‹ Histoire de Gustaf II AdolpheChapitre 22 sur 102 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

La campagne de 1698.

Gustaf-Adolphe était arrivé à Pillau avec des renforts, dès le 13 mai 1698, et il y concerta, avec le grand chancelier, son plan de campagne. Le roi marcha vers Dantzickerhaupt, où il se réunit à Johan Banér; il espérait pouvoir châtier Dantzick avant l’arrivée des secours promis par les Polonais, toujours lents, suivant leur habitude. Gustaf-Adolphe réussit à transporter ses troupes et de l'artillerie au delà d'un grand marais, et à les établir dans les environs de la ville. Les Suédois s'emparèrent aussi de plusieurs vaisseaux dantzickois. Mais une pluie violente, commencée le 10 juin, continua à tomber jusqu'à la fin de juillet; rien de pareil n'avait été vu depuis plusieurs générations. Les alentours de Dantzick, bas et marécageux de leur nature, furent entièrement submergés, ce qui força les Suédois à s'éloigner. Quelques troupes établies sur une hauteur se trouvèrent entièrement séparées de l’armée, et le roi éprouva beaucoup de difficultés à leur faire parvenir les vivres nécessaires jusqu'au moment où l'on put les ôter de cette fâcheuse posiüon. L'armée suédoise fut donc obligée de se retirer vers son

ancien camp de Dirschau, et Dantzick fut sauvée une troisième fois.

Les premiers jours du mois d'août amenèrent une saison plus favorable; mais, Koniecpolsky et l’armée polonaise ayant eu le temps d'arriver, Gustaf-Adolphe ne pouvait, en leur présence, rien faire d’important contre Dantzick ; il chercha inutilement à mesurer ses forces contre celles de l'ennemi.

Au début de cette guerre, et surtout sous le règne de Charles IX, les Polonais se regardaient dans toutes les armes comme très-supérieurs aux Suédois, et ils l’étaient en effet. Après la prise de Riga, ils commencèrent à reconnaître que les Suédois les avaient dépassés dans l’art des siéges, mais ils conservaient la certitude de les vaincre en rase campagne. Après celle de 1626, et surtout après le combat de Mewe, les gens raisonnables furent obligés de convenir que l’infanterie suédoise était supérieure à l'infanterie polonaise. À la suite des combats de Dirschau, en 1627, on fit la même remarque pour la cavalerie, et les Polonais virent disparaitre avec douleur leur ancienne supériorité; cependant, grâce à la vitesse de leurs chevaux, ils avaient encore un avantage incontesté dans les surprises, et dans ce qu’on appelait la petite guerre. L'habile Koniecpolsky évita donc avec le plus grand soin une bataille décisive, et s’appliqua à nuire aux Suédois en gênant leurs approvisionnements et en maraudant. Gustaf-Adolphe résolut alors de pénétrer plus avant dans le pays pour y trouver des contrées que la guerre n’avait point encore ravagées, des vivres pour ses troupes, pour effrayer les Polonais et forcer Koniecpolsky à combattre. Le 8 août fut un jour de prières générales pour l'armée, et le lendemain au matin elle se mit en marche. Les forces des Suédois se montaient à quinze mille hommes, commandés par le roi en personne. Il avait sous ses ordres Herman Wrangel, Oke Tott, Banér, les deux Thurn, Didrich Falkeuberg, Teuffel, Soop, Ruthwen, Hepburn, Torstensson, La Chapelle, etc. On suivit la rive orientale de la Vistule,

