CHAPITRE XI
Guerre avec la Pologne.
Il fut impossible d'engager Sigismond, roi de Pologne, à renoncer aux prétentions qu’il avait à la couronne de Suède, et à reconnaître la dynastie qui régnait sur ce pays. Il continuait à prendre le titre de roi de Suède, et donnait à Gustaf-Adolphe celui de duc de Sudermanie, de Néricie et de Wermeland. Ces provinces formaient autrefois l’apanage de Charles IX. Il cherchait aussi à exciter des troubles en introduisant clandestinement dans le royaume de Suède des ordonnnances et des lettres signées de lui, des espions; mais il n’alla point au delà. Au moment de Ja mort de Charles IX, Sigismond aurait pu reprendre au moins l’Esthonie, tandis que la Suède et son jeune roi étaient occupés par des guerres menaçantes. Il ne profita point de cette occasion favorable, soit par suite de sa lenteur naturelle, soit parce que les États de Pologne se montrèrent peu disposés à le soutenir. Les troupes polonaises et suédoises, en face l’une de l’autre en Livonie, peu nombreuses et en mauvais élat, se tenaient dans une inaction complète ; les trêves se succédaient continuellement. Les années se passèrent ainsi de 16114 à 1617. Gustaf-Adolphe, ayant eu le bonheur, dans cet intervalle, de terminer ses guerres avec le Danemarck et la Russie, se disposa à tourner toutes ses forces contre la Pologne.
Cependant la Suède et ses habitants désiraient la paix de ce côté aussi, afin de se remettre des sacrifices exigés par une guerre qui avait duré près de soixante ans. Le jeune
roi lui-même en sentait la nécessité. Il proposa des conditions raisonnables à Sigismond; mais ce prince y répondit par des demandes exorbitantes, telle que la renonciation de Gustaf- “Adolphe au trône de son père. Ces prétentions, de la part d’un prince qui ne pouvait pas même défendre ses frontières, excitèrent une grande colère en Suède. La diète étant assemblée à Œrebro, en 1617, Gustaf-Adolphe y présenta la preuve de ses intentions pacifiques, et celle des injustes prétentions de Sigismond ; il donna en même temps lecture d’une lettre de ce prince, adressée au duc Jean, écrite avec l'intention de fomenter des troubles dans le royaume, etc. Les États, irrités par la conduite de Sigismond, déclarèrent que, malgré le besoin qu’on avait de la paix, ils accorderaient les subsides demandés pour châtier « l'orgueilleux roi de Pologne. » La guerre contre ce royaume recommença donc avec une nouvelle vigueur et dura douze ans. Son théâtre principal pendant les huit premières années fut la Livonie, puis la Prusse polonaise, et particulièrement les environs de la Vistule inférieure.
Durant les années 1617 et 1648, il n'y eut que des escarmouches insignifiantes, après quoi une trêve fut conclue jusqu'en 1621. À cette époque, les négociations pour le mariage de Gustaf-Adolphe étaient terminées, etle royaume avait recouvré quelques forces; aussi la guerre fut-elle reprise avec vigueur. De 1621 jusqu’en 1625 on se battit eu Livonie et en Courlande. Gustaf- Adolphe s’empara de ces deux provinces, prit Riga, ville commerçante d’une haute importance, fit une excursion dans la Samogitie, et battit les Polonais en plusieurs rencontres. Il fut question de nouveau de la paix. Les Lithuaniens, redoutant l'invasion des Suédois, étaient disposés à un accommodement, mais les Polonais proprement dits se laissèrent influencer par
* Sigismond, et les négociations n'eurent aucun résultat.
Gustaf-Adolphe se détermina done à agir plus vigoureusement encore, afin d'inspirer aux Polonais et à leur roi des pensées pacifiques. Il transporta le théâtre de la guerre en Prusse, pour faire connaître aux Polonais les maux qu’elle traîne à sa suite. Son dessein était de s’emparer de tous les ports pour entraver le commerce de l'ennemi, et de percevoir tous les droits de douane à son profit. Jacob De La Gardie et Gustaf Horn furent chargés de défendre la Livonie contre les Lithuaniens, et s'en acquittèrent avec honneur.
