CHAPITRE XXV
Trêve de Stumsdorf.
La peste, en se répandant des camps en Pologne et jusqu'à à Varsovie, exerça partout d’effroyables ravages. La répugrnance des Polonais pour cette guerre, si ne à leur: pays sous bien des rapports, prenait des accroissements. continuels ; ils manifestaient de plus en plusleur mécontentement, et demandaient la paix avec obstination. Ils étaient entretenus dans ces sentiments par M. de Charnacé, envoyé de France, qui s’efforçait de démontrer clairement à Sigismond « combien il serait difficile, pour les forces considérables de l'Autriche, et à plus forte raison pour celles de la Pologne, de déLroer un prince jeune, victorieux, aimé de ses sujets comme Gustaf-Adolphe. Il était donc hcaueonp plus raisonnable de s'assurer au moins de la succession au trône en Pologne, et de chercher, dans ce but, à reconquérir l’amour du peuple par les bienfaits de la paix. Il ne fallait pastrop écouter l'empereur, qui voulait seulement occuper Gustaf-Adolphe aux dépens de la Pologne, jusqu'au moment où il serait parvenu à soumettre toute l'Allemagne. Ensuite viendrait le tour de la Suède et peut-être de la Pologne elle-même ; l'esprit de conquête était le seul moteur de l'empereur, et son affection pour la religion catholique un voile dont ille couvrait. » Ces discours firent impression sur Sigismond. Tous ceux qui jusqu’à ce jour s'étaient prononcés en faveur de la paix étaient des protestants; on pouvait, comme tels, les soupçonner de partialité. Charnacé, au contraire, était catholique, et connaissait à fond l’art d'inspirer la confiance.
À Gustaf-Adolphe, au contraire, Charnacé parlait «de
l'orgueil insultant de l’empereur et de Wallenstein, du joug que l'Autriche avait déjà imposé à l'Allemagne, et dont elle menaçait toute l'Europe. Une gloire immortelle attendait celui auquel on serait redevable de la délivrance de l’esclavage spirituel et'temporel. Pour trouver le loisir de remplir cette tâche, 1l fallait, aussitôt que possible, terminer une guerre comparativement sans importance, et ne pas tenir avec trop de rigueur aux petites choses! » La dernière partie de ces exhortations fut soutenue par Axel Oxenstjerna : le roi s’obstinait à la possession de quelques villes prussiennes. Le grand chancelier, ami de sa patrie et du roi, lui représenta avec franchise la faute qu’il commettait, et Ini rappela l'exemple de Jean HE, qui, pour défendre un vain litre, s'attira, ainsi qu à son royaume, les malheurs d’une guerre Lee Ces représentations ne restèrent pas sans effet. Sous la médiation de Charnacé, des envoyés de la Hollande, de l'Angleterre et du Brandebouré , les négociations commencèrent à Stumsdorf, village dc environs de Stum. La Suède y était représentée par Axel Oxenstjerna, Herman Wrangel, et Johan Banér. La misère des Polonais, le désir d'en finir chez Gustaf-Adolphe, et l’activité de Charnacé, hâtèrent les travaux de cette conférence, On fut d’accord en cinq semaines sur des conditions qui eurent pour résultat une trêve de cinq ans. Sigismond conserva, il est vrai, le titre d’'héritier de la couronne de Suède, mais il fut obligé de reconnaître Gustaf-Adolphe comme roi, et de lui donner tous les titres qui lui appartenaient. La Livonie ct Riga, ainsi que les ports, si importants par leurs droits de douanes, de Memel, de Pillau, de Brauensberg et d'Elbingen, restèrent à la Suède.