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CHAPITRE XXXI

Gustaf-Adolphe et l’enseignement.

Gustaf-Adolphe propageait par tous les moyens les sciences et l'instruction dans les diverses classes de son peuple. A l’époque de son avénement, l’université d'Upsal n’était plus qu'une école, et les écoles étaient tombées plus bas encore. On trouvait des individus propres à exercer les fonctions publiques; fort peu étaient en état d'entrer dans les ordres, et pour le reste il n’y avait personne. Les professeurs se déshonoraient eux-mêmes et l’enseignement par des querelles, des divisions accompagnées d’injures et vidées; entre leurs partisans respectifs parmi la jeunesse, à coups de poing et de bâton. « Si nous ne savions point par notre propre expérience, écrivait le roi, tout le bien que l’on retire des livres, nous serions peu disposé à nous occuper de notre université, à regarder avec faveur et bienveillance des maitres qui ne savent pas serespecter eux-mêmes m remplir leur mission.» Le roi mit fin d’une main vigoureuse à tous ces désordres. Les professeurs turbulents ou incapables furent congédiés, ou punis, on chargés d’autres fonctions, et l’on maintint la jeunesse dans une crainte salutaire. Le nombre des maîtres et l’ordre de leurs leçons furent déterminés avec précision. Les professeurs eurent des honoraires suffisants, les étudiants. pauvres furent secourus, l’université obtint des priviléges. importants, et le collége de Gustaf, ainsi nommé à cause du roi, fut bâti. La bibliothèque royale se.composa d'abord des. livres qui faismient partie de l'héritage du roi; on y ajouta les antiques collections des monastères de Wadetena, de Sigtuna, de Grômunkeholm, puis la plupart des livres enlevés.

aux jésuites de Prusse et d'Allemagne. Afin de répandre le haut enseignement dans les provinces, Gustaf-Adolphe fonda l'université de Dorpat.

L'amour du roi pour les sciences l’engagea à des sacrifices plus grands et plus personnels encore. Il avait hérité de ses pères beaucoup de domaines appartenant de temps immémoral à la famille de Wasa, ou qui lui avaient été donnés à l’époque de la réforme; ces domaines formaient trois cent treize fermes, 1l s’y trouvait quatre moulins; le tout, appelé terres héréditaires de Gustaf, faisait partie du domaine privé et était entièrement séparé de celui de la couronne: En 1624, Gustaf-Adolphe en fit don perpétuel à l'université. Cet exemple ne fut pas inutile; plusieurs nobles firent des donations en faveur des écoles. Johan Skytte fonda la chaire qui porte son nom ; Gvllenhjelm créa un fonds pour l’entretien des étudiants pauvres, et la reine douairière Ghristme elle-même se décida à délier les cordons serrés de sa bourse pour le même objet. Le roi nomma Johan Skytte chancelier de l’université; son successeur fut Axel Oxenstjerna. Tous deux étaient savants, ils aimaient la science, possédaient en même temps l'énergie nécessaire pour établir l’ordre et pour le maintenir dans cette grande œuvre.

L'enseignement inférieur ne prit naissance en Suède que sous le règne de Gustaf-Adolphe; les écoles établies avant lui n'avaient aucun principe de vie. Le roi reconnut la nécessité de les améliorer; on croit que ce furent l’évêque Johan Rudbeck et Axel Oxenstjerna qui présentèrent la première proposition relative à nos colléges et à nos universités ac: tuelles; on en établit à Strengnæs, à Lindkœæping, à Abo, à Wiborg et à Westerôs. Gustaf Wasa et ses fils avaient répandu les sciences et l'instruction parmi les classes élevées ; mais ce furent Gustaf-Adolphe et ses écoles d'enseignement primaire et supérieur qui tirèrent les moindres employés de

HISTOIRE DE GUSTAF-ADOLPHE. dd

l’État et la classe moyenne des ténèbres de l'ignorance où ils avaient croupi jusque-là.

La conduite de Gustaf-Adolphe sous ces divers rapports présente le gage certain de son amour pour les sciences et pour son peuple, et montre combien 1l fit d'efforts pour répandre l'instruction parmi ses sujets; c'était en partie une suite des sentiments de cette époque. La vieille philosophie scolastique avait perdu sa considération, et ceux qui l’enseignaient s’occupaient la plupart du temps de subtilités inutiles. Beaucoup de voix s'étaient élevées contre eux, et entre autres celle du grand Gustaf Wasa; mais l’abus n’en continuait pas moins. Cependant Paris eut un professeur nommé Ramus, qui démontra clairement les défauts de la scolastique ; 1l dressa un plan d'enseignement facile à comprendre, ayant pour but immédiat de cultiver l'esprit humain, de le civiliser, de le former à la vertu. Ramus, attaqué avec violence par les catholiques, fut jugé et condamné à mort comme hérétique; mais ses préceptes se répandirent et acquirent une grande célébrité parmi les protestants. Ils furent introduits en Suède dabord par Nicolaus Bothnensis, Erik Schinnerus et Erik Schepperus, ensuite repoussés durant les troubles de la liturgie jusqu'à ce que la mort de Jean IT les fit fleurir de nouveau. Johan Skytte et après lui Gustaf-Adolphe avaient été élevés dans ces principes. Ils s'accordaient parfaitement avec les sentiments du roi et avec le protestantisme. Sénèque, Hugo Grotius, les auteurs favoris de Gustaf-Adolphe, avaient travaillé dans le même esprit. La clarté et la grâce dans l'exposition pour se faire comprendre du plus grand nombre, la pureté et l'élévation du sujet, telles étaient les exigences d’un roi qui aimait les sciences non-seulement pour lui-même, mais qui voulait aussi étendre le plus possible les effets de leur lumière bienfaisante.

Par suite de cette manière de penser et de son vif amour

pour la patrie, Gustaf-Adolphe appuya avec ardeur sur l'emploi de la langue maternelle, même pour les ouvrages scientifiques. Quoique très-versé dans Ja connaissance de lanoues étrangères, il n’en vit pas moins tous les avantages qu'on pourrait retirer de la culture du suédois. « On a toujours loué un pays, écrivait-il, quand les sciences utiles à l'humanité y ont été enseignées dans la langue maternelle et que le peuple a pu s’y exercer dès sa jeunesse. Maintenant, au contraire, on est obligé d'apprendre d’abord une langue étrangère avant de traiter le sujet: d’où 1l résulte parfois que l'accessoire prend plus de temps que l’objet principal, la langue plus de temps que les sciences. Nous voulons donc que les personnes qui écrivent des livres fassent en sorte, pour le présent et à l'avenir, de traiter, autant que faire se peut, tous leurs sujets en langue maternelle. »

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