CHAPITRE XXXV Des généraux et des troupes de Gustaf-Adolphe
Durant les premières années de son règne, les généraux de Gustaf-Adolphe furent Jacob De La Gardie, Ewert Horn, Herman Wrangel, Nils Stjernskœld, Jesper Mattsson Cruus, Pehr Hammarskæld, etc., tous formés par les guerres de Charles IX. À mesure qu'ils vieillissaient ou étaient enlevés par la mort, Gustaf Horn, Nils Brahe, Johan Banér, Lennart Torstensson, contemporains de Gustaf-Adolphe, les rempla-
çaient. Vers la fin du règne de ce prince, Johan Liljehæk, Torsten Stôlhandske, Karl Gustaf Wrangel, Arwid Wittemberg, Lars Kagg, s54 Lilje, etc., commencèrent à sortir des rangs inférieurs du et et devinrent les défenseurs glorieux de la patrie sous les règnes suivants. Ils avalent été formés à l’ école de CAE A doORe.
Tous ces généraux étaient citoyens suédois par leur nais- : sance, ou naturalisés par la loi. Nous avons déjà parlé des plus âgés d’entre eux, et les plus jeunes appartiennent à l'époque suivante. Mais l’affabilité de Gustaf-Adolphe, son génie et ses succès extraordinaires attirèrent dans ses armées un grand nombre d'officiers étrangers célèbres, et
surtouL pendant la guerre de trente ans. Ils étaient la plupart Allemands ou Ecôssais. Parmi les premiers on distingue principalement ceux qui suivent.
Le rhingrave Otlo-Louis était vaillant, mais se laissait quelquefois emporter par son impétuosité; il était surtout célèbre par son habileté dans le commandement de la cavalerie. Forcé, par suite des soupçons de Christian IV, à l'occasion de Christine Munck, de quitter le service danois où 1l s'était distingué à la bataille de Lutter, il passa à celui de Gustaf-Adolphe. Il fut question, pour plaire au roi de Danemarck, de le renvoyer; on le conserva à la demande de tous les chefs. Gtto-Louis devint ensuite général de cavalerie (1).
Christian de Birkenfeldt, comte palatin, était de même un officier vaillant et habile. Il devint également général de cavalerie.
Dodo de Kniephausen avait la renommée d’un guerrier capable et fort expérimenté, surtout dans le commandement de linfanterie. I prit part à la guerre de trente ans presque dès son origine, servit sous les ordres de Mansfeld, du duc Christian de Brunswick et dans l’armée danoise, plusieurs fois avec malheur, mais jamais sans gloire. Lorsque Gustaf-Adolphe entra en Allemagne, Kniephausen passa à son service. C'était un officier prudent, habile, mais lent, disposition à laquelle il faut attribuer ses échecs. Quand il s'agissait de persévérance, c'était un excellent officier à employer; il recevait avec un calme inébranlable l'attaque Ja plus furieuse de l'ennemi.
Maximilien Teuffel abandonna le service de l'empereur pour entrer à celui de Gustaf-Adolphe dès le temps de la prise de Riga. Il se distingua par beaucoup d'activité et de
(1) Archives ae Ridderstolpe, 75 A. Lars Grubbe à Axel Oxenstjerna. Berwald, 5 janvier 1631.
valeur, devint colonel de la garde ou du régiment jaune: cette troupe acquit sous ses ordres une renommée extraordinaire. Les qualités opposées de Kniephausen et de Teuffel faisaient dire à Gustaf-Adolphe : « L'un est l’enclume, l’autre le marteau; malheur à quiconque se trouve entre eux | » Les Allemands plaisantaient sur les noms de Teuffel, qui signifie en leur langue diable, et celui de Tott, qui, prononcé à leur manière, signifie la mort : « Le roi de Suède, disaient-ils, doit vaincre nécessairement, puisque la Mort et le Diable le servent. »
Les deux Thurn, père et fils, étaient au nombre des étrangers les plus remarquables qui se trouvaient au service de Gustaf-Adolphe. Ils descendaient d’une antique et riche famille de Bohême. Henri-Mathias était d’une beauté remarquable, vigoureux, brave, savant, aimable ; il avait été longtemps au service de la maison d'Autriche. Mais, lorsque l'empereur porta attemte aux priviléges de la Bohême, Thurn se mit à la tête de ses compatriotes opprimés, et ce fut lui qui commença ensuite la célèbre guerre de trente ans. Ayant élé vaincu, 1l fut obligé de fuir; il erra proscrit en Hongrie, en Hollande, à Venise, en Danemarck, en un mot dans tous les pays en guerre avec l’empereur. Il arriva enfin en Suède, où son fils, Ferdinand Bernhard, ‘avait déjà passé plusieurs années. L'expérience de ce dernier, sa capacité, sa conduite régulière, lui avaient mérité la faveur et la confiance particulières de Gustaf- Adolphe. Il fut souvent chargé, pendant les campagnes de Prusse, du commandement général, sous les ordres immédiats du roi. La mort de ce Jeune homme, qui donnait de si belles espérances, causa un deuil général et une affliction vivement sentie. Son père continua pendant quelques années à prendre part aux af-
faires publiques, et finit par se retirer à Pernau, où il mourut en 1640.
