de cet arrondissement.

(i) Au dos : A M. Babeuf, emplpyé des fermes du Roi, â Morcourtsur-Sommet par Corbie.

msLttgapz q\te irous, ma !teajiliie mire^ mon frtre et mes

sœoiis^epoiieatbieh^cedoatjesuiisirèfCimtentJ'aiâétiiea peînéi lorsque par yotre lettre du i8 mars 4emer, laquelfe ne foA^st arriv qu'us jnoii après, j'ai appris que ma mère était malade ; j'espère^ suivant ce que vous :me dites» qu'eUe est à présent bien rétablie., ^our ce qui est de ma santé, elle est fort 'bonne ; Dieu j'en remercie.

Vous vous informez de ma situation ; je vous la faisais connaître par ma lettre du i i-decemois. Je n'ai pas youlu vous répondre ^vant de m'étre arrangé avec M. HuUin, qui me deomera trois livres par mois^ à compter du &5 mars dernier, jour de l'expiratiioB de ma première année, pendant laquelle je n'ai rien ^gaé. Seulement il m'a &it faire un habit et une paire de souliers pour les fdtes de Pâques decoièms. Mon gain est bien modique mais pour le moment il n'jr avait pas moyen d'avoir mieux ; je resterai sous ces conditions jusqu'à ce que je trouve une place plus avantageuse.

Voilày très cher Père, la situation dans laquelle je suis ; eUe n'est pas des plus brillantes, mais quand j'envisage celle où Vuus deves être, j'oublie la mienne, et je la trouve trop douce.

Je vous irai voir, saes faute, au terme de la Saint-Jean, sekm votre désir; mais ce ne sera point dans l'espâ^ance de recevoir aucune chose de tous : votre situation ne le permet pas. Je ne le sais que trop bien, cher père ; ce n'est que la tendresse paternelle qui vous engage à vouloir faire plus que vous ne pouvez, mais le sentiment -filial me défend de rien accepter d'un père accablé de misère, et qui manque même du plus strict nécessaire. Non, mon père, je n'en<^ tend pas que vous ajovtiezàTosprivations, déjàsi grandes,et je crois que vous ne trouverez -pas mauvais que je refuse vos offres trop libérales ; si peu que vous voudriez me donner, cela vous gênerait trop. Quand je consid>ire que dans notre famille, vous n^ayez pas chacun 3 livres de reste par mois, ma conscience me reprocherait de recevoir quelque chose d'un père qui est plus à plaindre que moi.

JeLlâchenit> s'il est possible^ de trarraillchr avprAt de (|«m1qlKs honnêtes gens, que )e coimaiS) et, par le canal de àL HolKn, d'après la liste de toi sopérieurs que ▼ous rn^wnz ea^eyée, àm tous faire obtenir Tocre réint^p»tion.

Je finis en voos embrassant, ainsi que toute la famille, du meilleur de mon cœur, et je me (faittû d'être toute ma vie et que tous me reconnaitres tel) etc.

Le Yoeu de Fraâçots^Nôël Babeuf ne fût. pas réalisé : fl perdit son père, entre cette date du 26 mai 1780 et celle du i3 novembre 1782, qui correspond à son mafiage.

Ici, d<rft trouver place une anecdote que nous empruntons aux papiers de Babeuf.

Sentant sa fin prochaine, comme dit le fabuliste, le vieux mqor réunit ses enfants, et à l'atné, à Noél, à celui qui devait être un jour le terrible Gracchus, il aurait tenu ce langage:

< Mon fils, je vais enfin entreprendre le dernier voyage ; je vais quitter cette vie; je sens que mes forces vont s'éteindre ; le seul regret qui accable mes derniers moments c'est de laisser des enfants si jeunes ; mais vous suppléerez et c'est ce qui adoucit Famertume de mes douleurs. Voici le seul trésor que je puisse vous léguer : c'est le grand Plutarque; sa lecture a &it toute la joie et les malheurs de ma longue et pénible carrière. C'est à vous de choisir, parmi la vie des hommes de l'antiquité, le rôle que vous désirez suivre. Les grandes pensées viennent du cœur et vous n'en manquez pas. Vous assisterez à de terribles révolutions. Votre génie vous ditai quelle lumière vous devez suivre. Celle du peuple, depuis des siècles, à presque toujours été méconnue. Pour moi, celui auquel j'aurai voulu k plus ressembler estCaXus Graœhus^ quand' même j'aurstis dû périr comme lui et les sietis, pour la causer la la plus belle, celle du bonheur commun I Les circonstances ne n'ont pas été favorables pour accomplir mes desseins. Vous me continuerez, j'en ai la certitude, car j'ai remarqué que c'était aussi la vie dea Gcacquea que voolk* «fifeo-

tionniez le plus. Jecrois^en effets qu'il y a une transmissioi d*âges en âges des âmes généreuses. La date de votre nais< sance (i) en est une preuve^ et, d'ailleurs, vous êtes assea avancé maintenant pour qu'on puisse vous traiter eu homme. Jurez donc sur cette épée qui n'a jamais été que dan« la voie de l'honneur, de ne jamais abandonner les intérêts du peuple^ de ce peuple qui est tout, et de verser jusqu'à la dernière goutte de votre sang pour Téclairer et défendre ses droits méconnus. »

Je le jure*, et je prends l'engagement, à la face du Ciel^ qui me voit et m'entend^ d'être digne d'un tel père 1 — Telle aurait été la réponse de François-Noël Babeuf.

Dans l'intervalle de 1780 à 1782, nous ignorons ce que fit François-Noèl Babeuf^ s'il resta longtemps encore à Flexicourti chez M. Hullin, ou s'il rentra chez le comte de BracquemonC, à Damery. On le Ëiit résider dans cette dernière localité, lors de son mariage, ce qui n'est pas entièrement prouvé. Toutefois^ ses relations avec le château de Damery lui facilitèrent la connaissance d*une femme de chambre de la comtesse, un peu plus âgée que lui, qu'il épousa le i3 novembre ijS2,iii après s'être approché des sacrements de pénitence et d'eucharistie. »

Voici l'analyse de l'acte qui constate la célébration du mariage.

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