CHAPITRE XIV
Gustaf-Adolphe devant Dantzick.
Une trêve pour l’année 1623 avait été conclue entre Gustaf-Adolphe et Sigismond, ce qui n’empêcha point ce dernier d'obtenir des subsides de la diète polonaise pour
faire de nouveaux armements contre la Suède, Gustaf-Adolphe apprit que Sigismond assemblait des troupes et réunissait des vaisseaux autour de Dantzick; qu'il se proposait de faire un voyage de ce côté avec sa femme et son fils aîné, et que la marine polonaise recommençait à exercer des violences contre les navires suédois. Tous ces préparatifs semblaient annoncer chez Sigismond, non-seulement le dessein de rompre la trêve, mais encore de traverser la Baltique et de transporter le théâtre de la guerre en Suède. La reine douairière Christine, avec sa prudence ordinaire, quitta Nykœping, situé trop près de la mer, et transporta sa personne et ses trésors à Gripsholm, qui était plus avant dans le pays. Cet exemple eut de nombreux imitateurs. Les fortifications de Nykœæping et deGalmar furent mises en bon état; le peuple fut divisé par escouades afin d’être prêt à se défendre. Herman Wrangel et Pehr Banér devaient commander en Smolande, et Gyllenhjelm fut envoyé en Finlande. Afin de s'assurer par lui-même de l’état des fortifications, Gustaf- Adolphe descendit et remonta le long des côtes, tandis qu'on équipait la flotte à Waxholm. Le roi avait envoyé quelques espions en Prusse ; ils lui apprirent que Sigismond était attendu d’un moment à l’autre à Dantzick, où se trouvalent réunis six mille hommes et deux cents navires de cabotage, sans compter les vaisseaux marchands qui avaient été mis en réquisition. Les intentions de Sigismond n'étant plus douteuses pour Gustaf-Adolphe, ce prince prit la résolution de le prévenir. Le 13 juin 1] partit d'Elfsnabben avec vingt vaisseaux de guerre bien équipés, et arriva trois Jours après devant lantzick. Il s’empara de plusieurs navires marchands, et manifesta son mécontentement à la ville de ce qu'elle permettait à Sigismond de faire dans ses murs et dans son port des armements contre la Suède, malgré la trêve. Dantzick, étantune ville de commerce, désirait surtout
de pouvoir trafiquer en paix avec les deux partis; c'est pourquoi elle envoya vers le roi un de ses greffiers, chargé d’une æéponse évasive. Gustaf-Adolphe renouvela sa demande d'une déclaration « catégorique et prompte, si on ne voulait le contraindre à débarquer ses troupes, à élever des batteæies et à traiter la ville en ennemi. »
La bourgeoisie chercha des expédients pour ne point faire la AA demandée, Mais Gustaf-Adolphe fit alors avancer sa flotte plus près de l'embouchure de la Vistule, et <aplura quelques navires de commerce. L'inquiétude commença à s'emparer des Dantzickois; déjà ils avaient perdu des vaisseaux, et l’aventir les menaçait du mème sort que Riga. [ls supplièrent donc Sigismond de les autoriser à faire la déclaration demandée, et de cesser ses armements. Dans l'intervalle, Gustaf-Adolphe examina les préparatifs de Sigismond, et les trouva mal faits, comme d'habitude : les
vaisseaux étaient petits et en mauvais état; les troupes in-
suffisantes, et les vivres’qu'on devait emporter étaient déjà gâtés, faute de soin. Aussitôt que l'opinion de Gustaf-Adolphe fut arrêtée sur ce point, il envoya l’ordre en Suède de cesser tous les travaux de défense et de renvoyer les paysans chez eux. Peu de jours après, 1l remit aussi à la voile avec la moitié de la flotte. Stjernskæld et Klas Fleming restèrent sur la rade avec dix vaisseaux jusqu'à la remise de la déclasation demandée; ils rendirent alors les navires capturés et <inglèrent également vers la Suède.