Wolf Christian Baudis, né dans le Holstein, était brave et fort habile dans le commandement de la cavalerie, mais en même temps dur, intéressé; il pressurait d’une manière honteuse ses propres soldats et les habitants du pays où il se trouvait. Il servit d’abord en Danemarck, puis en Suède, et entra enfin au service de la Saxe, poursuivant sans cesse son intérêt personnel. ;
On remarquait, parmi les Écossais, Hepburn, l’un des plus braves et des plus habiles colonels de Gustaf-Adolphe ; mais, comme ses compatriotes, il avait beaucoup d’orgueil, et le mécontentement le fit passer au service de France, où il devint maréchal de camp (1). Alexandre Lesslie servait déjà dans l’armée suédoise à l’époque de la célèbre campagne qui conduisit De La Gardie à Moscou. Lesslie était brave, expérimenté, et fidèlement dévoué à Gustaf-Adolphe:; il parvint dans un âge avancé au grade de général. On prétend qu'il ne savait ni lire ni écrire. Son vieux et jovial compatriote, Patrick Ruthwen, était à peu près du même acabit. Lorsqu'on ne pouvait éviter de donner des festins, Gustaf- Adolphe avait l'habitude de s’y faire représenter par Ruthwen; ces fonctions étaient aussi remplies quelquefois par Johan Banér. |
George-Christophe de Taupadel, qui finit par devenir colonel de dragons, était l’un des meilleurs officiers de Gustaf-Adolphe: on l'employait souvent, et il ne se passa point un fait d'armes remarquable, pendant la guerre d’Allemagne, auquel Taupadel ne prit part. Aussi son régiment futil détruit trois fois complétement. Mais de nouveaux héros accouraient vers les bannières célèbres de Taüpadel, et en peu de jours son régiment était réorganisé. Après la mort
(1) Archives de Ridderstolpe, 74 B. Lettre autographe de Hepburn, m'rs 1654, signée colonel et maréchal de camp des armées du roi trèschrétien.
de Gustaf-Adolphe, 1l entra, avec le duc Bernhard de Weimar, au service de France (1).
Parmi l'infanterie de l’armée suédoise, on remarquait principalement le régiment jaune, ainsi nommé de la couleur du justaucorps des soldats qui le composaient. C'était, à proprement parler, la garde du roi, et ce régiment avait deux fois autant d'hommes que les autres. C’est pendant la campagne de Prusse et sous les ordres de Teuffel qu’il commença à prendre rang comme le premier régiment de l'armée par sa bravoure et son organisation. Il conserva sa renommée et l’augmenta encore durant la guerre d’Allema: gne; le roi disait : « C’est un oreiller sur lequel je puis dormir en paix. » Après la mort de Teuffel, ce régiment fut commandé par Nils Brahe, et périt héroïquement avec son
(1) On confond ordinairement Christophe de Taupadel avec Haubald et Jacob Duwall, et on en fait parfois une seule et même personne, d’où résultent plusieurs erreurs, Voyez Harte, 1, 272: 2, 18; Gualdo Priorato, traduit par Francheville, p. 191; Mauvillon, 213 et autres. Voici ce qui paraît avoir eu lieu : Jacob et son frère Maurice Mac-Dugald étaient d’origine écossaise ; le premier commandait en chef dans la Silésie, et le second était lieutenant-colonel ; ils furent ensuite anoblis, ainsi que leur parent, le colonel Axel Dugald, sous le nom de Duwall Jacob était déjà capitaine au régiment de Mansfeld, en Livonie, en 1618. Archives de Ridderstolpe, 74 B, sur l’infériorité du nombre de l’armée suédoise en 1618. — Haubald était lieutenant-colonel du régiment bleu, et se nommait Christophe Haubald. Archives de Ridderstolpe, 74 C., où se trouve la propre signature de Haubald. — Taupadel, Tupadelius, Tubalt-Dewbatel, ainsi appelé suivant les différentes manières de prononcer son nom, se nommait Gceorge-Christophe de Taupadel; il était colonel d’un régiment de ‘dragons. Voyez trois lettres de lui dans les archives de Ridderstolpe, . B., 73 B. Comparez les notes faites par Bæœlme à l'ouvrage de Harte,
, 18, et le Théâtre européen, ?, 639. On croit qu’il faisait partie de la no- Re allemande ou de Bohême. Voyez Vie privée de Wallenstein, par Schottky, p. 130. — Chemnitz est le seul auteur qui ne confonde pas ces trois personnes
chef le même jour et sur le même champ de bataille qui vit mourir leur roi bien-aimé.