Le 15 juin 1626, Gustaf-Adolphe débarqua non loim de Pillau, et s’empara la même année de Kænigsberg, de Brauensbourg, d'Elbing, de Stum, de Marienbourg, de Mewe, etc. Il retourna en Suède pendant l'hiver, revint À l’armée au mois de mai 1627, et se mesura avec les Polonais, tantôt auprès de Dantzick, tantôt auprès de Dirschau. Il aurait remporté de très-grands avantages si des blessures ne l'avaient empêché deux fois d'activer les opérations par sa présence. Îl retourna de nouveau dans son
royaume pour y passer l'hiver, revint à l’armée en 1698, et poussa ses conquêtes jusqu'à la frontière polonaise; ses troupes légères se promenèrent autour de Varsovie en répandant L'effrai partout. Le roi aurait peut être remporté des victoires plus complètes avec le corps d'armée principal, sil n'avait pas eu pour principe dans’ toutes ses guerres de s'éloigner lé moins possible des côtes, afin de conserver Ja faculté de recevoir des secours dé la Suède. Gustaf-Adolphe passa encore l'hiver suivant dans son royaume, et ce fut pendant cet intervalle que Herman Wrangel gagna l'importante victoire de Gorzno. Gelte suite de afiités rendit les États de Pologne de. plus en plus disposés à la paix; mais Sigismond ne voulait pas encore renoncer à ses prétentions, d'autant plus qu'il espérait des secours promis depuis longtemps par l'empereur. Dix mille
hommes de troupes auxiliaires arrivèrent en effet d’Allemagne en 1629. Gustaf-Adolphe avait aussi reçu des. troupes fiahiés de Suède. Des combats sanglants eurent lieu près de Stum et de Marienbourg, mais sans victoire décisive de part et d'autre. Dans le même temps une sorte de peste éclata dans les deux camps; elle fut plus meurtrière pour les Polonais ; la division se mit également entre ces derniers et les Allemands; ni ceux-ci ni les Polonais ne paraissaient disposés à .se faire tuer pour les prétentions exagérées de Sigismond. Ce prince fut donc forcé de conclure, en septemhré 1629, à Stumdorff, une trêve de SIX ans prolongée ensuite pour vingl-cinq ans.
La supériorité des troupes suédoises sur les Polonais devint plus apparente d'année en année tant que dura cette guerre; ces derniers se maintinrent avec peine en Prusse. Les habitants de ce pays commençaient aussi à montrer un atiachement particulier pour la personne deGustaf-Adolphe; il était souvent reçu dans les villes par cette acclamation : « Notre roiest venu!» KSaus les-blessures de ce prince et l'été pluvieux de 1698, il est fort probable que toute la Prusse aurait été conquise comme la Livonie. Cependant on ne doit pas oublier que la défense opiniâtre de Dantzick contribua beaucoup à sauver ce pays. |
C'est durant cette guerre que Gustaf-Adolphe exécuta la plupart des nn eee opérés dans l'administration intérieure de son royaume, et qui distinguent son règne d’une manière si remarquable. Chaque automne il revenait en Suède. Les hivers étaient employés soit à des voyages: soit à délibérer avec le sénat et les États, et. à faire des armements pour les campagues suivantes, toujours entreprises avec joie. Les succès continuels de Gustaf-Adolphe ranimaient l'espoir du peuple suédois et le sentiment de son indépendance. Toutes les fois que le roi rentral dans son
royaume, il y était accueilli par des acclamations unanimes ; les drapeaux conquis étaient suspendus à la voûte des temples, et des actions de grâces solennelles rendues à Dieu. Chaque départ du roi comblait de joie les jeunes héros suédois qui l’accompagnaient, impatients de combattre et d'acquérir de la gloire.
Ici comme partout, Axel Oxenstjerna était le coopérateur dévoué de Gustaf-Adolphe. À la guerre, dans les négociations, à la diète, quand il s’agissait d’une affaire importante, le chancelier était obligé d'y prendre part en personne ou du moins de donner son avis. Lorsque Gustaf-Adolphe était en Suède, Axel Oxenstjerna restait en Prusse pour veiller à la conservation de ce pays, de l’armée, et ni l’un ni l’autre ne manquait de rien.
Nous allons rapporter dans quelques-uns des chapitres suivants Îles événements les plus remarquables de cette guerre de Pologne.