CHAPITRE XII
La trahison de Farensbach.
Wolmar de Farensbach, noble livonien, fut amené prisonnier en Suède en 1601; il passa plusieurs années dans ce pays: Après son échange, il entra au service de Guillaume Kettler, duc de Courlande, et, lorsque la mésintelligence : éclata entre ce prince, la noblesse courlandaise et la Pologne, Farensbach, en faisant de grandes promesses, passa au service de la Suède. C'était un homme singulier; tous les contrastes se trouvaient en lui. Dans la guerre, il était d’une bravoure remarquable et fort habile pour les surprises; dans les négociations, il était rusé, actif, entreprenant; mais l'emportement, l’inconstance, la pertidie, l'égoïsme, étaient
les traits principaux de son caractèré. Souvent il acceptait de l’argent des deux partis et n’en servait aucun. Un guerrier de cette espèce inspirait, il est vrai, beaucoup de.méfiance à Gustaf-Adolphe et à ses amis; cependant ils ne voulurent point rejeter ses offres avantageuses. Pour plus de sûreté, ils placèrent Nils Stjernskæld auprès de lui. Tout marcha bien dans le commencement ; la prise de Dunamunde, de la citadelle de Riga, de Pernau, de Grobin et de Gumbinnen, furent en grande partie l’œuvre de l’habileté de Farensbach ; mais, ayant permis le pillage à ses soldats, il en résulta une première lueur de mésintelligence entre lui et les généraux suédois. Ceux-ci crurent aussi découvrir chez lui des indices de complots avec les Polonais. Cette défiance n’échappa point à Farensbach, qui en éprouva beaucoup de mécontentement; les catholiques de Riga en profitèrent et cherchèrent à l’attirer dans le parti de Sigismond. Les choses en étaient à ce point lorsqu'un navire venant de Suède apporta de l'argent à Stjernskæld. Ce général était absent; Farensbach demanda qu'on le mit en possession de cet argent; le commandant du navire s'y refusa, parce qu’il avait reçu l’ordre positif de remettre son dépôt entre les mains de Stjernskœæld en personne. Cette réponse outra Farensbach; ses soldats pillèrent le navire, . tuèrent une partie de l'équipage, s’emparèrent de l'argent, : passérent ensuite, conduits par Farensbach lui-même, dans le camp des Polonais, et se mirent au service de Sigismond. Cet événement eut lieu en 1617. La trahison de Farensbach fit perdre aux Suédois plusieurs des forteresses qu'ils avaient conquises, après quoi fut conclue la trêve dont nous avons parlé plus haut.
Farensbach ne resta pas longtemps fidèle à Sigismond ; quelques années après, 1l rentra au service de Gustaf- Adolphe. On lui confia une somme d’argent pour enrôler
trois mille hommes en Hollande; 11 la dissipa au jeu et en dépenses folles, puis 1l se mit au service de l'empereur d'Autriche. Ce prince l’accueillit parfaitement; car, ainsi que tous les élèves de Gustaf-Adolphe, Farensbach était fort instruit dans l’art des fortifications, et, sous ce rapport, on le regardait comme le plus habile officier de l'armée impériale. La nouvelle position qu'il avait prise ne l’empêchait point d'entretenir une correspondance suivie avec les Suédois, et de les assurer de son dévouement. En 1632, il accompagna Tilly dans son expédition contre Bamberg, et contribua beaucoup à la perte éprouvée par Gustaf Horn près de cette ville. Gustaf-Adolphe ressentit une violente colère contre ce traître; mais Farensbach lui éerivit et s’excusa, en prétextant la nécessité de montrer du zèle pour le service de l'empereur, afin de ne pas donner matière an soupçon. ILoffrit, comme gage de réconciliation, de hvrer Ingolstadt aux Suédois, et vint à bout de persuader à Cratz, général autrichien, de participer à cette trahison. Une circonstance toute fortuite empêcha seule l’exécution de ce complot. |
L'empereur, qui n'avait pas la moindre connaissance de ces trames perfides, confia à Farensbach le commandement de Ratisbonne pour le récompenser de ses fidèles services. Peu de temps après cependant, les intrigues de Farensbach ayant été découvertes, il fut arrêté et condamné à mort. Sa femme et ses enfants se rendirent à Vienne en toute hâte, et obtinrent sa grâce par la médiation de ses amis. Cet officier était pour ainsi dire indispensable par ses connaissances dans l'art de la guerre, et un courrier fut expédié avec les lettres de grâce. Le jour de l'exécution étant arrivé dans l'intervalle, toutes les dispositions furent faites en conséquence à Ratishonne. Farensbach fut conduit vers le lieu du supplice suivant l'usage observé pour les officiers.
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c'est-à-dire qu'il marchait sans être enchainé, mais entouré de soldats. Lorsque, en montant la colline, les instraments du supplice frappèrent ses regards, il repoussa vivement ses gardes, descendit en courant, arracha un fusil des mains d'un soldat et chercha, avec cette arme, à se faire jour au travers de la foule. Tout ceci se fit si promptement que Farensbach renversa quatre soldats avant qu’ils eussent eu le temps de se mettre en défense; mais bientôt après il fut renversé ef tout son corps mis en pièces par les soldats exaspérés. Le courrier porteur de sa grâce arriva dans ce moment.