tandis que Koniecpolsky et les Polonais suivaient le bord opposé. Les Suédois s’emparèrent de Marienwerder, de Neuenbourg, d'Engelsbourg et autres villes et forteresses ; ils y firent un butin considérable dont une grande partie était due à Zacharie Pauli, colonel de la cavalerie de Sudermanie. Dès qu'on manquait de vivres, Pauli était envoyé à la recherche et revenait rarement sans plusieurs chariots remplis de pain et quelques centaines de bêtes à cornes, pris dans les lieux mêmes où les maraudeurs n’avaient rien trouvé. Teuffel, Soop et Hepburn avaient des escarmouches fréquentes avec l'ennemi. Lorsque le roi fut devant Graudentz, un renfort considérable le rejoignit. Le roi de Danemarck ayant congédié le Rhingrave Otto-Louis et le colonel Baudis, ils passèrent en Prusse avec leurs soldats pour se mettre au service de Gustaf-Adolphe. Le courage des Suédois en fut augmenté; ils marchèrent droit sur la ville de Strasburg (1) et en commencèrent le siége. Koniecpolsky y envoya he secours. mais ils furent bientôt dispersés. Une parte des fortifications croula sous les coups de canon ou par les effets de la mine. Lamontaigne, qui commandait dans la ville, manquant de munitions, fut obligé de capituler le 24 septembre, en promettant de livrer la citadelle le lendemain, à condition que la garnison sortirait avec les honneuts de la guerre. Mais, le jour suivant, quelques troupes polonaises vinrent mettre le trouble dt le camp suédois, et réussirent à introduire de la poudre dans Ja citadelle. Les Polonais prétendirent que Lamontaigne devait rompre la eapitulation, cette poudre lui donnant le moyen de se défendre encore. Lamontaigne refusa de manquer à une parole donnée, d’autant plus que deux officiers avaient élé envoyés comme otages. À l'heure convenue, la citadelle fut

(1) Petite ville de Prusse. (TRr:D.)

livrée aux Suédois, et la garnison se rendit au camp polonais, où Koniecpolsky fit à l'instant punir de mort le commandant Lamontaigne, qui ne s'était point défendu assez longtemps.

Les Polonais avaient tellement épuisé les vivres à Strasburg, que l’armée suédoise se vit dans la nécessité d'envoyer fort loin pour en trouver. Didrich Falkenberg et Baudis, à la tête d’un détachement considérable, avaient été chargés de faire des approvisionnements. [ls parcoururent la Mazowie et la Pologne intérieure, pays qui n'avaient pas vu l'ennemi depuis des siècles, et répandirent la terreur jusque sous les murs de Varsovie. Cette ville songea à se mettre en défense. Le starost et le bourgmestre passèrent en ‘revue la garde bourgeoise, et allèrent ensuite à l'arsenal: mais dans le moment où ils y entraient le plafond tomba, tua beaucoup de personnes et en blessa encore davantage. On tira le bourgmestre et le starost, fort maltraités, de dessous les décombres. Le peuple regarda cet événement comme un présage funeste; l’effroi général en fut tellement augmenté, qu'un grand nombre de personnes se relirèrent dans les provinces les plus reculées du royaume. Falkenberg avait fait un butin considérable qu'il parvint à rapporter au roi.

Les pluies d'automne, en se prolongeant, occasionnèrent une humidité fort nuisible à la santé des troupes, et les vivres n'étant plus régulièrement distribués, il en résulta des maraudages qui affaiblirent la discipline. L'armée suédoise avait donc beaucoup souffert. Un grand nombre de soldats étaient morts, un plus grand nombre encore fort malades, et tout le reste très-affaiblis. Gustaf-Adolphe se décida, malgré toutes les représentations de son beau-frère, à mettre de bonne heure ses troupes en quartiers d'hiver dans Ja Prusse brandebourgeoïse, qui avait été ménagée jusqu’à ce jour. Teuffel et Thurn furent chargés du commandement de

Strasburg; après quoi le roi partit, le 30 septembre, et longea les côtes. Koniecpolsky le suivit, eut le bonheur de le surprendre près d'Osterrode, et de faire prisonnier Baudis avec quelques cavaliers. Après cet exploit, la guerre cessa, et les deux armées entrèrent dans leurs quartiers d'hiver. A la fin d'octobre, le roi retourna en Suède.

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