Le régiment bleu, commandé par le na) Winchel, se composait de Soldats enrôûlés ; il était déjà célèbre du temps de Charles IX. Il tire son nom de la même cause que le régiment jaune, dont il partagea la renommée et la fin.
Ces deux régiments étaient si nombreux, qu'ils formaient chacun une brigade, tandis qu'il fallait parfois deux ou trois régiments pour une brigade. On remarque parmi ces Here
La brigade suédoise, composée de Dalécarliens commandés par Oke Oxenstjerna, de Caréliens sous les ordres de Klas Hastfer, de Goths occidentaux commandés par Karl Iôrd ; ces derniers étaient quelquefois remplacés par les Bothniens orientaux sous les ordres d'Axel Lilje (4) Cette brigade fut ainsi nommée parce qu'elle se composait de Suédois indigènes. Marchant ordinairement avec le régiment bleu, elle partageait sa gloire et ses dangers.
La brigade verte, la même probablement que la brigade écossaise, était composée de régiments écossais sous les ordres de Hepburu (2). Elle avait déjà fait la campagne de Prusse; Wildenstein la commanda après la retraite de Iepburn. Suivant d’autres relations, la brigade verte se composait, à la bataille de Lutzen, te ne allemands du duc Bernhard de Weimar.
(1) Voyez la généalogie de l’ordre équestre pour Hôrd et Hastfer . Lilje y est désigné comme colonel d’un régiment enrôlé; mais, dans les collections du général de Suchtelen, on trouve son brevet de lieutenant-colonel du régiment des Bothniens orientaux. Dans Swedish Intelligencer et dans les Lettres et Mémoires de Gustaf-Adolphe, etc., p. 161, Lilje est désigné comme colonel d’un régiment suédois.
(2) Arcdives du royaume. Lettre du grand chancelier du royaume, datée de 1630. Liste de l'infanterie qui se trouvait en Prusse. Comparez avec Swedish Intelligencer, 2, 28. |
La brigade blanche, ainsi nommée à cause de ses drapeaux, se composait des Poméraniens qui étaient entrés au service de Gustaf Adolphe. Elle fut commandée successivement par Damitz, puis par Witzthum. et enfin par Burth.
La brigade rouge se composait des régiments de Hohendorf, d'Érik Hand et de Hall. Les régiments noirs avaient été enrôlés par Falkenberg et par Sperreuter.
Parmi la cavalerie, le régiment qui se faisait le plus remarquer dans les combats était celui des Finlandais, commandés par Torsten Stôlhandske ; le vaillant Taupadel et Gustaf Wrangel, depuis si célèbres, se formèrent dans ses rangs. Ensuite venaient les Goths occidentaux, sous les ordres d'Érik Soop, toujours fidèles à la gloire qu’ils avaient acquise dans les combats de Dirschau. Les Sudermaniens, sous les ordres de Zacharie Pauli, se distinguèrent dans les campagnes de Prusse (1); on ne les retrouve plus quà la bataille de Lutzen. Les Smolandais furent plus célèbres ; Pehr Brahe était leur colonel ; mais cet officier étant continuellement appelé auprès du roi, ils furent commandés d’ordiuare par Frédérik Stenbock ; c’est à la tête de ce régiments qne Gustaf-Adolphe fut tué. .